Ou la révolution « franciscaine » (en douce): Les nouveaux statuts de l’Institut théologique Jean-Paul II liquident l’oeuvre du Pape polonais

Voir aussi, de Riccardo Cascioli, sur le même sujet, sur ce site:


L’axe « tout Paglia » et Jean-Paul II aux oubliettes

Riccardo Cascioli
La Bussola
20 juillet 2019
Ma traduction

D’un coup d’état estival, Mgr Vincenzo Paglia a fait approuver les statuts de l’Institut théologique Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille, lui donnant un grand pouvoir sur les enseignements et les professeurs. Une manière de déformer définitivement l’institut voulu par saint Jean Paul II, d’épurer les enseignants indésirables et de replacer les enseignements dans le sens indiqué par Amoris Laetitia.

A l’Institut Théologique Pontifical Jean-Paul II pour les Sciences du Mariage et de la Famille, l’heure des purges au nom d’Amoris Laetitia a sonné. C’est le sens le plus évident de l’approbation des Statuts et de l’organisation des Études de l’Institut voulu par Saint Jean Paul II en 1982, mais que le Motu Proprio Summa Familiae Cura (septembre 2017) [cf. benoit-et-moi.fr/2017] du Pape François a révolutionné. Comme nous l’avions dit à l’époque, la ligne et les objectifs sont clairs mais la partie décisive devait se jouer sur les statuts, car là, la structure des cours, les matières enseignées et les enseignants seraient décidés concrètement.

Les statuts, à présent approuvés par la Congrégation pour l’Education Catholique, n’ont pas été rendus publics, mais les déclarations du doyen Pierangelo Sequeri, les événements de ces deux années et les premières rumeurs nous permettent d’avoir une image assez claire de la situation. Ce qui saute aux yeux, c’est surtout la concentration du pouvoir entre les mains du Grand Chancelier Mgr Vincenzo Paglia, véritable dominus de l’opération, qui pourra désormais avoir la haute main, surtout dans le choix des enseignants et du personnel.

Pour bien comprendre ce qui se passe, il est nécessaire de retracer le chemin par lequel nous sommes arrivés à ces statuts. Comme nous avons déjà eu l’occasion de l’expliquer, le Motu proprio de 2017 marque une nette discontinuité avec l’orientation que Saint Jean Paul II avait voulue pour cet institut, qui ressort aussi des paroles avec lesquelles l’actuel doyen Mgr Sequeri a présenté les nouveaux statuts dans l’Osservatore Romano et Avvenire . Saint Jean Paul II avait une conscience claire de l’attaque que subit la famille, qu’il a décrite à plusieurs reprises en termes d’affrontement apocalyptique. L’Institut Jean-Paul II d’études sur le mariage et la famille – comme on l’appelait jusqu’en 2017 – devait être un pôle d’excellence dans la recherche scientifique de la vérité sur le mariage et la famille, comme faisant partie du devoir de l’Église «d’annoncer à tous le projet de Dieu sur le mariage et la famille, dont elle se doit d’assurer la pleine vigueur et la promotion humaine et chrétienne». En fait, au cours de ces 37 années, l’Institut a répondu efficacement à cet objectif en formant des milliers de prêtres, religieux et laïcs, en s’engageant dans des débats et des discussions au plus haut niveau théologique et philosophique, en publiant des centaines de livres, pas seulement accessibles à un public d’experts: dernier en date, ces jours-ci, le Dizionario su sesso, amore e fecondità (ed. Cantagalli) avec la contribution de dizaines de spécialistes internationaux. De plus, au cours de toutes ces années, l’institut s’est développé au niveau international, arrivant jusqu’à avoir douze centres – y compris des sections et des centres associés – dans différents pays du monde (pendant ces deux années de gestion Paglia-Sequeri trois centres associés ont fermé leurs portes: Australie, Corée du Sud et Colombie).

