Cet article du Père Hunwicke (qui a courageusement signé plusieurs « appels au Pape », dont, en 2016, « l’appel des 45 », et en 2017 la « correction filiale ») date d’il y a deux ans, mais il est malheureusement toujours d’actualité, et même encore plus alors que va s’ouvrir le tant redouté Synode sur l’Amazonie. Un ami l’a traduit pour moi.

Voir à ce sujet sur ce site:


Toutes ces intimidations, est-ce bien normal?

Est-ce chrétien ou diabolique ?

Father John Hunwicke
Liturgical Notes
27 août 2017
Traduction L.

Il y eut un temps, au début de ce pontificat, où le Saint-Père était persuadé que tous les hommes de bonne foi croyaient au plus profond d’eux-mêmes que l’Eglise devait changer sa discipline du mariage. Tout ce qu’il fallait pour cela, c’est que les pères synodaux fassent jaillir clairement la « vérité bergoglienne », qu’en réalité ils portaient tous dans leurs cœurs. C’est une période durant laquelle le pape Bergoglio ne cessait d’appeler à la parrhesia : le courage de s’exprimer sans détours. C’est aussi la période où l’on entendit ces mots mémorables de la bouche de son ami et ghostwriter “Tucho” Fernandez : « Il veut dire que Müller ne nous fera rien ».

Ne vous méprenez pas, certains parmi les plus haut placés des supporters de Bergoglio savaient bien que l’esprit de parrhesia allait avoir besoin d’un petit coup de pouce sous la forme d’une manipulation adroite et prudente du processus. Un haut prélat de la hiérarchie catholique en Angleterre et au Pays de Galles, apprenant que 450 membres du clergé anglais s’apprêtaient à signer une lettre ouverte qui réclamait l’adhésion à l’orthodoxie et l’orthopraxie, a exercé sur les organisateurs de fortes pressions pour qu’ils renoncent à leur projet. C’est en tout cas ce qu’a rapporté le Catholic Herald. L’argument était le suivant : il existe des canaux privés tout à fait appropriés qui permettent aux membres du clergé de faire connaître leurs opinions à titre privé à …. leurs …. évêques. Parfaitement ! Magnifique ! Ce truc est couché noir sur blanc à la page 665 du très utilisé manuel How to Be a Successful Church Manager [!]. Heureusement, les initiateurs de la lettre eurent le courage d’ignorer les pressions.

Ensuite, il y eut la lettre des 45. Elle fut suivie d’épisodes déplorables d’intimidation, dont certains très cruels et méchants, en diverses parties du monde. Le lecteur comprendra sans peine que je ne peux trahir des confidences en révélant qui fit pression sur qui et comment. Mais je peux vous assurer que le tyran A fit pression sur les tyrans intermédiaires B et C pour qu’ils mettent leurs gants et règlent leur compte à D et E.

Et maintenant, à l’heure où j’écris ces lignes, en août 2017, de semblables épisodes d’intimidation apparaissent au grand jour.

Qu’est-il donc advenu de l’impératif de parrhesia ? Pourquoi ce terme s’est-il vu soudain rayé du vocabulaire pontifical ? Bergoglio aurait-il soudain oublié son grec ?

Ici encore, pour répondre, le lecteur n’a qu’à revenir au How to be a Successful Church Manager, à la page 666 cette fois : « Muselez le clergé inférieur jusqu’à ce que vous ayez truqué vos synodes et terminé votre exhortations post-synodales ; puis usez de la férule du magistère pontifical pour qu’ils se tiennent cois pour toujours. La plupart d’entre eux forment, de toute façon, une troupe assez pusillanime et négligeable ; il vous suffira de faire un exemple avec quelques-uns du petit nombre des trublions les plus bruyants. N’oubliez pas de bien expliquer à tous vos séminaristes que les portes du séminaire sont grand ouvertes. Et il n’y pas de mal à laisse flotter dans l’air le doux parfum des mots “excommunication” et “suspension” qui ne ratent jamais leur effet. Notre Père qui est ici-bas ne transige pas avec la discipline ecclésiastique ».

Comme celle de parrhesia, la notion miséricorde est aujourd’hui bien dépassée, isn’t it ?

P. John Hunwicke