Ettore Gotti Tedeschi réagit sur le blog d’AM Valli aux propos étonnants du Pape (qu’il ne cite pas explicitement) devant les jésuites africains, réprimandant une dame qui lui présentait deux jeunes qu’elle venait de convertir. Dans sa réponse, le pape oppose prosélytisme (« qui est toujours appartenance et vous ôte la liberté ») et évangélisation (« qui est essentiellement témoignage »). Mais qu’en est-il exactement?

Voir aussi: Le Pape et les jésuites du Mozambique

Prosélytisme? Evangélisation?

Le vrai problème est si l’on croit ou non

Aldo Maria Valli
28 septembre 2019
Ma traduction

(…) Prosélytisme, dans l’acceptation négative en vogue aujourd’hui, signifie faire des disciples par l’endoctrinement forcé et des méthodes qui ne respectent pas la liberté des personnes (mais existe-t-il des exemples de ce genre ces derniers temps?). La première question que je me pose est donc de savoir si la soi-disant liberté est la vraie liberté et si, pour sauver la vie d’une personne, nous pouvons ou non manquer au respect humain.

La deuxième question est de savoir si aujourd’hui le témoignage silencieux, sans enseignement, peut suffire à proclamer l’Évangile de Jésus, que tous ont le droit de connaître.

Le problème, selon moi, c’est que pour évangéliser avec les arguments et le témoignage, il est indispensable avant tout de croire. Si l’on ne croit pas, il est évident que l’expression prosélytisme semble méprisable. Si vous ne croyez pas ou n’êtes pas convaincu de votre propre foi, il est naturel de penser que vouloir convaincre les autres est une violation de leur liberté. Si on ne croit pas, on peut être convaincu qu’on peut être sauvé même sans connaître Christ.

Celui qui croit a un motif pour évangéliser, c’est-à-dire pour proposer et témoigner le salut à travers Jésus (le Sauveur), jusqu’à la persécution, jusqu’au martyre. Comment « donner des raisons d’espérer » (1 Pierre 3, 15) sans proclamer sans équivoque l’Évangile? Pourquoi alors confondre cela avec un prosélytisme coercitif et incorrect? Pourquoi un catholique devrait-il le faire? Pour gagner un bonus à chaque entrée d’un nouvel adepte? Et qui le paie ?

Ce que je crains, c’est qu’aujourd’hui la relativisation gnostique de la foi catholique, trop orientée vers l’irénisme et le syncrétisme œcuménique, soit l’élément qui explique la dissuasion de l’évangélisation elle-même, comme attentat à la liberté d’autrui.

Celui qui a essayé d’évangéliser sait que proclamer l’Evangile à ceux qui ne le connaissent pas ou le connaissent mal suscite la polémique avec l’interlocuteur, à cause d’objections naturelles. Mais penser à évangéliser seulement à travers le témoignage, sans arguments rationnels et sans capacité d’apologétique, c’est du protestantisme. Le protestantisme se limite à répandre la Bible et à compter sur l’Esprit Saint, sans la puissance de la raison et l’enthousiasme de ceux qui ont la foi et qui la manifestent, comme les saints nous l’ont appris.

Mais évangéliser est aussi le véritable devoir des laïcs. Les laïcs, qui ne célèbrent pas la messe et n’administrent pas les sacrements, ne peuvent se limiter à être sacristains. Ils n’opèrent pas non plus comme évangélisateurs par délégation du curé de la paroisse, de l’évêque ou du Pape. Ils opèrent par délégation directe du Christ, par le Baptême et la Confirmation. Dans un moment comme celui-ci, où le gnosticisme se répand, il faut plus qu’un simple témoignage. Il faut apprendre à affirmer la vérité historique de la Résurrection. Cette mission, qu’on lui donne alors le nom qu’on veut.

Ettore Gotti Tedeschi