au crible de Marco Tosatti (et de son hôte récurrent Super Ex): il y a une foule d’arguments objectifs qui discréditent les attaques du Pape contre ceux qui le contestent, y compris le cardinal Müller, qu’il a cherché à ridiculiser en le traitant d' »enfant »… sans réaliser que c’était un compliment. Est-il déconnecté de la réalité… ou s’agit-il de quelque chose de plus trouble?

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Le Pape, les critiques, le dialogue

Déconnexion de la réalité, ou bien…

Marco Tosatti
11 septembre 2019
Ma traduction

Il y a quelques jours, Super Ex nous a envoyé une réflexion à propos du commentaire du Pape Bergoglio sur le Cardinal Müller, théologien de grande renommée, ex-Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, personnage hautement respectable, qui a toujours cherché fidèlement à défendre le rôle et la figure du Pontife romain, contre vents et marées. Nous voudrions ajouter un bref commentaire, aux mots qu’@Pontifex a prononcés dans l’avion qui le ramenait d’Afrique à Rome. Voici la question, et sa réponse.

– Question de Jason Horowitz, NYT: Vous faites l’objet de vives critiques et même certains de vos amis les plus proches ont parlé d’un complot contre vous. Y a-t-il quelque chose que ces critiques ne comprennent pas de votre pontificat, ou y a-t-il quelque chose que vous avez appris des critiques? Autre chose: avez-vous peur d’un schisme dans l’Église américaine, et si oui, y a-t-il quelque chose que vous pourriez faire?

– Le Pape: « (…) Les critiques aident et quand on reçoit une critique, il faut tout de suite faire son autocritique. Dans les critiques, je vois toujours les avantages. Parfois, on se fâche, mais les avantages sont là. Puis sur le chemin de Maputo, l’un d’entre vous est venu me donner un livre: « Comment les Américains veulent changer le Pape » (sic!). J’étais au courant du livre, mais je ne l’avais pas lu. Les critiques ne viennent pas seulement des Américains, mais de partout, même à la curie. Moi, j’aime bien quand on a l’honnêteté de les dire. Je n’aime pas quand les critiques sont sous la table, peut-être qu’ils vous font de grands sourires, et ils vous poignardent dans le dos. La critique est un élément de construction et peut amorcer un dialogue. Au contraire, la critique des pilules d’arsenic est un peu comme jeter le caillou et cacher la main. Si je fais une critique et que j’attends la réponse, je vais voir le Pape, je parle et j’écris un article et je lui demande de répondre, ça, c’est loyal, c’est aimer l’Église. Faire une critique sans vouloir entendre la réponse (*) et sans faire de dialogue, ce n’est pas aimer l’Église, c’est aller derrière une idée fixe (*). Une critique loyale est toujours bien reçue, du moins par moi.

(*) On a vraiment envie de crier: quel toupet!!! (ndt)

Vous avez lu la partie en italique? C’est la même personne qui n’a pas voulu voir les cardinaux qui auraient aimé parler, discuter avec lui des difficultés et des problèmes (Burke, Caffarra, pour n’en nommer que deux) et qui a donc refusé a priori le dialogue. Combien de réponses les personnes, laïcs, prêtres, évêques, cardinaux qui lui ont écrit en privé ont-elles reçues? Et combien de réponses les pétitionnaires ont-ils eues aux pétitions, requêtes filiales, etc. au cours de ces années ? L’explication la plus charitable que je puisse trouver est celle d’une déconnexion de la réalité, c’est-à-dire l’incapacité d’évaluer d’une manière froide et détachée, sans se sentir immédiatement attaqué et attaqué, les actions et les mots qui peuvent sous-tendre ou rendre explicite une critique. Si vous vous souvenez bien, la lettre signée par plus d’une dizaine de cardinaux avant le Synode sur la Famille aurait provoqué – selon ce qui a été rapporté à l’époque – des réactions exceptionnelles [de colère, ndt]. Je préfère encore penser à une déconnexion entre vision personnelle et réalité objective, plutôt que d’admettre une certaine forme d’impudence pontificale. Comme le ferait Müller, pour sauver le rôle et la figure, sinon l’homme…

Et voici Super Ex:

Dans la vie, il arrive souvent qu’enfants, nous fassions confiance à nos parents, nous les suivions fidèlement, sans trop de questions. Puis on devient adolescents, on grandit un peu, on se sent un peu rebelles, on veut être autonomes, on a tout compris. C’est le moment de la « stupidité » maximale…. Il se trouve que les années passent, nous mûrissons, et nous revenons « en arrière » : « maintenant je comprends mes parents » ; « mon père avait raison » ; « comme ma mère était bonne ». La même chose se passe dans la foi: les enfants croient, avec élan; puis vers l’adolescence des doutes surgissent, souvent ils quittent la pratique, ils croient avoir compris que « tout ça, c’étaient des contes pour enfants ». Ensuite, beaucoup de gens redécouvrent la foi qu’ils avaient quand ils étaient enfants: peut-être après une traversée du désert de type existentiel, ou après avoir vraiment étudié. Relisons Louis Pasteur : « Peu de science vous éloigne de Dieu, beaucoup vous y ramène ». Beaucoup de connaissances humaines révèlent à l’homme sa petitesse et lui ouvrent les portes de la Sagesse.

Tout cela pour dire quoi ?

Que Bergoglio a raison, quand il qualifie le Cardinal Müller d' »enfant », qui lutte, a de bonnes intentions… mais n’y arrive pas.

Eh oui, direz-vous, Bergoglio, avec trois idées répétées à l’infini, liquide ainsi, et publiquement, le théologien de renommée mondiale, éduqué, préparé, appelé par Benoît XVI rien de moins qu’à la Congrégation de la foi!

Mais c’est « juste » ainsi: « Peu de science vous fait croire que vous êtes un adulte, qui comprend mieux que le Christ, que le magistère de ceux qui vous ont précédé, que l’ex- ‘gardien de la foi’ et de celui qui l’a choisi et continue à en faire l’éloge, y compris publiquement; beaucoup, au contraire, vous rend humble, vous enseigne que vous ne pouvez pas être plus miséricordieux que le Christ, ni plus sage que 2000 ans de Tradition; qu’il est bon de retourner à l’enfance, d’être accompagné par Dieu ».

Rappelons-nous: c’est l’orgueil qui compte pour nous ; c’est en redevenant enfant que nous acceptons vraiment la Révélation du Père et l’authentique Magistère de l’Église, sans en devenir les maîtres arrogants.

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