Au moment où le Synode s’achève et où vient d’être publié le document final – que je n’ai pas lu, et que je n’ai pas l’intention de lire -, voici un article remarquablement clair et bien argumenté qui remonte aux racines du mal. Son auteur, Mathias Von Gersdorff, est économiste, il est à la tête de la branche allemande de « Tradition, famille et Propriété ».

Mais d’abord, un mot au sujet du document final:

Est-il permis de supposer que la montagne va accoucher d’une souris (certains avaient mis la barre tellement haut!! ils prétendaient attendre rien de moins que la fin du célibat des prêtres et l’ordination de femmes… des attentes si déraisonnables qu’on se demande QUI elles servaient)?

Ce qui compte, c’est que des processus aient été entamés: c’est l’application de la théorie (chère à François) selon laquelle « le temps est supérieur à l’espace ».

A cet égard, les deux images-choc de l’adoration de la pachamama et de la signature du pacte des catacombes, sont deux symboles plus forts que tous les mots: c’est ce qui restera – au moins pour moi – de ces 3 semaines de débat, conclues par la prose indigeste et confuse (si j’en juge par les extraits que j’ai eus sous les yeux) du rapport final, dont tout le monde se fiche et qui sert seulement à rassurer ceux qui veulent continuer à comater, et à donner du grain à moudre aux médias.

Reste à voir évidemment l’exhortation apostolique, qui devrait être publiée dans un délai si bref (avant la fin de l’année, dit-on) qu’elle avait sûrement été rédigée à l’avance, et ne nécessite plus que quelques ajustements, et les traductions dans les différentes langues.

Mais il suffit de transposer la confidence imprudente de l’archevêque Bruno Forte (replacé ici par le cardinal Claudio Hummes) à propos de ce que lui aurait dit le Pape durant le synode sur la famille, pour nourrir des inquiétudes bien fondées:

« Si nous parlons de manière explicite de communion pour les divorcés remariés (/de prêtres mariés/de femmes diacres – au minimum) tu n’imagines pas le raffut qu’ils vont faire. Alors, n’en parlons pas de manière directe: toi, tu fais en sorte que les bases soient posées, et c’est moi qui tirerai les conclusions »


Synode de l’Amazonie:

Les enjeux réels

Mathias Von Gersdorff (*)
Panamazon Synod Watch
26 octobre 2019
Ma traduction (d’près la version en italien du texte original en allemand)

Mathias Von Gersdorff

Le Synode de l’Amazonie provoque irritation et perplexité chez d’innombrables catholiques. Et cela était déjà perceptible dans le document de travail initial (Instrumentum laboris), une sorte de proclamation verte veinée de claires sympathies pour les mœurs (païennes) des peuples de la région amazonienne.

Le malaise s’est accru avec la publication de la liste des participants au Synode, puisque parmi eux se trouvaient quelques-uns des représentants les plus radicaux de la théologie de la libération, de la théologie indienne et de l’éco-théologie, toutes orientations théologiques qui proposent un nouveau chemin à l’Église catholique, abandonnant clairement des éléments de la Tradition et du Magistère. Puis, petit à petit, on a vu que ce processus débouchait sur des pratiques païennes accomplies au début du Synode et sur des déclarations hétérodoxes faites ici et là, dans les briefings et dans les conversations entre les journalistes du Bureau de presse du Vatican les participants à l’événement.

Comment a-t-on pu arriver à cette situation? Que se passe-t-il dans certains secteurs de l’Église catholique ?

Hans Küng : point de départ

Dans son livre Sept Papes (2015), le théologien Hans Küng décrit ce qu’il considère comme le mal fondamental de l’Église catholique : l’établissement au Vatican sous le pontificat d’Innocent III (Pape de 1198 à 1216) d’un appareil efficace, à savoir, la Curie romaine. Les progressistes catholiques, avec des nuances différentes, sont presque unanimes à dénoncer qu’à cette époque l’Église est devenue un appareil bureaucratique qui étouffait l’esprit. Dès lors, la foi sincère et pure ne serait plus au centre, mais remplacée par le droit canonique, les documents du Magistère, l’ambition de pouvoir des Papes et de l’administration ecclésiastique.

