Une nouvelle « fournée » de 10 cardinaux électeurs vient compléter le collège cardinalice. Tous de stricte obédience bergoglienne. L’annonce en a été faite hier par le Pape à l’issue de l’Angélus. Tranquillement et sans faire de bruit, François est ainsi en train de remodeler en profondeur la physionomie du prochain conclave, et ce faisant, celle de l’Eglise à venir. MàJ.

Il fut un temps où l’on reprochait à Jean-Paul II (et peut-être aussi à Benoît XVI) de jouer au tonnelier, et de pratiquer ce que les italiens appellent le cerchiobottismo, donnant alternativement « un coup au cercle (cerchio), un coup au tonneau (botte) ». Mais c’était, selon la belle expression de Benoît XVI devant les évêques français à Lourdes en septembre 2008, dans le souci de « ne pas déchirer davantage la tunique sans couture du Christ ». Il s’en était forcément suivi des nominations hasardeuses, voire aberrantes, comme celles de Danneels, de McCarrick, de Maradiaga, et sans doute de beaucoup d’autres. Avec François, le risque n’existe plus (ou plutôt, il est inversé). Tous les coups sont sur le tonneau, et toutes les nominations hasardeuses (mais qui suis-je, pour juger?)


La Croix exulte…

Capture d’écran. Si ce sont eux qui le disent…

Barrettes rouges au mérite bergoglien

On écrit « cardinaux », on lit « amis de Bergoglio ».

Les noms des nouveaux cardinaux annoncés aujourd’hui par François (Consistoire du 5 octobre) parlent d’eux-mêmes.

Aldo Maria Valli
2 septembre 2019
Ma traduction

Parmi les trois cardinaux de plus de quatre-vingts ans, donc sans droit de vote en cas de conclave, se distingue l’archevêque britannique Michael Fitzgerald. Déjà éminent expert du Vatican sur l’Islam et ancien président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, Fitzgerald a été envoyé en 2006 par Benoît XVI comme son ambassadeur en Égypte. Le transfert ayant été jugé à l’époque par beaucoup comme une sorte de punition, ou du moins comme un redimensionnement de la ligne accommodante de Fitzgerald sur l’Islam, la pourpre assignée à Fitzgerald a tout l’air de la réhabilitation.

Dans le même temps, l’archevêque Miguel Angel Ayuso Guixot, successeur de Mgr Fitzgerald à la tête du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux, a également été nommé cardinal.
Avant sa nomination à la tête du Conseil, Ayuso Guixot, Combonien, était chargé de superviser le dialogue entre le Vatican et la prestigieuse mosquée et université Al-Azhar en Egypte, considérée comme le Vatican du monde islamique sunnite. Et nous savons combien Bergoglio accordait d’importance au Document sur la fraternité humaine, signé par lui et par le Grand Imam d’Al-Azhar Ahmad Al-Tayyeb à Abou Dhabi, un texte qui affirme entre autres que « le pluralisme et les différences de religion », ainsi que celles de couleur, de sexe, de race et de langue, « sont une sage volonté divine », une déclaration qui a amené beaucoup à se demander : mais comment Dieu peut-il vouloir des religions qui nient la divinité et la résurrection du Christ
Il y a quelques jours, Ayuso Guixot, interviewé par les médias du Vatican, a fait l’éloge du document d’Abou Dhabi et, répandant beaucoup d’encens autour du pape régnant, a exprimé « sa gratitude pour son engagement inlassable en faveur du dialogue ».

Parmi les nouveaux cardinaux, il y a aussi Mgr Matteo Zuppi, archevêque de Bologne, membre de la communauté de Sant’Egidio, très en vogue au Vatican bergoglien (par exemple, le nouveau chef de la salle de presse du Saint Siège est issu de Sant’Egidio).
Zuppi est un champion de l’accueil des migrants et en 2017, c’est lui qui organisa la visite de François dans la capitale de l’Emilie, quand Bergoglio alla embrasser les hôtes du centre des migrants et déjeuna avec des « personnes en difficulté » dans la basilique de San Petronio, transformé pour l’occasion en grand restaurant avec tables dressées.

Une autre barrette rouge revient au père jésuite canadien Michael Czerny, véritable bras droit de François en matière de migrants et de réfugiés.
Czerny est un fonctionnaire du dicastère vatican pour la promotion du développement humain intégral et c’est la première fois qu’un sous-secrétaire est élevé à la dignité de cardinal. La volonté de le récompenser pour souligner l’importance que Bergoglio accorde non seulement au thème des migrants mais aussi au prochain synode amazonien, pour lequel Czerny a été nommé secrétaire spécial, est évidente.

