Dans la série des articles de l’été s’écartant du sujet de ce blog (mais encore une fois, pas tant que cela, il suffit de voir comment les soutiens du pape, et plus spécialement la presse mainstream et celle officielle du Vatican, flattent la gauche tout en traitant les non-alignés « pire que des pestiférés »), une réflexion entre sarcasme et amertume de Marcello Veneziani sur la condition d’homme de droite comparée au statut intouchable de la gauche

Marcello Veneziani appuie son argumentation sur des faits divers récents de la chronique italienne, mais elle vaut évidemment en France, et même au niveau mondial: il suffit de se référer aux deux « massacres de masse » advenus ces jours-ci aux Etats-Unis, où toutes les belles consciences (de gauche, cela va sans dire) se sont dressées unanimement pour dénoncer le crime d’un « blanc » raciste et même d’un « suprémaciste blanc », et rejeter comme d’habitude la faute sur l’affreux Trump (lire à ce sujet Massacres aux Etats-Unis)

En guise de bonus, voici la célèbre (et géniale) intervention de Fabrice Luchini en 2013, à la fin d’un JT présenté par un Pujadas en apparence interloqué: « j’adorerais être de gauche… ».
Un rarissime grand moment de télévision, très bref, à (re)savourer.

« J’adorerais être de gauche, c’est un souhait. Mais je trouve que c’est tellement élevé comme vertu que j’y ai renoncé […]. C’est un gros boulot, c’est un dépassement de soi. C’est une attitude, une présence à l’autre… Faut être exceptionnel, quand t’es de gauche ! Quand t’es pas de gauche, tu peux être moyen. Quand t’es de gauche, c’est l’excellence : le génie moral, le génie de l’entraide… C’est trop de boulot ! […] Moi, mon fonds de commerce, ça a plutôt été de voir ce qui est petit, moyen, minable chez les êtres humains. Vous savez la phrase de Céline, qu’un jour je vais reprendre, Céline il dit : “Madame Bérange, elle visait bas, elle visait juste”. Alors c’est le contraire d’un homme de gauche. Un homme de gauche, tout est merveilleux dans la nature de l’homme, et moi je n’ai pas de sensation-là. »

Crétins ou délinquants

Marcello Veneziani
La Verità, 28 juillet 2019
Ma traduction


Si vous êtes de droite, vous êtes un crétin ou un délinquant. La droite est un ramassis de crétins conduits par des criminels. En fait, il suffit parfois de ne pas être à gauche pour être proclamé idiot ou délinquant.
Essayons de comprendre les origines de cette théorie raciste.

L’année dernière, à Macerata, après le massacre horrible d’une jeune fille par des dealers nigérians, un jeune fanatique tire dans la vitrine d’un bar où il y a des Nigérians. Il n’y a pas de victimes, mais le geste masque le crime horrible qui en est à l’origine. Et ce n’est pas tout. Ce jeune homme isolé devient le prototype de l’homme de droite, du suprémaciste blanc ou du souverainiste noir, il devient l’emblème du monde de Poutine, Trump et Salvini. Des livres lui sont même consacrés pour montrer qu’il y a l’homme « normal » (de droite) derrière le crétin-délinquant.

Tournons la page. A Bibbiano (1) , nous découvrons l’horrible histoire d’enfants arrachés à leurs parents, entre fausses accusations, mensonges et lavage de cerveau, pères à qui on enlève leurs enfants parce qu’ils sont considérés comme homophobes, béatifications des couples lesbiens, adoptions déconcertantes, etc. Un réseau criminel qui implique des organisations à but non lucratif, des psychologues, des travailleurs sociaux, des militants LGBT, des maires du PD [Parti Démocrate = socialistes]. Mais malheur à celui qui parle de système.

Pourquoi ne pourrait-on pas élever Bibbiano, comme dans le cas de Macerata, au rang d’emblème et de prototype de la gauche progressiste radicale, politiquement correcte et anti-famillle? Pourquoi un cas isolé à Macerata devient-il la preuve du racisme en Italie et sert-il à criminaliser les gens de droite et pourquoi, au contraire, un système « collectif » d’intrusion dans les familles doit-il être soustrait à toute généralisation politique, idéologique, anthropologique? Parce qu’à gauche ce ne sont que des cas isolés, et à droite ce sont des prototypes du genre.

Si vous êtes de droite, vous êtes un crétin ou un délinquant. Si vous êtes de droite, vous êtes forcément d’extrême droite, donc vous êtes fasciste, ou sympathisant de CasaPound (2), et donc vous êtes raciste, c’est-à-dire, nazi. Dans la reductio sommaire, à droite rentre tout ce qui mérite le mépris du public: souverainistes, national-populistes, liguistes, conservateurs, catho-traditionnalistes, et de façon générale toute personne alliée à la droite ou assimilée. En résumé, a priori: ce sont tous des charognes. Par la propriété de transitivité, chaque affaire Macerata vous voit moralement et idéologiquement complice d’un crime. Et même, c’est la preuve que le racisme, le nazi-fascisme, est aux portes, il faut donc se mobiliser contre le danger imminent (mais perpétuel).

