Alors que s’ouvrent les travaux du Synode avec une Messe célébrée ce matin dans la Basilique Saint-Pierre, Nico Spunoni fait le point sur les questions brûlantes à l’ordre du jour (évidemment le célibat sacerdotal en premier, mais aussi la reconnaissance de certaines formes de paganisme, l’absence de Dieu, et comme conséquence les préoccupations uniquement profanes pour l’environnement) et les ultimes interventions de cardinaux inquiets, de Burke à Müller, et même – plus surprenant – le cardinal Ouellet.

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Si tout reste immobile, si ce qui rythme nos jours, c’est le ‘‘on a toujours fait comme ça’’, le don disparaît, suffoqué par les cendres des craintes et par la préoccupation de défendre le status quo

(…)

Que de fois le don de Dieu au lieu d’être offert est-il imposé, que de fois y a-t-il eu colonisation au lieu d’évangélisation ! Que Dieu nous préserve de l’avidité des nouveaux colonialismes ! Le feu allumé par des intérêts qui détruisent, comme celui qui a récemment dévasté l’Amazonie, n’est pas celui de l’Évangile.  

Homélie d’ouverture du Pape François, 6/10/2019

Synode sur l’Amazonie, l’assemblée de la discorde commence

Nico Spuntoni
La NBQ
6 octobre 2019
Ma traduction

Le Synode intitulé « Amazonie: de nouveaux chemins pour l’Église et pour une écologie intégrale » s’ouvre aujourd’hui à Rome (6-27 octobre). Qui inquiète les cardinaux (de Burke à Müller, de Sarah à Urosa) et les simples fidèles, pour l’attention prépondérante portée à l’aspect social et écologique, la reconnaissance des différentes formes de paganisme, l’atteinte au célibat sacerdotal et la mise de côté générale de l’Evangile qui ressort de l’Instrumentum Laboris.

Ce matin, avec la Messe d’ouverture célébrée dans la Basilique Vaticane, le Pape François ouvrira le Synode des évêques sur l’Amazonie (6-27 octobre). Un rendez-vous attendu depuis deux ans: c’est le 15 octobre 2017 que le Souverain Pontife a convoqué l’Assemblée Spéciale, avec pour objectif principal la recherche de « nouvelles voies pour l’évangélisation de cette portion du peuple de Dieu, en particulier les indigènes, souvent oubliés et sans perspective d’avenir, également à cause de la crise de la forêt amazonienne, poumon fondamental pour notre planète ».

En réalité, le chemin vers la journée d’aujourd’hui commence encore plus tôt et précisément en 2014, l’année de la création du REPAM, le Réseau ecclésial panamazzonien, créé par des évêques locaux pour développer un plan pastoral commun pour l’Amazonie et fortement soutenu par les agences allemandes Misereor et Adveniat. C’est justement le matériel provenant des nombreuses réunions sur le sujet organisées au fil des ans par le REPAM qui, avec le document préparatoire et les résultats du questionnaire annexe, a alimenté l’Instrumentum Laboris discutée qui guidera le travail des Pères synodaux.

Le changement climatique, la destruction des cultures et l’autodétermination des peuples indigènes, la déforestation et l’exploitation des ressources naturelles et des infrastructures: telles sont les principales préoccupations sur la table des représentants du REPAM depuis le début de ce parcours et qui ont été pleinement acceptées dans les lignes-guides du Synode intitulé « Amazonie : nouvelles voies pour l’Église et pour une écologie intégrale ».

L’attention prépondérante accordée à l’aspect social et écologique a provoqué la perplexité de représentants faisant autorité de la hiérarchie ecclésiastique. Le cardinal vénézuélien Jorge Urosa Savino, par exemple, a souligné que le document avait oublié « la situation spécifiquement religieuse, pastorale et ecclésiale des missions amazoniennes ». Le cardinal, originaire d’un pays sur lequel s’étend la vaste forêt tropicale, a déclaré que pendant les travaux synodaux « il faudra corriger le parcours et mettre en évidence la place centrale de l’action évangélisatrice et pastorale pour la revitalisation de l’Église en Amazonie ».

Certains, en revanche, derrière la direction que l’Assemblée pourrait prendre en vertu des lignes-guides approuvées, voient le danger d’une révolution pastorale capable de se matérialiser avec l’attaque contre le célibat sacerdotal. Le cardinal Robert Sarah, qui participera aux travaux en tant que Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, a expressément dit craindre que « certains occidentaux confisqueront cette assemblée pour réaliser leurs projets », faisant référence « à l’ordination des hommes mariés, à la création des ministères pour les femmes ou à la juridiction des laïcs ». Le cardinal guinéen a contesté l’idée que des points concernant la structure de l’Église universelle puissent être discutés dans un Synode particulier. Profiter de ce rendez-vous « pour introduire ces projets idéologiques », a dit Sarah dans une interview au National Catholic Register, « serait une manipulation indigne, une tromperie malhonnête, une insulte à Dieu, qui guide son Eglise et lui confie son plan de salut ».

Le cardinal africain s’est dit « choqué et indigné que la détresse spirituelle des pauvres en Amazonie serve de prétexte pour soutenir des projets typiques du christianisme bourgeois et mondain ».

