Le 5 octobre, la veille du jour où s’ouvrait le Synode pour l’Amazonie, se tenait à Rome un Symposium consacré à l’évènement, intitulé « La vérité sur l’Amazonie », organisé par l’Institut Plino Correa de Oliveira (cf. Amazonie, ce qui est en jeu). Giuseppe Rusconi y assistait, et il en fait une synthèse sur son blog. Parmi les contributions, celle de Roberto de Mattei.

Ouverte par la prière à Notre Dame de Guadalupe conduite par le Cardinal Raymond L. Burke et clôturée par l’Angélus du soir guidé par le Cardinal Walter Brandmüller, une très importante conférence sur les thèmes proposés par l’Instrumentum laboris du Synode Panamazonique a eu lieu à Rome le samedi 5 octobre, pendant toute la journée.
Promue par l’Istituto Plinio Correa de Oliveira/Tradizione Famiglia Proprietà, elle a vu se succéder les interventions de personnalités d’horizons culturels variés qui, le matin, ont illustré les aspects historiques, missiologiques, identitaires et climatiques de cette région d’Amérique latine et, l’après-midi, se sont intéressées au contenu de l’instrument du travail contesté de l’Assemblée spéciale des évêques.

Rosso Porpora

Parmi les intervenants, je relève les noms de vieilles connaissances de notre blog, Stefano Fontana, Roberto de Mattei, Antonio Ureta… (cela ne signifie absolument pas que les autres contributions sont sans intérêt!!).
Giuseppe Rusconi note en conclusion que le Congrés, dont l’assistance était nombreuse, s’est achevé sur une standing ovation faite à de Mattei et Ureta.

J’ai choisi de traduire l’extrait de l’exposé (lumineux, comme toujours) de Roberto de Mattei


ROBERTO DE MATTEI :

LES IDOLES, LE PROPHÈTE ELIE LES ABATTAIT

Amazonie, mot-talisman.

Parmi les mots-talisman de notre temps, il y a celui d’Amazonie. Les pouvoirs médiatiques internationaux, après l’avoir lancé en 1992, à l’occasion du cinquième centenaire de la découverte de l’Amérique et de la Conférence de Rio, la première conférence mondiale des chefs d’Etat sur l’environnement, l’ont relancé ces dernières semaines. Les semaines où une Suédoise de seize ans, Greta Thurnberg, a apporté l’évangile de l’environnementalisme aux Nations Unies, et où le Pape François consacre même un Synode des évêques à l’Amazonie. Aujourd’hui, l’Amazonie n’est pas considérée comme un territoire physico-géographique, mais comme un paradigme culturel et même, selon l’Instrumentum laboris du Synode des évêques, un « lieu théologique » (nn. 18-19).

Amazonie, un eden ?

Pour les premiers missionnaires qui l’ont pénétrée au XVIe siècle, cette terre ne paraissait pas très différente de ce que décrit Emil Schulthess, célèbre photographe suisse qui l’a explorée au XXe siècle. Dans l’un de ses célèbres livres sur l’Amazonie publiés dans les années 1960, Schulthess explique combien l’image idyllique que beaucoup en donnent est fausse. L’Amazonie n’est pas un Eden romantique, mais une forêt inaccessible, où vivent des légions d’insectes, des armées de fourmis et de moustiques, des myriades d’araignées et de serpents venimeux; les eaux qui la traversent sont infestées de piranhas, alligators et anacondas féroces, tandis que jaguars et animaux sauvages se tapissent dans les arbres. C’est un monde où le soleil ne pénètre jamais, sans lumière et sans saisons, où il n’y a pas de fraîcheur la nuit, mais seulement une chaleur incontrôlable. Un paysage dans lequel il pleut toujours, où les eaux pourrissent et où dominent l’humidité et la pourriture. C’est le royaume des ombres, pas un paradis, mais plutôt, dit Schulthess, un « enfer vert ».

Europe, forêts, Saint-Benoît.

L’Europe, après la chute de l’Empire romain, était presque entièrement couverte de forêts et de fourrés. Les moines bénédictins ont déboisé les forêts, drainé les marais, irrigué les campagnes, travaillé la terre pour la rendre arable, construit le paysage d’un continent entier. L’existence des forêts est permise par Dieu pour pousser l’homme à ne pas se soumettre à la nature, mais à la dominer et à la transformer. À la forêt, qui est le royaume des ombres, qui abrite les esprits des ténèbres, les moines opposèrent la terre cultivée, symbole de la culture de l’homme, qui est un vrai progrès sur le chemin vers la vérité. C’est ainsi que le Moyen Âge opposa les ténèbres de la forêt, habitée par les mauvais esprits, à la lumière des cathédrales. La déforestation est un symbole de civilisation, le culte de la forêt un symbole de barbarie. Le premier grand déboisement de l’histoire fut celui de Saint Benoît de Nurcie, le père de la civilisation européenne.

Un tournant inquiétant.

Voilà la nouvelle religion qui nous est proposée : une religion à visage tribal, qui est en fait une anti-religion, une vision idolâtre de la nature, devant laquelle nous devons demander au Seigneur l’esprit avec lequel Elie a renversé les idoles et vaincu les faux prophètes (1 Rois, 18, 20-40). Nous craignons que des idoles ne soient reçues au Vatican et, face à cette perspective terrible, nous devons répéter à voix haute les paroles que les Apôtres ont opposées à ceux qui leur ont demandé de ne pas prêcher l’Évangile immédiatement après la mort du Christ: « Non possumus » (Ac 4, 20) : « Nous ne pouvons garder le silence sur ce que nous avons vu et entendu ».

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