Une caricature qui n’émerge que dans les esprits où n’existe pas la dimension de l’Église comme institution à caractère surnaturel dont la vie est soutenue en permanence par la grâce divine. De là, on arrive à la conclusion que la vie réelle de l’Église aurait pu être complètement différente, comme si la Divine Providence n’avait pas joué un rôle dans son histoire ou l’avait complètement abandonnée sur les mauvais chemins. Le progressisme d’aujourd’hui méprise donc l’histoire de l’Église telle qu’elle a été, prétendant la canaliser différemment.

En ce qui concerne cette revendication, nous voyons deux voies différentes: la voie européenne et la voie sud-américaine.

La vision européenne du cardinal Marx et congénères

Nous savons ce à quoi aspire le catholicisme progressiste européen: l’adaptation de l’Église à l’esprit des temps, auquel est attribuée une sorte d’autorité « révélée » sur la manière dont la foi doit être vécue aujourd’hui. Ainsi tombent l’une après l’autre les barrières aux thèses dominantes du temps présent, qui finissent par être acceptées et théologiquement justifiées: l’Église doit être démocratisée, la morale sexuelle doit s’adapter aux coutumes des gens ordinaires, le féminisme doit s’imposer dans l’Église à tous les niveaux, l’écologie doit être sa principale préoccupation.

La tradition, l’histoire de l’Église, le Magistère ecclésiastique, les dogmes, la piété populaire sont considérés comme un fardeau dont il faut se défaire tôt ou tard. L’Église doit donc continuellement se réinventer dans les domaines théologique, moral, liturgique et dans sa pratique quotidienne.

La vision « libérationniste » latino-américaine du cardinal Humains et congénères

En Amérique du Sud, le progressisme a pris une voie différente, fortement influencée par le marxisme, celle de ce qu’on nomme « Théologie de la libération », et l’adoption de méthodes de lutte de classe tant dans la société que dans l’Église, suivant le paradigme classique de la lutte d’une classe opprimée contre une classe oppressante.

Comme la foi catholique ne connaît pas de « classes », la théologie de la libération a été censurée à plusieurs reprises par le Saint-Siège et en particulier par l’Instruction Libertatis Nuntius de la Congrégation pour la doctrine de la foi, en 1984. Mais elle a survécu dans l’esprit de nombreux théologiens et après 1989 a donné naissance à des métastases étonnantes: « théologie féministe », « théologie écologique », « théologie indienne ». A la base de toutes ces théologies se trouve toujours la thèse marxiste fondamentale selon laquelle une classe dominante opprime et exploite une majorité de personnes.

Vue dans une perspective de révolution culturelle, la « théologie indienne » est la plus radicale : selon elle, l’action civilisatrice et évangélisatrice de l’Amérique latine était un acte d’oppression, à la fois parce qu’elle imposait aux indigènes une vision européenne du monde et parce qu’elle changeait leurs pratiques religieuses considérées légitimes et bonnes. De telle sorte que l’on peut dire que les peuples autochtones sont opprimés culturellement et religieusement depuis 500 ans.

Une version européenne de cette thèse dirait, comme ce fut le cas pour l’idéologue nazi Rosenberg, que les peuples germaniques ont été dépouillés par le christianisme de leur lien avec la nature et du culte qu’ils professaient à la Terre Mère et aux autres divinités.

L’ « anneau de conjonction » entre les courants progressistes et la majorité silencieuse de l’épiscopat

Mais quel est l’anneau de conjonction entre ces deux voies de l’offensive progressiste? Apparemment, ces deux positions sont différentes, mais à y regarder de plus près, on voit une relation profonde dans le refus de la Tradition et du Magistère, dans l’idée que la pratique de la foi n’a besoin ni de la Curie romaine ni du droit canonique et, au fond, même pas de hiérarchie, puisque dans l’Église tous doivent être égaux. Dans ce Synode, nous avons pu constater l’harmonie de fond de l’action menée par ces deux courants progressistes. Exactement comme le modernisme d’autres temps: ce sont plus prétextes que les différences réelles, qui se rejoignent en un seul grand mouvement d’auto-démolition de l’Église, qu’ils appellent péjorativement « Église Constantinienne ».

