Cette fois, ce sont plus que des rumeurs. Enquête interne sur des opérations financières suspectes et un détournement frauduleux du denier de Saint-Pierre. L’Espresso prêt pour l’hallali. Pour un catholique, il n’y a pas lieu de s’en réjouir. Mais le grand ménage promis par François en 2013 n’a pas eu lieu, bien au contraire. Toutefois, les temps ont changé depuis Benoît XVI: ce n’est plus le Pape qui est dans la ligne de mire…

François craint que les vieux vices de poids lourds de la curie et de laïcs déloyaux ne fasse à nouveau subir un tremblement de terre à son difficile pontificat.

L’Espresso

Voir aussi:


Vatican, scandale spectaculaire portant sur des millions:

enquête sur un monsignor et le chef de l’AIF

L’Espresso
Emiliano Fittipaldi
2 octobre 2019
Ma traduction

Enquête interne sur des opérations financières suspectes: cinq dirigeants suspendus de leurs fonctions. Parmi eux, des poids lourds comme don Mauro Carlino, chef des bureaux de la Secrétairerie d’État et Tommaso Di Ruzza, directeur de la lutte contre le blanchiment de capitaux. Dans le collimateur des magistrats, l’achat et la vente de biens immobiliers à Londres et la gestion des comptes de l’Obolo di San Pietro (le denier de Saint Pierre). Le Pape François: nous ne ferons aucun conpromis avec qui que ce soit

Un scandale financier sensationnel risque de submerger à nouveau le Vatican. Dans la ligne de mire, des opérations financières apparemment irrégulières portant sur des millions, effectuées par des services de la Secrétairerie d’État. Aujourd’hui, ce ne sont pas seulement des laïcs et des comptables qui tremblent, mais aussi des monsignori, et – disent certains – de puissants cardinaux.

Au début de l’été, le pape François a été averti par les dirigeants de l’IOR et par le Vérificateur général (que quelques-uns désignent comme une sorte d’autorité anti-corruption de la ville sainte) de possibles délits financiers gigantesques commis ces dernières années. Bergoglio a donc ordonné une enquête ponctuelle et très sévère, ne faisant aucun compromis.

Ainsi, hier, sur ordre du promoteur de la Justice Gian Piero Milano et de son adjoint Alessandro Diddi, les hommes de la Gendarmerie ont saisi des documents confidentiels, PC et ordinateurs non seulement dans les bureaux de la Première Section du Secrétariat dirigée par le Cardinal Pietro Parolin, mais aussi dans les locaux de l’AIF, l’autorité chargée des informations financières. C’est-à-dire l’organisme indépendant qui devrait s’occuper des activités de lutte contre le blanchiment d’argent.

Hier la nouvelle des perquisitions a été donnée en quelques lignes par le Bulletin du Bureau de Presse du Saint-Siège, sans plus de détails (curieux, notent les initiés, le fait que le décret n’ait pas été signé par l’autre procureur de la Justice récemment promu par le pontife, Roberto Zannotti).

Mais ce matin, le corps de gendarmerie dirigé par Domenico Giani a envoyé une note de service, que l’Espresso publie en exclusivité, à tout le personnel interne du Vatican et aux gardes suisses qui contrôlent la sécurité et l’accès.

Si le réglement du Vatican prévoit que la perquisition implique l’inscription au registre des suspects, le document de la Gendarmerie indique que depuis ce matin cinq personnes ont été « suspendues à titre conservatoire ».

Il s’agit de deux dirigeants des bureaux de la Secrétairerie, Vincenzo Mauriello et Fabrizio Tirabassi, d’une responsable de l’administration, Caterina Sansone, et surtout de deux poids lourds du Vatican.

Autrement dit de Mgr Mauro Carlino, depuis quelques semaines chef du Bureau d’Information et de Documentation de l’organisme qui a son siège au Palais Apostolique, et du directeur de l’AIF, Tommaso Di Ruzza. « Les sus-mentionnés », lit-on sur la note signée par Giani, « pourront entrer dans l’État exclusivement pour se rendre à la Direction de la santé et de l’hygiène pour les services connexes, ou s’ils sont autorisés par la justice du Vatican. Mgr Mauro Carlino continuera à résider à la Domus Sanctae Marthae« .

L’enquête ne fait que commencer. Mais il apparaît à l’Espresso que les « transactions financières effectuées au fil du temps » concernent des ventes et des achats immobiliers pour des millions de dollars à l’étranger, en particulier des propriétés prestigieuses à Londres, et d’étranges sociétés anglaises qui auraient participé à l’affaire.

Pour mémoire, Tirabassi gère les investissements financiers de la Secrétairerie d’Etat, dans un bureau administratif très délicat qui a vu la mutation de son numéro un historique, Mgr Alberto Perlasca le 26 juillet dernier, quand le Pape l’a nommé promoteur de justice à la Signature apostolique. Mgr Carlino lui-même l’a remplacé le jour même.

Comment le monsignor nouvellement promu aurait-il pu imaginer que deux mois plus tard, il serait « à titre conservatoire » gelé par le service.

Ce n’est pas tout. En effet, les enquêteurs analyseront également certains flux financiers des comptes sur lesquels transite l’Obolo di San Pietro. Ce sont les dons de charité que les fidèles du monde entier font chaque année au Pape, qui devrait ensuite les utiliser pour des œuvres de charité en faveur des plus faibles et des plus nécessiteux. En 2015, l’auteur de ces lignes a découvert qu’au lieu d’être dépensés pour les pauvres, ils se sont accumulés dans des comptes et des investissements qui cette année-là avaient atteint un montant record de près de 400 millions d’euros. Chaque compte et chaque mouvement d’argent est aujourd’hui passé aux rayons X, pour voir si certaines des irrégularités supposées cachent quelque chose de plus grave.

Les rapports de l’IOR et de l’Auditeur général portent sur une période récente, lorsque les bureaux visés par le pouvoir judiciaire étaient dirigés par le cardinal Angelo Becciu, ancien substitut aux affaires générales de la Secrétairerie, devenu il y a quelques mois préfet de la Congrégation pour les causes des saints. Mgr Carlino, qui vient d’être suspendu de ses fonctions, fut pendant des années le secrétaire personnel du cardinal, l’un des hommes les plus influents de la curie et depuis toujours estimé par le Pape François. Qui craint que les vieux vices de poids lourds de la curie et de laïcs infidèles ne fasse à nouveau subir un tremblement de terre à son difficile pontificat.

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