Il y a presque une semaine, AMV nous apprenait que « la fondation Ford finance le CIMI« . Nous en apprenons plus sur le sujet aujourd’hui grâce à Riccardo Cascioli. Et c’est à tomber des nues. Plus sérieusement, il y a loin des belles intentions affichées par le nouveau « Pacte des Catacombes », une Eglise dépouillée de ses biens terrestres et entièrement dévouée aux pauvres, à l’argent versé à pleines poignées par une Fondation dont la spécificité est de lutter (avec ses énormes moyens) contre tout ce que défend l’Eglise. A noter: ceux qui signent le pacte et ceux qui touchent l’argent sont les mêmes…

Mgr Roque Paloschi mis en difficulté au point presse de jeudi par Edward Pentin qui l’interrogeait sur le généreux financement de CIMI par la Ford Foundation, pro-avortement et pro-idéologie du genre. Paloschi arbore son anneau tucum. (leblogdejeannesmits.blogspot.com/).

Synode, le scandale des fonds de la Fondation Ford

Riccardo Cascioli
La NBQ
23 octobre 2019
Ma traduction

Une autre affaire embarrassante émerge du Synode: les fonds généreux qui arrivent à l’organisme épiscopal brésilien s’occupant de l’Amazonie de la Fondation Ford, connue pour son engagement dans la promotion de l’avortement et de la contraception, ainsi que du programme LGBT. De l’argent qui, au moins en partie, aurait servi à l’organisation du Synode. Mais il y a plus et pire: depuis plus de 30 ans, la Fondation Ford finance des projets visant à retourner la doctrine de l’Église sur l’avortement et la contraception, ainsi qu’à expulser le Saint-Siège de l’ONU.

Au Synode pour l’Amazonie, les points-presse quotidiens de 13h30 sont devenus un rendez-vous incontournable : malgré le fait que dans 90 % du temps ils soient la répétition ennuyeuse d’un texte déjà écrit, qui ne prévoit de parler que des droits indigènes et des viri probati (avec quelques épisodes sur les diacres), il y a toujours la question d’un journaliste qui met les intervenants du point-presse en difficulté. Et l’on assiste alors à de grands moments de spectacle surréaliste.

Outre l’histoire des idoles païennes au Vatican, une deuxième question très grave s’est posée ces jours-ci, et concerne les financements de la Fondation Ford aux organismes des évêques brésiliens qui s’occupent de l’Amazonie et, par conséquent, à l’organisation de ce synode. L’histoire a d’abord été publiée par un journaliste brésilien, Bernardo Küster, mais elle a été présentée lors du briefing par Edward Pentin, qui l’a ensuite traitée dans le National Catholic Register.

En résumé, voici les faits: la Fondation Ford – 13 milliards de dollars de dotation et 600 millions de dons annuels – est l’une des plus puissantes fondations américaines, dédiée avant tout au financement de projets de « justice sociale ». Dans ce contexte, la Fondation Ford finance depuis de nombreuses années le Conseil missionnaire pour les peuples autochtones (CIMI), un organe de la Conférence épiscopale brésilienne, aux manettes de ce Synode, ainsi que deux autres organismes également présents au Synode. De plus, tous ces organismes font partie du REPAM, le Réseau Panamazonien, qui a été un point de référence pour l’organisation du Synode. En particulier, le CIMI a reçu 739 269 dollars de la Fondation Ford depuis 2010, tandis que le Conseil autochtone de Roraima – une section locale du CIMI – a reçu 1 164 906 dollars entre 2006 et 2018. Les deux autres organisations financées par la Fondation Ford sont la Coordination des organisations des peuples autochtones du bassin amazonien (COICA, 4 097 535 de 2007 à 2018) et la Coordination des organisations autochtones de l’Amazonie brésilienne (COIAB, 1 623 443 dollars de 2010 à 2018).

De tout cet argent, nous ne savons presque rien sur la façon dont il a été dépensé, mais la question la plus importante soulevée par Pentin lors du briefing de jeudi dernier est que la Fondation Ford est fortement engagée dans le financement de projets pour la promotion de l’avortement et de la contraception, ainsi que du programme LGBT. Ainsi, l’archevêque de Porto Velho, Mgr Roque Paloschi, chef de la CIMI, étant présent on lui a demandé s’il ne trouve pas embarrassant qu’un organisme ecclésial soit si bien financé par ceux qui font la promotion de l’avortement, de la contraception et du programme LGBT. La réponse de Paloschi a été plus que déconcertante. Il n’a pas pas pu nier le financement – aussi parce que tout est écrit noir sur blanc sur le site internet de la Fondation – mais il a commencé une tirade interminable pour dire que tous les comptes de la CIMI, ainsi que son personnel, ont été vérifiés aussi par les autorités et que tout est en ordre. Il est dommage que personne ne lui ait demandé s’il s’était approprié de l’argent qui ne lui appartenait pas ou si la CIMI avait commis des irrégularités.