Que pense en revanche la majorité des évêques?

Les courants que nous venons de mentionner sont radicaux mais ne représentent pas la majorité au sein de l’Église. La prépondérance du collège des évêques tente plutôt de survivre dans une équidistance entre respect de la Tradition et adaptation à la modernité. Cependant, à cause de la crise générale que traverse l’Église, avec les églises qui se vident de fidèles, le manque de vocations sacerdotales, les accusations d’abus psychologiques et sexuels partout, cette majorité (à quelques exceptions près) se sent aujourd’hui faible et n’ose défier la minorité des progressistes radicaux qui, au contraire, se sentent puissants et investis de l’autorité nécessaire pour imposer les règles du jeu.

L’élément nouveau: la cohésion est rompue

C’est une situation qui n’est pas très différente de celle créée lors du Concile Vatican II. Certains veulent tout changer, d’autres juste quelques petites choses. La nouveauté aujourd’hui est que ces deux secteurs semblent vivre dans des îles séparées. En Allemagne, par exemple, la cohésion qui était encore visible à l’époque où la figure la plus importante de l’épiscopat était le cardinal Lehman, ne se voit plus aujourd’hui. A présent, chaque secteur oeuvre pour son propre compte.

L’une des conséquences de cette situation est que les radicaux, qui n’ont rien à faire de la Tradition et du Magistère, élèvent résolument la barre de leurs revendications et agissent de plus en plus à visage découvert. Un exemple en est la vénération de la Pachamama dans les jardins du Vatican, ensuite emmenée en procession vers une église voisine et placée au pied d’un autel, dans un lieu très visible vu le remue-ménage continu de fidèles. Une agression spirituelle éhontée pour beaucoup qui connaissent bien l’histoire de cette idolâtrie andine (et par surcroit, sans rien d’amazonien!).

Ainsi, le consensus sur ce qui est catholique et ce qui ne l’est pas disparaît dans l’Église. Il n’y a plus de liens d’union et les forces centrifuges semblent se déchaîner. Entre-temps, de nombreuses voix, à commencer par celle du Pape lui-même, parlent ouvertement de schismes possibles, ce qui était impensable il y a quelque temps encore.

Perspectives

Le simple fait que certains évêques, comme Mgr Peter Kohlgraf, évêque de Mayence, pensent déjà à haute voix au sacerdoce des femmes, en dit long sur la gravité de la situation. Pendant que cela se passe en Allemagne, en Amérique latine, les cousins idéologiques de Mgr Kohlgraf exigent, entre autres, que l’Église s’excuse pour l’évangélisation des Indiens, car ils auraient été baptisés bien avant par Dieu et auraient vécu un bonheur céleste jusqu’à l’arrivée de l’Occident qui aurait détruit leur « buen vivir« .

Autrement dit, le Christ ne serait pas le seul Sauveur de l’humanité. Comme l’ont souligné les cardinaux les plus autorisés, nous sommes ici face à quelque chose qui n’est pas seulement hérétique, mais aussi apostat, un éloignement clair du christianisme.

Pour conclure. Les progressistes néo-modernistes ont fait du Synode de l’Amazonie un pari : maintenant ou jamais, en avant. Et ce maximalisme est un autre lien entre les progressistes latino-américains et européens.

Que faire ?

L’Église avance à une vitesse soutenue vers l’anarchie. Face à ce tableau, le fidèle catholique doit veiller à ce que sa foi reste ferme et robuste dans la tempête, principalement par les grands moyens des prière, des sacrements, de l’approfondissement des vérités catholiques. Il doit réciter le Credo d’une manière attentive, méditée et pieuse.
Après quoi il doit renouveler avec résolution et vigueur sa fidélité à l’Église en adhérant fermement à la conviction que « les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle », selon la promesse de Notre Seigneur Jésus Christ. (cf. Mt 16, 18 ss.).


(*) Mathias von Gersdorff (né en 1964 à Santiago du Chili ) est diplômé en économie catholique de Francfort-sur-le-Main et appartient à la noble famille des seigneurs de Gersdorff. Il dirige le bureau allemand de Tradition, Famille et Propriété. Il est journaliste et militant du mouvement pro-vie (d’après wikipedia en allemand)

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