Quand le Pape interrompait, en pleine messe, un cardinal (Müller) pour lui intimer l’ordre de stopper une enquête sur un autre (Murphy O’Connor), un de ses « grands électeurs », membre de la Mafia de Saint-Gall, lourdement impliqué dans une sombre histoire de pédophilie (*). Marco Tosatti a trouvé une nouvelle confirmation d’une histoire qu’il avait publiée il y a quelque temps mais avec la réserve que c’était alors une rumeur persistante – non confirmée mais jamais démentie.

(*) A noter,l’attaché de presse du cardinal Murphy O’Connor (+ 2017), Austen Ivereigh est un conseiller très écouté (ou mieux, un des spin doctors) du Pape, très actif pour le défendre sur les réseaux sociaux. Auteur d’une biographie hagiographique The Great Reformer – en français François le réformateur (tiens, il a été traduit!!!) -, il vient de publier un nouveau livre The Wounded Sheperd destiné à éteindre l’incendie qui couve (parions que lui aussi sera très vite traduit!). Relire à ce sujet: Entretien avec un proche de François, Austin Ivereigh | Benoit et Moi

François congratule Murphy O’Connor

Comment le Pape a bloqué une enquête sur Murphy O’Connor

Chers amis et ennemis de Stilum Curiae, aujourd’hui est un jour important pour Stilum Curiae. Une histoire que nous avons écrite il y a des années, une histoire risquée, a trouvé d’autres confirmations officielles; et il n’est pas fréquent que le temps soit « galantuomo » [autrement dit « rétablisse la vérité des faits »], dans notre métier, et quand cela arrive, il est juste de se réjouir.

Certains d’entre vous se souviennent peut-être que nous avons écrit cette histoire apparemment incroyable: le Souverain Pontife quelques mois après son élection (c’était en juin 2013) a interrompu le Cardinal Gerhard Müller, qui disait la messe pour un groupe de ses anciens élèves dans une petite église près de la Congrégation pour la foi, dont il était préfet. Nous écrivions qu’en juin 2013, le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi était descendu de son bureau pour célébrer une messe pour un groupe d’étudiants allemands dans la chapelle de Santa Monica à côté du Palais du Saint Office. Il était en train de célébrer quand le secrétaire est arrivé à l’improviste avec un téléphone portable et lui a fait savoir que le Pape était au téléphone.
Müller a demandé: « Lui avez-vous dit que je célébrais la messe? »
– Oui, mais il a un besoin urgent de vous parler.

Müller s’est rendu à la sacristie, où le Pontife, d’une voix très sèche, lui ordonna de clore immédiatement une enquête que la Congrégation avait ouverte, et qui était en cours sur une personne qui était son ami, un cardinal.

Notre source nous a dit à l’époque que la personne concernée était Murphy O’Connor, ancien primat d’Angleterre. La source n’était pas très claire sur le type d’accusations; selon lui, il était accusé par une femme, qui essayait depuis plusieurs années de faire valoir ses raisons, et avait finalement déposé une plainte auprès de la Congrégation pour la Doctrine de la foi. Apparemment, l’enquête a été classée et de toute façon menée dans le plus grand secret. Nous avons demandé des informations à des sources officielles – confirmation ou démenti – mais aucune réponse. Probablement parce qu’il s’agissait de secret pontifical.

Celui qui nous a raconté cette histoire, un haut représentant de la Curie, était stupéfait. Tant pour la façon dont la communication s’était déroulée que pour le message.
« Il aurait dû dire: faites-moi voir le dossier, apportez-moi les résultats. On ne peut pas ordonner à l’enquêteur d’agir d’une manière spécifique a priori. Ce sont des choses qui nous laissent très perplexes ».
Il a ajouté que même s’il s’agissait d’un cas de mythomanie, l’enquête aurait dû être conclue selon les règles.

Vous comprenez que c’était une nouvelle risquée à donner, pour la crédibilité de l’auteur de ce blog. Le Pontife qui interrompt une messe, pour ordonner d’autorité la clôture d’une enquête parce qu’elle concerne un de ses amis (et grand électeur du groupe de Saint-Gall, ajoutons-nous)? Un premier soupir de soulagement a été poussé quand, il y a quelque temps, le cardinal Gerhard Müller interviewé par Raymond Arroyo, de EWTN, a implicitement confirmé la nouvelle.

Et aujourd’hui, nous avons deux autres confirmations. La première est une déclaration de John Henry Westen, fondateur et directeur de LifeSiteNews, qui affirme que le cardinal Müller lui a personnellement confirmé la validité de la nouvelle.

La seconde, si possible, est encore plus importante. Et elle provient des interrogatoires d’une enquête indépendante menée par le gouvernement britannique sur les abus sexuels (Inquiry into Child Sexual Abuse – IICSA). L’enquête révèle le témoignage de deux évêques, avec des preuves incriminant le cardinal Vincent Nichols, archevêque de Westminster et président de la Conférence des évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles.
Nichols a été nommé cardinal par le pape François en 2014.

Mgr Philip Egan, évêque de Portsmouth, et Mgr Peter Doyle, évêque de Northhampton, témoignent tous deux que le cardinal Nichols les a contraints à refuser de faire une déclaration en soutien d’une victime connue d’abus sexuels, dénigrée dans les médias catholiques comme « non crédible » et ses affirmations comme « fantasques ». Le cardinal Nichols, selon le témoignage des évêques, a averti que toute déclaration publique faite par les évêques en faveur de la victime d’abus serait utilisée pour soutenir les attaques contre le pape François.