Parmi les autres nouveaux membres, il y a aussi le poète-prêtre portugais José Tolentino Mendonça, ex vice-recteur de l’Université catholique de Lisbonne, ensuite promu par François archiviste et bibliothécaire du Vatican après que l’année dernière, au nom de Bergoglio lui-même, il ait prêché les exercices spirituels au Pape et à la Curie romaine.
Mendonça est connu pour être une fan de Sœur Maria Teresa Forcades i Vila, « théologienne » ultra-féministe qui prône l’avortement et le « mariage » homosexuel (*).
C’est justement dans la préface d’un livre de Forcades que le néocardinal affirmait que « Jésus de Nazareth n’a pas codifié, ni établi de règles ». D’ailleurs, dans une interview de 2016, il exaltait Bergoglio en l’opposant aux « traditionalistes ».

Pour finir, il convient de noter que la nomination de Matteo Zuppi a été accueillie avec enthousiasme par le jésuite pro Lgbt James Martin qui, dans un tweet, écrit que Zuppi « est un grand supporter » des personnes Lgbt et rappelle que l’archevêque de Bologne a rédigé la préface à la version italienne du livre de Martin, « Building a bridge ».

Bergoglio a fait son annonce à l’Angélus, après être resté enfermé pendant vingt-cinq minutes dans un ascenseur à cause d’une chute de tension. Pour le libérer, il a fallu l’intervention des pompiers du Vatican.

NDT

(*) Voir sur « Benoît-et-moi »: Le prédicateur de Carême du Pape (11/2/2018)


Cette analyse d’Aldo Maria Valli est complétée par le compte rendu plus « technique » de Nico Spuntoni sur La Bussola.

Nouveaux cardinaux tous d’ « observance » bergoglienne

L’implication dans des thèmes particulièrement chers à ce pontificat – les migrants, le dialogue avec l’Islam et la lutte contre l’injustice sociale – semble être le fil conducteur de la liste des 13 noms choisis pour la pourpre, annoncée hier par le Pape François.

Le 16 août, à l’occasion du 80e anniversaire de Sean Baptist Brady, créé cardinal dans le Consistoire du 24 novembre 2007 par Benoît XVI, la liste des électeurs cardinaux avait été réduite à 118. Un nombre destiné à diminuer encore dans le courant de l’année, avec quatre autres cardinaux sur le point de dépasser les limites d’âge pour participer à un éventuel Conclave. Paul VI, avec « Romano Pontifici Eligendo » a fixé le nombre maximum de cardinaux électeurs à 120. Hier, pendant l’Angélus, François a annoncé la convocation d’un nouveau Consistoire prévu pour le 5 octobre prochain. Les dix nouvelles entrées sont toutes considérées comme proches de la sensibilité ecclésiale du Pape Bergoglio.

L’implication dans des thèmes particulièrement chers à ce pontificat – comme les migrants, le dialogue avec l’Islam et la lutte contre l’injustice sociale – semble être le fil conducteur de la liste des noms choisis pour la pourpre.
Il y a Mgr Ignatius Suharyo Hardjoatmodjo, archevêque de Jakarta et président de la Conférence épiscopale d’Indonésie, le pays islamique le plus peuplé du monde. Sous sa direction, l’archidiocèse local a lancé la campagne « Plus fidèle au christianisme, plus engagé socialement dans l’esprit de fraternité, plus compatissant avec les autres », dédié à sensibiliser la communauté catholique locale à l’engagement en faveur des migrants du Myanmar et du Bangladesh, dont des milliers de Rohingyas qui arrivent en bateau et dont le sort a poussé François lui-même à plusieurs reprises à demander pardon au nom des persécuteurs.

Sera également fait cardinal l’espagnol Cristóbal López Romero, archevêque de Rabat, qui s’est récemment distingué par ses jugements très durs sur la politique des ports fermés (« des attitudes qui m’attristent ») et la défense des ONG (« il est triste que ceux qui font le bien soient criminalisés. J’ai honte de mon Europe »). Partisan de la devise « Cœurs ouverts, portes ouvertes » sur le phénomène migratoire, le Salésien ibérique a défini les jeunes Européens comme « hypocrites et égoïstes », tandis qu’il a l’habitude de prêcher une ligne plus « ouverte » dans le dialogue avec l’Islam, avec lequel – dit-il dans une interview – « nous pouvons construire ensemble un monde plus miséricordieux ». Une conviction acquise dans son expérience antérieure de directeur d’une école salésienne à Kenitra où il a introduit la proclamation du Coran tous les vendredis, à laquelle il participait personnellement.

Miguel Angel Ayuso Guixot, que François avait placé il y a quelques mois à la tête du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux, est également espagnol et attentif aux mêmes thèmes.
Le missionnaire combonien est l’un des plus grands érudits de l’Islam et, en tant que doyen de l’Institut Pontifical des Etudes Arabes et Islamiques, il a salué le début du Printemps Arabe en Afrique du Nord; il a également été l’un des hommes qui ont travaillé sur le Document sur la Fraternité humaine d’Abu Dhabi.

Après la mort récente du Cardinal Ortega, Cuba aura à nouveau un représentant au Collège Sacré: il s’agit de Mgr Juan de la Caridad García, Archevêque de San Cristóbal de La Habana, considéré par les médias locaux comme « évêque du peuple » et au centre c’une polémique, au lendemain de sa nomination à la tête de l’archidiocèse, à propos de certaines déclarations où il prétend ne pas vouloir le capitalisme à Cuba, mais plutôt « un socialisme qui progresse ».

