Dans une interview au Corriere della Sera, « le cardinal aimé des opposants à François » affirme qu’il n’y a aucune opposition entre Benoît XVI et François, « comme chacun a pu le constater au cours de ces années » (*). Ah bon? Marco Tosatti a reçu une lettre d’un lecteur , dont on peut partager la perplexité.

(*) L’article est daté du 7 octobre, mais ne dit pas quel jour a été faite l’interview. Était-ce avant le 4 octobre et la Cérémonie sacrilège dans les jardins du Vatican?

A l’occasion de la sortie en Italie de son dernier livre, sous le titre « Si fa sera e il giorno ormai volge al declino » (en vo: « Le soir approche et déjà le jour baisse »), le cardinal Sarah a accordé une interview au plus grand quotidien italien « Il Corrierre della Sera ». La totalité est accessible ici ( Cardinal Sarah (suite)), mais ce qu’il faut en retenir à ce qu’il semble (et de l’aveu même de son auteur Gian Guido Vecchi), est résumé dans un tweet du même Vecchi:

Le cardinal Sarah: « Chaque Pape est ‘juste’ pour son temps, la Providence nous voit très bien, vous savez? Dans la différence évidente des sensibilités, il y a une grande harmonie et une grande continuité entre François et Benoît XVI »

Voici donc la réplique en cause (ma traduction):


Sarah, le cardinal aimé des opposants à François: « Qui est contre le Pape est « hors de l’Église ».

Le cardinal africain, point de référence pour les conservateurs, dénonce dans un livre « l’athéisme liquide » et la « nuit noire » de l’Église.

Et sur le Synode : les évêques occidentaux veulent le bouleverser

Il Corriere della Sera
7 octobre 2019

(…)
Beaucoup ont lu ou liront votre livre en opposition au présent pontificat. D’autre part, le texte est dédié à la fois à Benoît XVI et à François, « fils fidèle de saint Ignace ». Où est la vérité ?


« La vérité est que beaucoup écrivent non pas pour témoigner de la vérité, mais pour opposer les uns aux autres, pour nuire aux relations humaines. Pour eux, peu importe la vérité. La vérité est que ceux qui m’opposent au Saint-Père ne peuvent présenter une seule parole, une seule phrase ou une seule attitude à l’appui de leurs déclarations absurdes, je dirais diaboliques. Le Diable divise, oppose les gens, les uns contre les autres. La vérité est que l’Église est représentée sur terre par le Vicaire du Christ, c’est-à-dire le Pape. Et quiconque est contre le Pape est ipso facto en dehors de l’Église. Je comprends que la société humaine – et le monde intellectuel en particulier – a besoin d’oppositions pour définir les positions sur le terrain, comme si elle n’avait pas d’autres termes de compréhension que l’alternative entre un « nous » et un « eux ». Cela me semble être une erreur grossière, pour ne pas dire diabolique. Mais l’histoire de l’Église, au grand dam du diable qui veut la diviser, est une longue histoire, de difficultés, certes, de divisions, aussi, mais toujours tendue à la recherche de l’unité dans le Christ, dans le respect des différences: c’est une histoire qui se base sur la foi en un Dieu fait homme pour partager avec chacun le chemin de la vie et le fardeau de la souffrance. Le reste, ce sont des spéculations absurdes. J’ajouterais que chaque Pape est « juste » pour son temps, la providence nous voit très bien, vous savez? La question est: ce que vous et moi avons reçu de nos pères est-il encore valable pour nos enfants? Et si oui, comment s’assurer qu’ils se le réapproprient dans l’expérience? C’est la vérité de ces évidences que nous sommes appelés à redécouvrir, à la fois avec les analyses imparables de pensée de Benoît XVI et la grande et lumineuse activité de François. Dans la différence évidente des sensibilités, il y a une grande harmonie et une grande continuité entre eux, comme chacun a pu le constater au cours de ces années. Nous devons toujours interpréter les paroles du Pape François avec l’herméneutique de la continuité. Tout comme ce fut le cas entre Jean-Paul II et Paul VI. L’histoire de l’Église est belle et la réduire à l’aspect politique typique des talk-shows télévisés est une opération de marketing et non une façon de chercher la vérité ».


Lettre au cardinal Sarah

Dites-nous pourquoi il y a cette obscurité dans l’Eglise

Marco Tosatti
9 octobre 2019
Ma traduction

L’interview du cardinal Robert Sarah au Corriere della Sera d’hier a suscité beaucoup d’intérêt et de réactions. Un lecteur nous a écrit, nous priant de publier cette lettre au cardinal.

