L’Eglise n’échappe pas à la féminisation des professions qu’on voit exploser dans tous les domaines d’activité. Quoi qu’on en pense dans la sphère laïque, ici, ce n’est évidemment pas sans arrière-pensée, surtout au moment où le prochain synode sur l’Amazonie se propose d’aborder justement le rôle des femmes: avec comme corollaire (certes, nous dira-t-on, ce n’est pas pour tout de suite) le sacerdoce féminin, au nom de la sacro-sainte parité. AM Valli dénonce quant à lui l’existence d’un grand absent: l’homme.


Est-ce que cette Eglise n’est pas pour les hommes?

Aldo Maria Valli
24 août 2019
Ma traduction

Y a-t-il une crise de virilité dans l’Église? Tandis qu’on soutient avec insistance la nécessité de donner plus de place et de responsabilité aux femmes, personne ne semble disposé à admettre que s’il y a un grand absent dans l’Église, c’est l’homme.

La question est abordée dans Crisis Magazine par Bob Sullivan, qui part d’une expérience personnelle. En 2017, il a participé à une rencontre de la Conférence épiscopale des États-Unis à Orlando, en Floride, dont l’objectif était de trouver de nouveaux moyens de répandre la joie de l’Évangile dans le pays. Il y avait des sections sur de nombreux arguments. Une sur les femmes, une sur les jeunes, une sur les migrants, une sur les pauvres, une sur les victimes d’abus sexuels, mais rien sur les hommes. Et c’est une constante. L’Église catholique ne s’occupe plus des hommes. Ou bien elle n’en parle que pour dénoncer le « machisme » qui découlerait du fait que le sacerdoce ministériel est réservé aux hommes.

« Nos évêques – écrit Sullivan en faisant référence à la situation américaine – devraient savoir que si un homme a la foi, la probabilité est plus grande que ses fils soient à leur tour des hommes de foi. Pourtant, on ne réfléchit jamais à l’importance des modèles de référence masculins ».

Dans les communautés paroissiales, les femmes jouent souvent un rôle prédominant. Le catéchisme pour les enfants est confié presque exclusivement aux femmes, et ce sont toujours les femmes qui s’occupent de ce qu’on appelle « l’animation liturgique ». Il n’y a pas d’homme, mais il semble que cette absence soit considérée comme acquise.

« Ensuite – écrit Sullivan – il y a le problème de notre clergé qui est de plus en plus efféminé. Quand les jeunes ne trouvent pas de modèles de référence sur l’autel, ils les cherchent ailleurs. Entre-temps, la religion devient le domaine des épouses et des filles. Et une telle Église ne constitue-t-elle pas un attrait encore plus grand pour les hommes efféminés? ».

Récemment, la revue des jésuites américains, America, a publié un article dans lequel elle exprime le regret que les femmes laïques ne soient pas autorisées à prêcher pendant la messe. Mais paradoxalement, l’auteur du texte elle-même admet que quand les laïcs étaient autorisés à prêcher, c’était toujours des femmes, alors que le cas de prédicateurs laïcs masculins était très rare.

Se référant aux États-Unis, Sullivan réfléchit à certaines circonstances qui s’appliquent également à nous. Parmi les servants d’autel (/les enfants de choeur), les filles sont de plus en plus nombreuses. Parmi les ministres extraordinaires de la Sainte Communion, les femmes sont plus nombreuses que les hommes. Le catéchisme, comme on l’a dit, est pratiquement réservé aux femmes et, d’autre part, il suffit de jeter un coup d’oeil aux fidèles présents aux Messes pour vérifier que les femmes sont majoritaires. Tout cela est-il normal?

Périodiquement, et maintenant aussi en vue du synode amazonien, la question du diaconat féminin est relancée, mais le fait que les hommes soient absents dans les églises semble ne pas constituer un problème digne d’attention. Au contraire, dans l’Église aussi, on voit se répandre l’idée, largement dominante dans le monde, selon laquelle la « virilité traditionnelle » (une définition qui, en soi, laisse songeur) est nuisible en tant que telle.

Y aura-t-il tôt ou tard un pasteur disposé à affronter la question masculine ?

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