Ainsi, le lendemain, un autre journaliste a posé à nouveau la question à l’évêque de Roraima, Mario Antonio da Silva, qui a affirmé que quel que soit le donateur, l’Église utilise l’argent pour défendre et promouvoir la vie « de femmes, d’enfants, de femmes enceintes, de familles et de personnes âgées ». Paolo Ruffini, préfet du Dicastère de la Communication, était visiblement irrité et, non content de la piètre figure dans l’affaire des idoles païennes au Vatican, il a cru devoir en rajouter: « En tant que chrétien et catholique – dit-il – je pense que c’est une bonne chose que l’argent aille pour une bonne cause ». Et, convaincu d’abattre son as, il ajoute, tourné vers son collègue : « Maintenant je vous demande : préféreriez-vous que cet argent de la Fondation Ford aille à d’autres projets, non chrétiens? ».

Alors, partons de là: à quels projets ces fonds vont-ils exactement? Le fait est que ni le CIMI ni les autres organismes ne le disent. Donc, en faisant confiance à l’évêque de Roraima, nous devons supposer qu’ils vont de toute façon défendre la vie, évidemment dans un sens très large.

Admettons qu’il en soit ainsi, mais le problème soulevé par Pentin demeure: La Fondation Ford promeut activement l’avortement et la contraception, il est pour le moins embarrassant de découvrir que les activités de l’Église sont maintenues en vie par une telle Fondation. Deux millions de dollars, ce n’est pas de la menue monnaie. Se demander le pourquoi toute cette générosité en faveur des organismes de l’Église catholique est la moindre des choses, et il ne suffit pas de dire qu’il y a une convergence sur la défense des droits des peuples indigènes en Amazonie. L’objection que l’Église n’a jamais regardé les mains d’où proviennent les offrandes n’est pas non plus recevable: ici, il ne s’agit pas de criminels repentis ou de personnes qui font des dons anonymes pour diverses raisons. Il s’agit d’une fondation dont les projets idéologiques sont en opposition évidente avec la doctrine de l’Église.

En plus de l’inopportunité de dépendre pour ses propres projets de ceux qui attentent si gravement à la vie, il y a aussi une situation de chantage: si, mettons, la Fondation Ford devait promouvoir des programmes de contrôle des naissances en Amazonie, les évêques et les organismes catholiques seraient-ils si déterminés à les dénoncer, vu qu’ils risqueraient de devoir dire adieu à un beau paquet d’argent ? Mais la question est peut-être même naïve: en réalité, les évêques que nous voyons à la tête de ces organismes font partie de ce groupe qui conteste ou ignore l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI, alors peut-être ne sont-ils pas si opposés que cela à la diffusion de la contraception et n’auraient-ils rien contre les programmes soutenus par la Fondation Ford.

Mais il y a quelque chose de pire et de plus grave encore, qui n’a pas encore été clairement dit. La Fondation Ford et son président Darren Walker, en plus de financer l’avortement et la contraception, investissent également contre la liberté de religion et de conscience. Et ce n’est pas tout, depuis les années 80, la Fondation Ford a financé des programmes visant à retourner les enseignements de l’Église catholique de l’intérieur. En particulier, cet organisme est responsable du développement rapide du mouvement Catholics for a Free Choice (depuis 2007, seulement Catholics for Choice), qui, bien que désavoué à plusieurs reprises par les évêques américains, a continué à se présenter comme catholique et à essayer de coaguler les mouvements dissidents dans l’Église pour exiger un changement doctrinal en matière d’avortement et de contraception. Entre 1982 et 1994, la Fondation Ford a versé environ 2 millions de dollars dans les coffres de Catholics for a Free Choice, soit 25 % de tous les revenus reçus. Mais dans les années suivantes, les paiements ont de augmenté, visant surtout des projets destinés aux pays d’Amérique latine (et cela devrait aussi signifier quelque chose), traditionnellement les plus fidèles dans la défense de la vie: entre 1996 et 1998 les paiements ont dépassé 2 millions de dollars. Et encore une fois, entre 2006 et 2014, la Fondation Ford a versé dans les coffres de Catholics for Choice (CFC) 2 650.000 000 dollars: tout au long de cette période, les CFC ont lancé des campagnes d’opinion auprès des catholiques dans une clé pro-avortement, ont fait pression sur les politiciens catholiques, tandis que la campagne See Change, visant à retirer au Saint-Siège le statut d’observateur permanent auprès des Nations Unies, remonte à 2000: la raison, comme toujours, était le rôle d’opposant que le Saint-Siège assume face aux tentatives pour promouvoir le droit à l’avortement aux Nations Unies. Ces dernières années, les CFC ont également ajouté la cause LGBT à leurs revendications, afin de ne rien rater.

Nous avons donc non seulement une Fondation qui soutient la cause de l’avortement, de la contraception et des LGBT, mais qui finance généreusement depuis plus de 30 ans la tentative de renverser la doctrine de l’Église sur la vie et la famille en favorisant un processus de protestantisation. Et maintenant nous trouvons aussi sa contribution dans l’organisation du Synode pour l’Amazonie qui, comme par hasard, dans les propositions sur le sacerdoce et les ministères va précisément dans le sens d’une protestantisation de l’Église.
Il y a parfois des coïncidences…

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