Mgr Alvaro Ramazzini Imeri, autre prélat très engagé dans la question migratoire et qui n’a pas épargné la critique de la politique de la présidence Trump accusée de provoquer des « conséquences inimaginables », sera un autre cardinal d’Amérique centrale. L’action pastorale de l’évêque du Guatemala s’est distinguée ces dernières années par l’espace donné à l’option préférentielle pour les pauvres, avec la dénonciation constante des inégalités sociales existant dans son pays.

Le prochain Consistoire verra aussi la nomination d’un cardinal évêque non consacré. Jean Paul II avait lui-même élevé Leo Scheffczyk et Robert Avery Dulles à ce rang, sans consécration épiscopale, mais il s’agissait de deux théologiens très âgés au moment de leur nomination. Le Père Michael Czerny, en revanche, entrera au Collège en tant qu’électeur: le jésuite occupe le poste de sous-secrétaire de la Section des migrants et des réfugiés, voulu par François qui a choisi de la diriger en personne. Le collaborateur du Souverain Pontife a passé ces dernières années à parcourir le monde pour rappeler dans des réunions publiques et dans des lieux institutionnels combien les migrants sont une priorité pour l’Église et a été choisi comme secrétaire du Synode sur l’Amazonie.

L’autre jésuite sur la liste de François pour le 5 octobre est Mgr Jean-Claude Höllerich, Archevêque de Luxembourg, Président de la COMECE et auteur du manifeste anti-souverainiste publié dans « La Civiltà Cattolica » à l’occasion des dernières élections européennes.

L’archidiocèse de Bologne, qui l’a été pendant cinq siècles jusqu’en 2015, est à nouveau siège cardinalice avec l’élévation à la pourpre de Mgr Matteo Maria Zuppi. La nouvelle a été accueillie par un tweet enthousiaste du Père James Martin, le jésuite qui a écrit « Buiding a bridge. A new relationship between Church and LGBT people« , dont Zuppi a fait la préface de la version italienne, mais aussi par les fidèles de Santa Maria in Trastevere, dont il a été curé pendant de nombreuses années.
L’assistant ecclésiastique de la Communauté de Sant’Egidio, également partisan d’une « Église ouverte et solidaire » mais pas hostile à la confrontation avec ceux qui cultivent d’autres sensibilités que les siennes, est le seul italien sur la liste et sera aussi le seul cardinal romain du Collège sacré.

Les deux derniers noms des cardinaux électeurs choisis par François sont ceux du Congolais Fridolin Ambongo Besungu, archevêque de Kinshasa depuis 2018, défenseur du processus démocratique en République démocratique du Congo, et du Portugais José Tolentino Calaça de Mendonça, poète de renommée internationale que Bergoglio a voulu, le portant à la dignité épiscopale, comme archiviste et bibliothécaire de la Sainte Eglise romaine en 2018 après avoir entendu et apprécié sa prédication des exercices spirituels à la Curie.

Outre les dix cardinaux électeurs, trois autres cardinaux de plus de quatre-vingts ans seront créés au Consistoire le 5 octobre prochain, choisis sur la base de la formule traditionnelle selon laquelle ils se seraient « distingués pour leur service au Saint-Siège et à l’Église ». Il s’agit de l’Italien Eugenio Dal Corso, évêque émérite de Benguela et missionnaire de longue date en Angola, où il a même subi une agression dans la sacristie à coups de pied et de poings en 2005 ; du Lituanien Sigitas Tamkevicius, Jésuite et évêque émérite de Kaunas, qui a subi les souffrances de la prison pendant l’occupation soviétique; du Britannique Michael Louis Fitzgerald, archevêque émérite de Nepte.

En ce qui concerne cette dernière nomination, dans les heures qui ont suivi l’annonce de François, beaucoup ont noté que l’ancien secrétaire du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux avait été remplacé par Benoît XVI en 2006. Dans un article de l’époque d’Andrea Tornielli, alors vaticaniste de « Il Giornale » et maintenant directeur éditorial du Dicastère pour la communication du Saint-Siège, on avait interprété l’envoi en Egypte comme nonce apostolique sans pourpre du Curial anglais comme un « congé » à l' »évêque du dialogue avec l’Islam » car « selon les sources accréditées, Benoît XVI n’aurait pas apprécié une certaine gestion du conseil du dialogue inter-religieux ». Ratzinger, en effet, devait fusionner peu après le dicastère du dialogue inter-religieux avec celui de la culture, suggérant qu’il ne concevait la confrontation avec l’Islam qu’à l’intérieur des frontières culturelles. Ces derniers mois, Mgr Fitzgerald a accueilli très favorablement la signature du Document d’Abu Dhabi, le jugeant « conforme à l’esprit de saint François ». Le Pape Bergaoglio a donc décidé de « récompenser » son service à l’Église avec la pourpre que l’ancien secrétaire du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux a vu lui passer sous le nez il y a 13 ans.