On peut évidemment transposer mutatis mutandis à la France: le « curé madrilène », décidément très en forme (mais qui n’est pas un extrémiste), nous régale d’une réflexion qui serait hilarante si elle ne touchait un sujet aussi grave que la suppression progressive de toutes nos libertés et la préférence étrangère systématique qui, au nom d’une conception dėformėe du prochain, fait passer les lointains avant les voisins.

Dessin savoureux choisi par le Père Jorge González Guadalix pour illustrer son article.
J’ignore qui l’on doit remercier

« Notre curé madrilène » continue à se déchaîner! Toute ressemblance avec ce qu’il décrit dans son pays et avec ce que nous constatons dans le nôtre, n’est évidemment pas fortuites!

(Carlota)

 

Ma reconversion en théologien de la libération

Père Jorge González Guadalix
www.infocatolica.com
3 novembre 2019
Traduction de Carlota

Oui, c’est cela. Théologien de la libération, défenseur de ceux qui sont opprimés par des systèmes politiques injustes, chantre de la démocratie et de la liberté, grand guide de la tolérance et défenseur des causes perdues de la justice, du vivre ensemble, du respect et de la fraternité.

Théologien de la libération avec l’option non polluante. C’est-à-dire, que mon cri de liberté n’a pas besoin que je fasse quatorze heures d’avion et trois en canoë à moteur. Il n’a pas besoin non plus de gigantesques congrès ni de commission pro-droits de l’homme, droits généralement plutôt tordus. Votre serviteur, théologien de la libération, dans la version du pauvre, sans plus de polluant que la voiture qui va de paroisse en paroisse, qu’un petit peu de coltan (1) dans son téléphone portable, qu’un ordinateur et du bois coupé à l’ancienne pour chauffer sa maison, et qui n’a pas besoin de combustibles fossiles.

Théologien de la libération tellement atypique que j’ai décidé de dénoncer l’oppression non pas en Amérique hispanique, ce qui est à la mode, ni à Cuba, en Bolivie ou au Venezuela, qui curieusement, n’ont pas de théologien qui les défende. Je ne vais pas me mettre du côté des Amazoniens, que cela soit en bien ou en mal. Non, je veux être un théologien de la libération en Espagne et dénoncer non seulement la pauvreté, – et pour y en avoir, il y en a -, mais surtout l’oppression politique, le manque de libertés, l’arrogance gouvernementale et ce que doivent supporter les malheureux citoyens.

JE DÉNONCE DONC:

– Qu’il soit mal vu et très prochainement délictueux de chanter, par exemple, la “Cara al sol” (2) alors que l’on peut librement chanter l’Internationale, bien que le communisme ait laissé plus de cent millions de morts au XXème siècle.

– Qu’il soit incompréhensible que la loi de la mémoire historique, – ou hystérique (3), regarde à la loupe tout ce qui est supposé sentir ou faire allusion, même a minima, à Franco et au franquisme, alors que nous avons toujours des rues, des hommages et des statues à Largo Caballero (4), Carrillo (5) ou la Pasionaria (6).

– Qu’un drapeau bicolore, celui de l’Espagne depuis le roi Charles III (1716-1788), avec les armes des rois catholiques, comme ce qu’il y a en tête de notre constitution, soit une offense, alors que l’on peut se promener tranquillement avec celui de la république.

– Que l’on installe sur le balcon de la Généralité de Catalogne, une pancarte demandant la liberté d’expression tout en imposant une amende à la boutique d’en-face pour avoir fait usage d’une enseigne et d’informations commerciales rédigées en espagnol (7).

– Que nos hommes politiques s’inclinent avec les musulmans pendant le ramadan alors qu’ils n’ont même pas un salut pour les catholiques à Noël, durant le carême ou la semaine sainte.

– Qu’être un homme hétérosexuel fasse de toi quelqu’un de tout particulièrement suspect en comparaison avec des délits précis.

– Que l’on persécute, dans tous les médias, les catholiques qui exposent la doctrine de l’Église sur des thèmes précis, tandis que l’Islam jouit de tous les respects.

– Que constamment l’on nous menace, nous les catholiques, de réviser les accords église-état (8), ainsi que de retirer quelque avantage fiscal, alors que, d’autre part, des partis politiques, des syndicats et des organisations en bénéficient, et que des subventions sont données à la moindre bestiole vivante et pour les choses les plus incompréhensibles.

– Que les médias parlent toujours des partis de droite et d’extrême-droite et puis aussi des partis de gauche, mais jamais des partis d’extrême-gauche.

Et il y en aurait tellement encore à raconter.

Beaucoup de gens se le disent déjà: beaucoup de démocratie, beaucoup de prétentions, mais moins de libertés qu’il y a des années. Il faut faire quelque chose : Vive la théologie de la libération dans l’Espagne d’aujourd’hui.


NDT :

  1. colombite-tantalite, minerai rare dont les réserves se trouveraient à 80% au Congo
  2. Face au soleil, début de l’hymne, datant de 1935, de la phalange espagnole, parti corporatiste et nationaliste dont le fondateur avocat catholique, exécuté en 1936, repose encore dans la Basilique de la Sainte Croix de la Vallée « de los Caídos »
  3.  loi espagnole votée en 2007 prévoyant des mesures au profit de ceux qui ont souffert de violence ou de persécution durant la guerre civile et l’état espagnol jusqu’en 1975
  4. chef du gouvernement en 1936-37, surnommé par certains le Lénine espagnol
  5. membre du parti communiste, considéré comme responsable du massacre de Paracuellos del Jarama, mort presque centenaire
  6. Dolores Ibárruri , membre du parti communiste, morte à 93 ans en 1993
  7. et non en catalan
  8. l’Espagne, tout comme pour nous en France, l’Alsace-Lorraine mosellane, vit sous le régime d’un concordat avec le Saint-Siège