Après Edgar Morin… Jeffrey Sachs participe ces jours-ci à Assise, au « Cortile di Francesco« , une rencontre dédiée (comme son nom l’indique!) à la transmission de la pensée de François; il est interviewé pour l’occasion par Il Corriere della Sera, où il pontifie sur le rôle de l’Eglise comme s’il en était lui-même un haut dignitaire – voire le Pape -, et dit tout le bien qu’il pense… du Pape, justement. Ce qui amuse « Pezzo Grossso » (Marco Tosatti).

A Assise se déroule du 18 au 22 septembre la cinquième édition du « Cortile di Francesco » (La Cour de François), un symposium rassemblant plus de 70 intervenants censés débattre sur le thème archi-rebattu « Rencontre: communauté, peuples, nations » (tout un programme!!), évidemment à la lumière du magistère du Pape (mais pas de n’importe quel Pape, évidemment, ç’aurait été impensable sous Benoît XVI).

L’ouverture de la manifestation, apprend-on ici, sera confiée au directeur de l’Earth Institute de la Columbia University, Jeffrey Sachs, autre chouchou de François, avec une lectio sur le futur de l’économie internationale.

A cette occasion, ledit Jeffrey Sachs a accordé une interview à Il Corriere della Sera, également protagoniste de l’évènement.
C’est cette interview qui a fait réagir « Pezzo Grosso« , l’un des hôtes récurrents du blog de Marco Tosatti.
Je crois que l’interview de Sachs, qui bée – ou fait semblant de béer – d’admiration devant François (qui du reste le lui rend bien), et le commentaire de Pezzo Grosso, entre amusement et perplexité, valent la lecture.


L’économiste à la Cour de François: l’économie et la politique doivent être plus morales

Jeffrey Sachs : « La terre n’est pas aux riches. Le monde a besoin d’une UE forte

Paolo Conti
Il Corriere della Sera
13 septembre 2019

Vous, Professeur Jeffrey Sachs, êtes reconnu comme l’un des plus grands experts mondiaux du développement économique et de la lutte contre la pauvreté. Vous parlerez au « Cortile di Francesco », au pays du Saint d’Assise. Comment pensez-vous qu’il est possible de lutter contre la pauvreté dans un monde encore dominé par l’économie de marché ?

« L’Église a affronté cette question depuis la grande encyclique de Léon XIII, Rerum Novarum, en 1891. L’Église enseigne qu’une économie de marché peut être à la fois efficace et promotrice de liberté, mais que le marché doit fonctionner dans des limites morales. Les droits de propriété ne sont pas inviolables. Ils doivent respecter la dignité humaine et les besoins économiques. La richesse privée ne doit pas abuser des pauvres ou de l’environnement. L’Église enseigne la doctrine de la Destination universelle des biens: la Terre et ses ressources appartiennent à tous, pour satisfaire les besoins de tous, pas seulement les caprices des riches et des puissants.

Que pensez-vous de l’enseignement du Pape François contre la pauvreté? Pensez-vous qu’aux États-Unis, la population et les politiciens l’écoutent ?

« Le pape François est le leader moral le plus important du monde. Il porte en lui les enseignements sociaux de l’Église, sa splendeur personnelle et une incroyable inspiration pastorale. Il tend la main aux pauvres et ils le suivent. Beaucoup de gens riches aux États-Unis sont perplexes, bien sûr, mais certains écoutent. Aux États-Unis, nous sommes confrontés à une philosophie de la ‘bonne avidité’ poursuivie depuis des décennies et qui a conduit le pays à sa crise morale actuelle. Nous devons rétablir un cadre moral pour l’économie et la politique ».

‘L’homme et la terre. Une rencontre durable?’. Tel est le thème de la rencontre du 18 septembre à Assise entre vous et Federico Fubini du « Corriere« . Pensez-vous que l’avenir économique est durable pour la Terre? Et si oui, comment?

« L’ensemble de la communauté mondiale, avec les 193 États membres des Nations Unies, s’est mise d’accord sur le cadre du développement durable dans deux accords essentiels en 2015. Il s’agit de l’Agenda 2030, avec ses dix-sept objectifs de développement durable, et de l’Accord de Paris sur le climat. Les objectifs du développement durable et l’Accord de Paris sont réalisables et faisables, mais ils exigent une nouvelle philosophie morale et de nouvelles façons d’orienter la vie économique et politique.

Et quels pourraient être les résultats concrets de ces nouvelles orientations?

« Avec les énergies renouvelables, nous pouvons stopper le changement climatique d’origine humaine. Grâce aux nouvelles technologies intelligentes, nous pouvons garantir les soins de santé et l’éducation pour tous. Mais nous devons aussi construire des institutions politiques et économiques justes, participatives et véridiques, plutôt que des sociétés et des économies corrompues par de grosses sommes d’argent et des idéologies néfastes comme le nationalisme extrême et le racisme. Avant tout, nous avons besoin d’institutions régionales solides, à commencer par une Union européenne forte et unie, une coopération mondiale à l’ombre de la Charte des Nations unies et de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Malheureusement, les États-Unis sont tombés dans le piège de la corruption corporative de la politique américaine. Mais nous avons la possibilité de changer et de renouveler une coopération forte avec l’Europe et le monde entier si nous avons de la chance dans le processus politique.