Mais pour les champions du nouveau cours, tout cela n’existe pas, ce n’est qu’une position dépassée par les temps qui aujourd’hui exigeraient autre chose. Il faut «comprendre la famille», explique Mgr Sequeri, stop aux positions doctrinales, comme si le plan de Dieu pour la famille était quelque chose d’abstrait et d’irréaliste. Et donc, place à la sociologie, à la psychologie, à l’histoire des cultures, à la multiplication et à la fragmentation des études, avec elles, oui, nous pourrons comprendre la famille.

Mais comment faire pour changer un institut qui a un corps professoral très motivé, très compact, formé à l’école de Saint-Jean Paul II?

Première étape: un remplacement pur et simple. Pour jeter de la fumée dans les yeux, on l’a vendu comme une mise à jour ou comme un développement, mais en réalité, dès l’article 1, le Motu Proprio Summa familiae cura indique clairement que l’institut voulu par Saint Jean Paul II «prend fin» et est remplacé par le nouveau. Autrement dit au cours de ces deux années, l’Institut a poursuivi sa route dans un régime de transition, dans l’attente des statuts.

Voici donc la deuxième étape, la plus délicate. C’est justement laprécision dont nous venons de parler qui explique que l’idée qui anime le tout n’est pas la réforme, mais la révolution: les statuts ne sont pas conçus comme une version actualisée des précédents, mais comme les premiers d’un nouvel institut, qui a coupé ses liens avec le passé. En mai 2018 au Conseil romain de l’Institut et en juin suivant au Conseil international, Mgr Paglia s’est présenté avec des statuts qui centralisent le pouvoir entre ses mains, lui donnant carte blanche pour le choix des enseignants et des sujets traités, et annulant les anciennes procédures qui prévoyaient la participation du corps professoral dans les choix les plus importants de l’Institut. Surtout, ils présentent un véritable bouleversement dans l’ordre des études. De plus, fait sans précédent, le pouvoir académique est concentré entre les mains d’un personnage, le Grand Chancelier, qui dans toute institution académique a la fonction d’une garantie, certainement pas d’une intervention directe dans l’enseignement.

Quoi qu’il en soit, la proposition de Mgr Paglia a provoqué une véritable révolte de la part du corps professoral, qui y a vu la mort de presque quarante ans de travail sérieux. Face au risque d’un scandale public, Mgr Paglia a retiré sa proposition en acceptant la création d’une commission interne – par ailleurs présidée par Mgr Sequeri – pour l’étude des nouveaux statuts, avec la contribution des différentes sections internationales. Quelques mois et le travail est terminé. En mars dernier, la contre-proposition a été présentée à Mgr Paglia pour approbation éventuelle. En tout cas, on attend une réponse du Grand Chancelier, qui a également assuré qu’il soumettra la nouvelle version des statuts aux Conseils d’Institut avant de demander l’approbation de la Congrégation pour l’Éducation catholique. Attente vaine. Même au dernier conseil de l’Institut, il y a un mois, aucune nouvelle des statuts. Mais il y a deux jours, surprise: les statuts déjà approuvés. Et même s’ils ne sont pas publics, les paroles de Mgr Sequeri et les premières rumeurs indiquent clairement que les statuts suivent en substance la proposition d’orige de Mgr Paglia, avec un pouvoir anormal concentré dans ses mains. Un véritable coup d’Etat, au milieu de l’été, un cas d’école, pour faire avancer la révolution.

A ce stade, il est facile d’imaginer ce qui va se passer: puisqu’il s’agit d’un nouvel institut, tout le personnel, enseignant ou non, devra considérer sa relation de travail comme terminée. Chacun recevra une lettre indiquant son destin: il y a ceux qui seront repris par le nouvel institut, tandis que les « indésirables » resteront chez eux, ou on leur trouvera une nouvelle affectation. Ensuite, de nouveaux enseignants seront introduits, en ligne avec le nouveau cours, qui prendront progressivement le contrôle de l’institut. On peut penser qu’au début il n’y aura pas beaucoup d’épurés, ou l’on choisira des affectations qui ne soient pas trop voyantes. Mais en tout cas la route est déjà balisée. Mgr Paglia est là pour faire le ménage et il a tout le pouvoir pour atteindre le but.

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