Cher Tosatti,
L’interview du Cardinal Robert Sarah dans le Corriere della Sera m’a laissé un goût amer dans la bouche. Tout est bien, tout est clair, en ce qui concerne l’analyse des maux de l’Église aujourd’hui. C’est là que tombe le mystère, ou mieux, l’obscurité, sur les causes: peut-on vraiment prétendre que le désastre auquel Sarah fait allusion ne concerne en rien le pontife actuel ? Le cardinal africain, espérance de beaucoup de catholiques, peut-il vraiment nous faire croire qu’il y a une parfaite « continuité » entre Benoît XVI et François? Mais surtout: que signifie « qui est contre le pape est en dehors de l’Église »? Quel sens a une phrase aussi banale, vague et approximative ?
Saint Paul était-il « en dehors de l’Église » lorsqu’il a publiquement réprimandé saint Pierre ? Et Jésus, quand il lui a dit « vade retro Satana« , s’est-il exclu de son Église ?
Je voudrais rappeler au cardinal, qui reste un phare dans la nuit, ce que Jésus a dit dans ses Révélations à sainte Brigitte, à propos du Pape Clément VI :

« De même qu’une chaise a quatre pieds et un siège, comme ma chaise, celle que j’ai donnée au pape, doit avoir quatre pieds, c’est-à-dire l’humilité, l’obéissance, la justice et la miséricorde, et le siège doit être fait de sagesse divine et d’amour de Dieu. Aujourd’hui, cependant, cette chaise a été oubliée et à sa place en a été adoptée une autre où l’orgueil remplace l’humilité, l’obéissance remplace l’obstination, l’avidité de richesse, la justice, la colère et la malveillance, la miséricorde, tandis que celui qui l’occupe aspire seulement à être appelés sage et maître selon les normes humaines ».

Comme ce savon est actuel! Qui plus que Bergoglio « aspire à être appelé sage et maître selon les normes humaines »?
Qui plus que lui a mis « colère et malveillance » à la place de la miséricorde tant citée ?

En une autre occasion, Jésus a donné à Brigitte une autre révélation d’avertissement pour le pape:

« Je regrette avec toi, ô chef de Mon Église, toi qui es assis sur le siège que j’ai donné à Pierre et à ses successeurs pour qu’ils aient une triple dignité : premièrement, pour qu’ils aient le pouvoir de lier et libérer les âmes du péché ; deuxièmement, pour qu’ils ouvrent le ciel aux pénitents ; troisièmement, parce qu’ils le ferment aux réprouvés et à ceux qui me méprisent. Mais toi, qui dois libérer les âmes et me les présenter, tu es leur bourreau, car j’ai nommé Pierre pasteur et gardien de mon troupeau, et toi, tu en es le faucheur et celui qui le blesse. Tu es pire que Lucifer, parce que lui m’enviait et qu’il ne voulait tuer que moi pour régner à ma place, alors que tu ne tues pas seulement moi, mais aussi des âmes avec ton mauvais exemple. J’ai gagné des âmes par mon sang, et je te les ai confiées comme un ami fidèle; mais tu les abandonnes à un ennemi dont je les avais libérées. Tu es plus injuste que Pilate, qui n’a condamné à mort personne d’autre que moi; non seulement tu me juges, bien que n’ayant aucun pouvoir à cet égard, mais tu condamnes aussi des âmes innocentes et pardonnes les coupables. Tu es plus mon ennemi que Judas, qui n’a vendu que moi; tu vends aussi les âmes de mes élus par désir de gain et de vanité. Tu es plus abominables que ceux qui ont crucifié mon corps, parce que tu crucifis et puniss les âmes de mes élus. Et comme tu es semblable à Lucifer, plus injuste que Pilate, plus cruel que Judas, plus abominable que ceux qui m’ont crucifié, je me plains de toi avec raison.

Lisons ces paroles claires, prophétiques, vraies, et laissons de côté les excommunications à ceux qui sont « contre le pape » : essayons plutôt de comprendre pourquoi il fait si sombre, dans l’Église; dans cette Église qui a un pasteur suprême qui conduit les brebis aux falaises et aux abîmes de la trahison, plutôt que dans des pâturages herbeux et fleuries.

Lettre signée.