La Haute cour d’Australie a déclaré recevable le recours déposé par le cardinal. La décision sur sa condamnation est renvoyée (au minimum) au mois de mars prochain. En attendant, le cardinal, toujours empêché de célébrer la messe, va bien, il s’occupe comme il peut (notamment à des travaux de jardinage!), reçoit un nombreux courrier et écrit beaucoup. Reportage d’Ed Pentin.


L’appel du cardinal Pell et la Haute Cour d’Australie:

Ce qui est en jeu

Edward Pentin
NCR
15 novembre 2019
Ma traduction

Bien que la décision prise cette semaine par la Cour ne soit qu’une victoire partielle pour la révision complète de la condamnation pour abus sexuel du cardinal, certaines sources disent que cela pourrait être un « tournant » en faveur de son acquittement définitif.

Que signifie pour le cardinal la décision, cette semaine, de la Haute Cour d’Australie, au sujet de l’appel du cardinal George Pell, et que va-t-il se passer ensuite ?


Mardi, deux juges de la Haute Cour, Michelle Gordon et James Edelman, ont renvoyé devant l’ensemble des juges de la Haute Cour la demande d’autorisation spéciale du cardinal de faire appel, après que ses avocats aient soutenu qu’une juridiction inférieure avait fait des erreurs.
Lors de cette audience, qui devrait avoir lieu en mars ou en avril de l’année prochaine, sept juges entendront les arguments présentés par toutes les parties sur la question de savoir si le cardinal sera autorisé ou non à faire appel de la décision .
Le cardinal, qui a toujours vigoureusement protesté de son innocence, a été condamné le 11 décembre 2018 sur cinq chefs d’accusation, pour avoir abusé sexuellement de deux enfants de chœur en 1996 et 1997 alors qu’il était archevêque de Melbourne, après la messe du dimanche dans la cathédrale Saint Patrick de la ville.
Condamné à six ans de prison, l’ex-préfet du Secrétariat à l’économie, âgé de 78 ans, doit purger une peine d’au moins trois ans et huit mois avant de pouvoir demander sa libération conditionnelle. Le cardinal a fait appel du verdict plus tôt cette année, mais en août, la Cour d’appel de Victoria a confirmé sa condamnation.
La Haute Cour est sa dernière chance d’être libéré de prison et de laver son nom.
Il est donc « clairement satisfait » de la saisine de la Haute Cour, selon ce que des sources proches de lui ont dit au Register le 14 novembre. Il ne cherchera pas à obtenir une libération sous caution, mais plutôt à « se concentrer sur la comparution devant la Haute Cour » et bien qu’il soit en isolement cellulaire, qu’il n’ait pas le droit de célébrer la messe et qu’il soit privé de lumière naturelle, ils disent qu’il est de bonne humeur et autorisé à entretenir le jardin de la prison chaque jour – une demande qu’il a faite pour donner un but à sa journée.
« Le cardinal va bien », a dit un de ses amis au Register le 13 novembre. « Il écrit beaucoup et reçoit encore beaucoup de courrier ». [1]

« La décision surprise du tribunal de cette semaine marque un tournant dans les perspectives de libération du cardinal Pell, mais il n’est pas encore tiré d’affaire », a averti John McCaulay, ex-servant d’autel de la cathédrale Saint Patrick de Melbourne, où les délits auraient été commiss, et qui a assisté au premier procès vicié du cardinal Pell, au nouveau procès et à l’appel.

SEULEMENT UNE VICTOIRE PARTIELLE

Bien qu’elle ait donné un coup de pouce au cardinal et à son équipe de défense, la décision du 12 novembre n’est qu’une victoire partielle pour le cardinal puisque les juges ont simplement renvoyé la décision à d’autres juges pour décider si l’appel devait être entendu ou non.
« Les deux juges ne voulaient pas avoir à prendre cette décision eux-mêmes, probablement par crainte de représailles et de diffamation de la part d’un public enragé, alors ils l’ont plutôt transmise aux autres juges », a dit une source proche de l’affaire au Register le 14 novembre. « Cela nous donne de l’espoir, mais personne n’attend quoi que ce soit », a ajouté cette source.

Néanmoins, il est rare d’obtenir un tel renvoi: les avocats en Australie affirment que 90% de ces demandes d’appel sont rejetées d’emblée par la Haute Cour, et l’affaire du Cardinal Pell était la seule – sur les 22 traitées par le tribunal ce jour-là – qui n’a pas été rejetée.

S’exprimant sous couvert d’anonymat, un ancien juge de la Haute Cour australienne a également déclaré qu’un tel renvoi n’avait pas eu lieu depuis les années 1980 et 1990, lorsque la pratique était relativement courante, mais qu’il permettait à Bret Walker, l’avocat du cardinal Pell, « d’organiser pleinement et sans hâte une défense ».
Jeremy Gans, professeur à la Melbourne Law School, a affirmé au quotidienaustralien The Australian qu’il était possible que le tribunal puisse encore rejeter l’appel pendant l’audience de l’année prochaine, mais il a ajouté que « le cas le plus probable est qu’ils trancheront l’affaire dans un sens ou l’autre ».
Le tribunal doit maintenant fixer un calendrier pour que les parties déposent leurs observations sur l’affaire, a dit Gans, ajoutant que l’audience elle-même devant la Haute Cour de Canberra ne devrait durer qu’une journée, chaque partie ayant deux heures pour présenter ses arguments.
Selon ses dires, il est possible que le tribunal puisse rendre une décision à la fin de cette première audience, mais « il est plus probable qu’ils diront ‘nous allons y réfléchir' ». Il prédit qu’ils « arriveraient à une décision au milieu de l’année prochaine ».