A quoi, selon vous, l’homme moderne devra-t-il renoncer pour ne pas épuiser les ressources de la Terre?

« Il devra apprendre à apprivoiser l’avidité et la soif de pouvoir. Aristote nous l’a dit il y a 2 300 ans: il avait raison et ce n’était pas un naïf. Le Pape François nous le rappelle encore une fois. Nous avons la technologie, le savoir-faire, la richesse et les connaissances scientifiques pour prospérer, pour mettre fin à l’extrême pauvreté, pour sauver la planète, pour augmenter notre temps pour la famille et les amis. Mais nous devons maintenir nos orientations morales et faire en sorte que la politique serve le bien commun. Nous devons surmonter notre terrible tendance à haïr « l’autre » afin de coopérer au niveau mondial. Il ne s’agit pas seulement de banalités, mais d’approches réalisables et pratiques d’un monde qui partage des besoins communs. Comme l’écrivait le Pape François dans Laudato Si’: « L’interdépendance nous oblige à penser à un monde avec un projet commun ».


Voici le commentaire de « Pezzo Grosso »:

Aujourd’hui, j’ai retrouvé un peu de bonne humeur que j’aimerais partager avec vous Ça m’est arrivé en lisant dans le Corriere d’aujourd’hui (14 septembre) en page 21, l’interview de Jeffrey Sachs (ancien consultant d’Obama et d’Hillary Clinton, économiste politique autoproclamé, environnementaliste, néomalthusien).

Celui à qui est attribuée l’encyclique Laudato si’, probablement l’une des personnes les plus encensées, y compris par le Pape, dans ce pauvre monde sans « plus de religion », sans valeurs, sans éducation, sans sagesse.

L’interview fait référence à la rencontre d’Assise (« Il Cortile di Francesco » ) devenue désormais siège secondaire de Santa Marta, utilisé pour donner des messages utopiques, en les camouflant avec le nom de saint François.

Bien, de quoi peut parler un homme avec ses qualifications? Bien sûr, il donne des leçons de morale et explique qui est le pape Bergoglio. « Le Pape François est le leader moral le plus important au monde ». « Il porte en lui les enseignements de l’Église, sa splendeur personnelle et une incroyable inspiration pastorale ».

A ce stade, je me suis demandé quelle relation il pourrait y avoir entre le Corriere et le Vatican, mais aussi ce que prend Jeffrey Sachs pour ses « consultations » à Sainte Marthe.

Mais continuons avec ses leçons de morale. Sachant ce qu’il pense réellement, j’ai été impressionné par les références morales faites dans l’interview; aussi parce que JAMAIS, JE DIS BIEN JAMAIS, il n’explique à quelle morale il se réfère: « Le marché doit opérer dans des limites morales »; « Nous devons rétablir un cadre moral pour l’économie et la politique »; « Nous devons maintenir nos orientations morales et faire fonctionner la politique pour le bien commun »; « Nous devons surmonter notre terrible tendance à haïr l’autre » (faisait-il référence à Salvini)?

Puis il nous fait comprendre ses objectifs politiques: « Nous devons construire des institutions politiques et économiques justes, participatives et véridiques, au lieu de sociétés et d’économies corrompues par de grosses sommes d’argent et des idéologies néfastes telles que le nationalisme…  » (oui, j’ai peur qu’il ne fasse référence à Salvini…).

Suit une estocade haineuse envers Trump qui l’a écarté, après qu’il ait été conseiller [issu] de chez Sachs pour Obama et la Clinton: « Malheureusement les Etats-Unis sont tombés dans le piège de la corruption corporative de la politique américaine ».

Après quoi il explique comment sauver le monde et l’homme en indiquant clairement pour qui et à quoi il travaille: « Avec les énergies renouvelables, nous pouvons arrêter le changement climatique d’origine humaine. Avec les nouvelles technologies intelligentes, nous pouvons garantir les soins de santé et l’éducation pour tous ».

Business!?!!

Je vais m’arrêter là. Jeffrey Sachs joue son jeu et c’est bon pour lui, probablement que maintenant Conte va lui confier quelque tâche, mais le Pape qui l’invite constamment à donner son avis, il l’est, ou il fait semblant? [ci è o ci fa – expression familière: il est stupide, ou bien…]. Vous, Tosatti, qu’en pensez-vous?

Marco Tosatti, Stilum Curiae

Et voici la réponse de Tosatti:

Je crois qu’il y a des deux. Vous savez que le signore dont vous parlez est l’un des gourous de ce monde et de ces pouvoirs dont le Pape régnant est friand de la complaisance, et qui lui garantissent cette faveur de la presse dont ne pourrait évidemment pas jouir une Eglise qui ne caresse pas les Pouvoirs du monde dans le sens du poil. C’est pourquoi il fait semblant. Mais je crains qu’il ne « soit »; autrement dit qu’à force de fréquenter uniquement les Sorondo, Spadaro et cie, il se prive des instruments autonomes de jugement nécessaire pour percer l’écran du politiquement correct.

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