Le cardinal Gerhard Müller, pour qui il existe un lien entre le chemin synodal sur l’Amazonie et celui ouvert presque simultanément par l’épiscopat allemand, a lui aussi soulevé le soupçon qu’il y ait une influence occidentale dans la direction possible des travaux préparatoires. Selon le Préfet émérite de l’ex Saint-Office, l’influence allemande « n’est pas une bonne influence parce qu’en Allemagne l’Eglise catholique est en chute libre » et ses représentants « ne sont pas conscients des vrais problèmes et parlent de morale sexuelle, de célibat et de femmes prêtres mais ne parlent pas de Dieu, de Jésus Christ, de la grâce, des sacrements et de la foi, de l’espérance et de l’amour, des vertus théologiques et de la responsabilité des chrétiens et de l’Eglise dans la construction sociale ».

Une absence constatée dans l’Instrumentum Laboris, à laquelle le cardinal se réfère probablement lorsqu’il dit qu’il est « très inquiétant de voir que dans certains ‘textes ecclésiastiques de réforme’ il n’est pas fait mention de Dieu, du Christ et des Saintes Écritures de l’Ancien et du Nouveau Testament, ni comment l’Évangile risque de s’étouffer sous le poids de la rhétorique de préoccupations socio-psychologiques et pastorales ».

Face à la possibilité que le Synode qui commence aujourd’hui puisse préparer le terrain pour l’institution des « viri probati« , des hommes mariés de vertu déclarée appelés à célébrer la Messe dans les territoires (comme la région panamazzonique) où il est plus difficile de trouver un prêtre, le cardinal allemand, craignant qu’une telle introduction n’ouvre une brèche, a pris la défense du célibat sacerdotal en réaffirmant que « la discipline est enracinée dans la spiritualité du sacerdoce dans l’Église occidentale et latine » et que « nous ne pouvons la changer comme s’il s’agissait d’une discipline extérieure, car elle est profondément liée à celle de la prêtrise ».

L’option des « viri probati« , qui sera certainement discutée au Synode et qui est mentionnée au paragraphe 129 de l’Instrumentum Laboris, ne convainc guère non plus le Cardinal Marc Ouellet. Le Préfet de la Congrégation pour les Évêques, présentant un livre sur le célibat ecclésiastique juste avant l’ouverture de l’Assemblée Spéciale, a clairement indiqué qu’il n’était pas contre, mais sceptique. « Je ne crois pas – a dit le cardinal canadien – que pour avoir un visage amazonien, l’Église ait besoin du sacerdoce uxorato« . Ouellet a aussi dit qu’il croyait qu’il était « contre-productif pour l’évangélisation d’introduire des alternatives » capables de remettre en question « la puissance évangélisatrice du célibat ».

Une position plus claire contre l’approbation de l’ordination des « viri probati » est venue en revanche, du cardinal Raymond Leo Leo Burke dans une déclaration publiée et signée avec Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Marie Très Saint à Astana. Dans ce document, les deux hauts prélats parlaient expressément d’ « abolition pratique du célibat sacerdotal dans l’Église latine ». Par leur initiative, le cardinal américain et l’évêque kirghize ont voulu signaler « les erreurs doctrinales évidentes de l’Instrumentum Laboris« , demandant au Pape – à qui ils ont exprimé un grand amour pour sa personne et pour le don divin de l’Office pétrinien – de rejeter ces mêmes erreurs.

Pour Burke et Schneider, l’Instrumentum Laboris, en plus d’attaquer le célibat, contiendrait la « reconnaissance des différentes formes de paganisme et de leurs pratiques rituelles ». Il s’agit des passages du document de travail dans lesquels des expressions telles que « diverses forces spirituelles », « centralité du caractère relationnel transcendant de l’être humain et de la création », « lieux théologiques » sont utilisées pour parler de l’Amazonie et du cri des peuples.

Dans le même texte, appelé à indiquer la direction des travaux du Synode qui commence aujourd’hui, il y a ce qui semble être à tous points de vue une exaltation des « rituels et cérémonies indigènes » définis comme « essentiels pour la santé intégrale parce qu’ils intègrent les différents cycles de la vie humaine et de la nature » et la requête que « les Conférences épiscopales adaptent le rite eucharistique à leur culture ». Dans l’immense région sud-américaine, pourtant, de nombreux rites traditionnels pratiqués par les Indiens d’Amazonie continuent d’être liés au chamanisme et utilisent l’aide de boissons hallucinogènes comme en témoignent, par exemple, les études de l’anthropologue colombien Luis Eduardo Luna.

Les Pères synodaux, à partir d’aujourd’hui à Rome pour l’ouverture de l’Assemblée, seront appelés à clarifier les nombreuses ombres causées par la publication de l’Instrumentum Laboris.

« Amazonie ou pas », a écrit le cardinal George Pell dans une lettre envoyée depuis la prison australienne où il est détenu, intervenant dans le débat malgré le risque de voir son incarcération durcie, « l’Eglise ne peut permettre aucune confusion, encore moins aucun enseignement qui soit nuisible à la Tradition apostolique ».


Les participants au Synode en tiendront-ils compte?

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