DÉCISION DE LA COUR D’APPEL

Selon The Australian, la Haute Cour ne réexaminera pas les motifs du jury initial pour la condamnation du cardinal, mais examinera plutôt si la Cour d’appel de Victoria a pris la bonne décision en confirmant la condamnation.
Deux des trois juges de la Cour d’appel, le juge en chef Ann Ferguson et le président de la Cour, Chris Maxwell, croyaient que le jury initial avait rendu le bon verdict, que la victime survivante était un témoin « convaincant », « manifestement pas un menteur » et « pas un affabulateur ». « Tout au long de son témoignage, le plaignant a semblé être quelqu’un qui disait la vérité », a déclaré le juge Ferguson.
Mais le juge Mark Weinberg s’est largement dissocié des deux autres, principalement au motif que la charge de la preuve avait été inversée, forçant la défense à prouver que les crimes étaient impossibles.
Les avocats du cardinal Pell ont soutenu que les deux juges avaient négligé des raisons de douter que l’archevêque Pell d’alors ait eu l’occasion de commettre un délit, étant donné que la cathédrale où les infractions sont censées avoir eu lieu était bondée lorsque l’accusateur a déclaré que les attaques avaient eu lieu. Weinberg a noté « des incohérences et des divergences » dans le témoignage de l’accusateur, et qu’ « un certain nombre de ses réponses n’avaient tout simplement aucun sens ». Il croyait par conséquent qu’il y avait une « possibilité significative » que le cardinal n’ait pas commis les abus.

Selon une autre source proche du cardinal Pell et s’exprimant sous couvert d’anonymat, il existe dans les milieux juridiques un « sentiment général » que le jugement dissident de Weinberg « sera pris très au sérieux par la Haute Cour, y compris la demande de la défense d’inverser la charge de la preuve et le doute raisonnable ».

Les leaders ecclésiastiques réagissent avec prudence: Mgr Anthony Fisher, archevêque de Sydney, s’est félicité de cette décision, notant que le cardinal a toujours défendu son innocence et continue de le faire. Il a également reconnu l’existence d’une opinion juridique divisée et le fait que « de nombreuses questions restent en suspens » et qu’il est donc « opportun » qu’elles soient examinées devant la plus haute juridiction du pays.

Le Vatican a déclaré que tout en « réitérant sa confiance dans le système judiciaire australien », il reconnaissait la décision de la Haute Cour australienne d’accepter la requête en appel du cardinal Pell, conscient qu’il a toujours clamé son innocence. Il a également réaffirmé sa proximité avec les victimes d’abus sexuels cléricaux.
Ces deux déclarations ont été bien accueillies par les proches du cardinal, l’un de ses soutiens souhaitant exprimer sa gratitude au Vatican pour sa « déclaration claire » qui fait écho à celle de l’archevêque Fisher en soulignant que le cardinal a « toujours clamé son innocence », ce que tous les évêques n’ont pas souligné.

INQUIÉTUDE À CAUSE DES PRÉJUGÉS

Les partisans du cardinal se demandent maintenant comment l’affaire a conduit à cette situation et quelles sont les chances que le cardinal soit acquitté.
La probabilité que la Haute Cour annule une condamnation aussi médiatisée que celle-ci n’est pas claire, principalement parce que l’affaire a été fortement influencée par un sentiment dominant de colère contre l’Église à cause de la crise des abus sexuels, et d’animosité personnelle envers le cardinal.
« Non seulement les jurés ont été influencés par des décennies de préjugés anticléricaux, anti-catholiques et anti-Pell », a dit McCaulay, « mais il semble que des ténors de la magistrature victorienne aient perdu la raison et aient été balayés par le maelström #MeToo« .
Mais il a ajouté qu’heureusement la Haute Cour de Canberra est « moins politisée ». Il a prédit qu’ils prendraient leur décision sur la base de l’absence de « preuves corroborantes » et du fait que les alibis du cardinal « Pell ont été jugés fiables et [qu’il avait] des témoins crédibles ».


« Beaucoup de personnes impliquées dans cette affaire sont préoccupées par la diffamation et les répercussions si elles se rangent du côté du cardinal Pell », a déclaré au Register une source proche du cardinal, et elles restent donc silencieuses « en attendant que justice soit faite ». Les évêques australiens, quant à eux, sont « absolument paralysés » par cette affaire, ne sachant pas trop comment réagir.

Notre source a noté que certains « groupes d’aide aux victimes » se sont plaints que la Haute Cour avait « commis une erreur et que le Cardinal Pell ne devrait pas entamer d’autres actions légales ». Cela nie à son droit légal à une procédure régulière, a dit la source, « un droit auquel dans le cadre d’un système de justice, tout le monde a droit – sauf si vous êtes George Pell. »

McCaulay pense que l’aspect le plus honteux de ces accusations vexatoires portées contre le cardinal Pell est qu’elles ont rendu la tâche de condamner les prêtres pédophiles d’autant plus difficile que le système judiciaire de Melbourne a trop insisté sur Pell et a confondu la haine et la culpabilité.
Dans un climat aussi « fébrile », a-t-il ajouté, « si les policiers et les officiers de justice craignent une réaction publique pour avoir résisté à la foule, quelle est la probabilité qu’une figure religieuse soit traînée devant un jury, surtout quand les preuves comptent pour si peu? »


NDT

[1] Pour mémoire, l’adresse où l’on peut lui écrire:

George Cardinal Pell,
Melbourne Assessment Prison,
317-353 Spencer St.,
West Melbourne,
VIC 3003
Australia

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