Dans le cas rare et malheureux où vous êtes un intellectuel de droite, sachez que la définition est un oxymore impossible et inacceptable: si vous êtes un intellectuel vous ne pouvez pas être de droite, et vice versa si vous êtes de droite vous ne pouvez pas être un intellectuel. Donc, vous êtes un imposteur ou un ignorant. Parfois, pour vous faire un compliment, ils vous disent: « mais vous êtes intelligent, vous ne pouvez pas vraiment être de droite. Vous êtes un imposteur, vous faites semblant d’être de droite ». Vous êtes de mauvaise foi (et vous êtes aussi un idiot masochiste).

Vous ne pouvez vous sauver in extremis que dans trois cas: si vous êtes de droite mais que vous méprisez chaque droite existante et surtout gagnante, si vous êtes de droite mais que vous votez à gauche, si vous vous êtes de droite mais que vous êtes mort. Autrefois on procédait à l’élimination physique du dissident, aujourd’hui on prévoit l’élimination morale, civile, intellectuelle, c’est-à-dire qu’ils ils vous considèrent comme mort ou n’ayant jamais vécu.

Si quelqu’un du versant opposé leur renvoyait en retour leur haine absolue et militante, leur racisme éthique et idéologique, voilà ce que cela donnerait:

Si vous êtes de gauche, vous êtes un crétin ou un délinquant, vous êtes pour la dictature, la violence partisane et les goulags. Si vous êtes de gauche, vous êtes nécessairement d’extrême gauche, donc vous êtes communiste, donc vous êtes un brigadiste rouge, un terroriste ou un anarco-insurrectionnaliste, vous êtes avec les violents des centres sociaux, vous êtes un disciple de Pol Pot, Mao et Staline. Si vous lisez Saviano (3), vous êtes du côté des terroristes islamiques. Si vous lisez la Repubblica, vous êtes avec le dealer noir et le psychologue de Bibbiano. Chaque épisode réel ou présumé d’abus, de corruption et de violence attribué à un gauchiste vous voit de connivence, complice. Bibbiano est votre façon de concevoir la relation parent-enfant, chaque délinquant anarcho-communiste confirme la matrice criminelle de toute la gauche, chaque violence de migrants que la gauche couvre, justifie ou minimise, montre votre complicité avec les délinquants.

Je comprends la tentation de payer de retour le sectarisme avec le sectarisme et de retourner les mêmes arguments, parce que beaucoup n’en peuvent plus de voir la réalité si déformée et la dignité de ceux qui ne pensent pas comme eux si mortifiée.
Mais ce n’est pas ainsi qu’on sort de la spirale de la haine et de la démence. Ce sera sans doute plus difficile et plus impopulaire, mais je préfère dire qu’à droite comme à gauche et ailleurs, il y a beaucoup de crétins et pas mal de délinquants; mais ils ne sont pas tous comme cela, il y a aussi des gens bons, intelligents et de bonne foi [hum!! sur ce dernier point, j’ai des doutes, ndt]. Que vous soyez de droite ou de gauche ne signifie pas automatiquement que vous émargez au registre des monstres, au nazisme ou au communisme, au terrorisme rouge ou noir. Qu’un immigrant délinquant ne prouve pas que la gauche est toujours avec les délinquants, pour la même raison qu’un agresseur de migrants, de gays ou de femmes n’est pas le top model des gens de droite, leur prototype. Que vous pouvez être de bons ou de mauvais pères, mères, grands-parents et enfants à la fois si vous êtes de droite et si vous êtes de gauche. Qu’on peut être intellectuel de droite ou de gauche, sans en avoir honte [mais justement, on n’a pas honte d’être un intellectuel de gauche!!], ce qui compte, c’est la qualité qui s’exprime.

Bref, arrêtez de diviser le monde en deux races. Essayez de faire un effort, de ne pas suivre l’encharognement [néologisme ‘incarognamento‘, construit sur ‘carogna‘ – charogne) bilatéral et l’abrutissement général et d’aller au-delà.

Marcello Veneziani, La Verità, 28 juillet 2019


NDT

  1. CasaPound est un parti politique italien d’inspiration nationaliste-révolutionnaire et néofasciste ( Wikipedia)
  2. En 2019, Bibbiano est le théâtre d’un scandale médiatique concernant une affaire autour de l’abus sexuel sur mineur. Ouverte en août 2018, suite à une augmentation anormale du nombre d’enfants « retirés » à leurs parents – souvent au prétexte d’agressions sexuelles inventées de toutes pièces – qui a alerté les autorités policières qui ont décidé d’ouvrir une enquête. L’enquête aboutit à l’interpellation, le 27 juin 2019, de 18 personnes dont des médecins, des travailleurs sociaux et des politiques du Parti Démocrate. Elles sont soupçonnées d’avoir manipulé des enfants pour les soustraire à leurs parents et les vendre à des familles d’accueil dont certaines les auraient abusés sexuellement (Wikipedia)
  3. Roberto Saviano, écrivain et journaliste italien auteur du best-seller Gomorra. Il s’oppose (entre autre) à Salvini et propose « la régularisation de tous les immigrés clandestins qui se trouvent aujourd’hui en Italie » (Wikipedia)