Tous deux témoignent également, sous serment, que le cardinal Nichols lui-même est intervenu plus tard pour confirmer cette crainte du chargé de communication de la Conférence épiscopale [??] et que c’est l’intervention du cardinal qui a convaincu les deux évêques de ne pas agir en faveur de la victime de l’abus. Dans un mail que l’évêque Doyle a envoyé à la victime, cité dans l’enquête, l’évêque a expliqué pourquoi il refusait à présent d’honorer la demande de la victime de faire une déclaration publique pour affirmer sa crédibilité. Mgr Egan a affirmé: « Je l’ai vu comme une tentative de discréditer le Saint-Père, en fait, parce qu’à cette époque, il était très lié à l’affaire Viganò ».

LifeSiteNews écrit:

« Que cherchent à cacher au Pape François le cardinal Nichols et les deux évêques? Qu’est-ce qui les inquiète tant à propos d’une attaque contre le pape François, au point qu’ils sont prêts à refuser d’aider une victime d’abus sexuels du clergé? Vous souvenez-vous de la nouvelle qu’au début du règne du pape François, il a personnellement interrompu une enquête du Vatican sur les abus sexuels perpétrés par un cardinal? Ce cardinal n’était autre que Cormac Murphy O’Connor qui, à tous égards, a joué un rôle déterminant dans l’élection du pape François. C’est ce même cardinal dont cette victime prétend qu’il a abusé d’elle. O’Connor était, soit dit en passant, le prédécesseur de Nichols.
Le blocage de cette enquête par le Pape François m’a été confirmé par le Cardinal Gerhard Müller en octobre 2018 lors d’une conférence à Washington. La conclusion de cette triste histoire est la suivante : cette victime d’abus a demandé à être entendue dans ces nouvelles accusations d’abus par le Cardinal Cormac Murphy O’Connor en 2009, il y a dix ans ».

Les deux évêques ont envoyé une lettre commune à Nichols, lui demandant de rouvrir le dossier.

Maike Hickson a traité de cette affaire l’an dernier; il y a tout juste un an, commentant le travail de notre collègue, nous écrivions:

Le cardinal Murphy O’Connor est mort le 1er septembre 2017. Maike Hickson de LSN a creusé l’histoire, grâce à une source anglaise très bien informée. La femme (accusatrice) n’a jamais rendu publiques ces accusations, mais elle est en contact avec les autorités ecclésiastiques depuis une quinzaine d’années, sans que ses accusations fassent jamais l’objet d’une enquête approfondie. La femme en question est une victime reconnue d’abus, victime – quand elle avait 13 ou 14 ans – d’un prêtre abuseur bien connu, le père Michael Hill, condamné à plusieurs reprises par la justice laïque. Comme l’écrivait The Guardian: « Son cas est bien connu parce que le chef de l’Église, le cardinal Cormac Murphy O’Connor, lui a donné un poste malgré les abus infligés à des garçons. Comme l’écrit LSN, Hill a été déplacé de paroisse en paroisse, malgré les plaintes des parents. Murphy O’Connor l’a envoyé comme aumônier à l’aéroport de Gatwick, où il a été accusé d’avoir abusé d’un adolescent en difficulté scolaire, qui s’y était rendu après avoir raté son avion. Murphy-O’Connor a payé les victimes de Hill, demandant le silence en retour. La dame à l’origine de la plainte prétend que lorsqu’elle a été abusée, en plus de Hill, il y avait d’autres prêtres présents, Murphy O’Connor en faisait partie. En 2000, elle a conclu un accord avec le diocèse de Brighton pour les abus subis commis par le père Hill et a reçu 40000 £.Murphy O’Connor est devenu archevêque de Westminster en 2000. Il faisait partie du groupe saint-gallois qui a organisé l’élection du pape Bergoglio. Il était l’un des grands conseillers et amis du Souverain Pontife.

Comme l’écrit LSN, l’histoire de cette femme est une histoire de déni de justice, ou de déni d’une procédure régulière. Vers 2010, elle a contacté le cardinal Vincent Nichols, successeur et disciple de Murphy O’Connor, qui a cependant refusé d’enquêter.

Pour tous les détails de l’histoire, nous recommandons de lire l’article de LifeSiteNews, qui écrit qu’en 2011, le diocèse de Portsmouth et le diocèse de Northampton ont contacté la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en demandant au cardinal Levada d’ouvrir une enquête et en protestant contre le refus du gouvernement de Westminster, qui était contraire aux normes établies par l’Eglise d’Angleterre dans ces affaires. Tout le matériel a été remis à Mgr Charles Scicluna, aujourd’hui archevêque de Malte. Ceux qui, en Grande-Bretagne, soutiennent la cause de cette femme affirment que, qu’elle dise la vérité ou non, l’Église doit suivre ses propres règles et vérifier. Et apparemment, il y a eu plusieurs tentatives, de la part de certains évêques, de faire ouvrir une enquête. Mais selon la source de LSN, Murphy O’Connor a été traité « comme s’il était au-dessus de la loi ». Et si l’histoire qui nous a été racontée en 2013 est vraie, le Pape aurait agi de la même manière. Mais en ce moment, en Grande-Bretagne, il y a une enquête, commandée par le gouvernement, sur les abus de toutes sortes, le « Projet Vérité » ( Truth Project ). Il est probable que la femme en question ait contacté le Projet Vérité, car il y a quelques semaines, les enquêteurs ont demandé au diocèse de Westminster tous les documents relatifs aux accusations contre Murphy O’Connor.

Maike Hickson conclut : « Il nous semble que l’Eglise catholique est maintenant assise sur une bombe à retardement. Et sur le dessus de la bombe se trouve le pape François« .

Eh bien, il nous semble à nous qu’après ces déclarations, le tic-tac de la bombe à retardement est de plus en plus fort.

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