Gianfranco Amato identifie cinq « tromperies » destinées, entre autres, à déformer gravement le message de l’évangile: parmi elles, et non des moindres, le fait qu’il s’agit d’un instrument politique, utilisé comme par hasard par les leaders de gauche pour imposer une vision « unifiante » mensongère de la culture latino-américaine, en opposition frontale avec l’héritage chrétien

La pachamama dans la Basilique Saint-Pierre

(Il s’agit) d’un fait politique réel inscrit dans un agenda politique précis, qui prévoit la promotion d’une pensée panthéiste, construite en laboratoire, dans laquelle l’idée de la Pachamama représente la culture latino-américaine en contraste total avec l’héritage culturel hispanique, à commencer par la religion catholique.
Une révolution culturelle copernicienne est tentée: dépasser l’anthropocentrisme de la modernité par un « géocentrisme » écologique. La terre, plutôt que l’homme, est au centre du cosmos.

Gianfranco Amato

Les cinq tromperies de la pachamama

Gianfranco Amato
La Verità, 14-11-19
(panamazonsynodwatch)
Ma traduction

Les nouvelles de ces jours-ci ont rendu le terme « Pachamama » célèbre, y compris parmi le public non impliqué dans les questions théologiques et religieuses. On en parle même au bar.

L’Église catholique, à travers le Synode de l’Amazonie, a légitimé ce mot qui, en quechua, signifie « Mère Terre ». Il y a quelque chose, toutefois, qui ne tourne pas rond, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Église. Le concept de Pachamama cache une tromperie. Et même, pour être exact, il en cache cinq. Et elles méritent d’être vues une par une.

  1. La pachamama est une tromperie religieuse. Il s’agit, en réalité, d’une divinité païenne qui appartient à la culture et à la religion inca du Pérou. Selon la mythologie païenne inca, Pachacamac, dieu du ciel, s’est unie à Pachamama et de cette union sont nés des jumeaux, un homme et une femme. En Amazonie, il y a environ quatre cents peuples indigènes distincts, dont la plupart n’ont pas la même culture ou religion que les tribus péruviennes qui conservent des éléments incas, dont la Pachamama. Présenter la Pachamama comme l’icône de la culture indigène amazonienne signifie non seulement falsifier la réalité, mais aussi ignorer et avilir la diversité des vraies cultures amazoniennes afin d’imposer une vision théologique indigène, à des fins exclusivement idéologiques et politiques. Cette tentative, cependant, est plus large et ne concerne pas seulement l’Amazonie, mais l’ensemble du continent latino-américain jusqu’au Mexique. Mais qu’a en commun un indigène tzotzil, maya ou purépeche avec les incas et la Pachamama ? Absolument rien. La tromperie est donc d’autant plus grave qu’elle prétend imposer une théologie indigène latino-américaine unifiée qui frustre la richesse de la diversité des peuples indigènes de toute l’Amérique latine.
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  2. La pachamama est une tromperie politique.
    Elle s’impose aux peuples autochtones et à l’imaginaire collectif de la communauté latino-américaine en tant que représentant de l’unification autochtone par le pouvoir politique. Pourquoi, par exemple, le président mexicain Lopéz Obrador a-t-il célébré un rituel en l’honneur de Pachamama, un dieu péruvien, pour lui demander la permission de construire la ligne ferroviaire maya dans le sud-est du Mexique? Hugo Chavez, Nicolás Maduro, Cristina Fernández de Kirchner, Andrés Manuel López Obrador, Evo Morales, Daniel Ortega, ne sont que quelques chefs d’État qui ont participé officiellement à des actes de culte en l’honneur de la Terre Mère et qui défendent cette idée d’une seule idéologie autochtone.

    Il ne s’agit donc pas seulement d’un simple fait religieux péruvien, mais d’un fait politique réel inscrit dans un agenda politique précis, qui prévoit la promotion d’une pensée panthéiste, construite en laboratoire, dans laquelle l’idée de la Pachamama représente la culture latino-américaine en contraste total avec l’héritage culturel hispanique, à commencer par la religion catholique. Curieusement, cependant, cette vision panthéiste est complètement étrangère à la plupart des cultures indigènes. Elle vient d’autres conceptions philosophiques, tant occidentales qu’orientales, et même de certaines sources ésotériques. En réalité, il ne s’agit pas d’une véritable cosmovision panthéiste, mais d’un projet politique qui exclut effectivement le concept chrétien d’un Dieu qui transcende la création, et place la dignité de la terre au-dessus de celle de la personne humaine. Une révolution culturelle copernicienne est tentée: dépasser l’anthropocentrisme de la modernité par un « géocentrisme » écologique. La terre, plutôt que l’homme, est au centre du cosmos. Au point que nous devons écouter des discours dans lesquels nous en venons à théoriser la limitation des droits humains en faveur des « droits » de la terre.
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  3. La Pachamama est une tromperie théologique pour les chrétiens. C’est, comme nous l’avons vu, une divinité inca païenne. Les images qui la reproduisent, d’un point de vue théologique, ne sont que des idoles. Le fait qu’un théologien, un pasteur, un prêtre, un évêque, un cardinal, un pape ou un simple croyant n’ait pas la capacité de reconnaître ce fait évidemment indéniable semble vraiment inquiétant et complètement incompréhensible. Nous pourrions dire que nous sommes confrontés à une nouvelle éclipse de conscience, cette fois non pas dans le domaine du droit à la vie, mais dans celui du premier et plus important commandement: le droit de Dieu. Avec la circonstance aggravante que ce faisant, on n’obscurcit pas seulement la conscience d’un peuple, mais aussi la conscience de l’Église elle-même. A la lumière de la Révélation divine, contenue dans la Parole de Dieu, dans la Tradition de l’Eglise et dans le Magistère, la question est très simple: fabriquer des idoles à adorer est un péché très grave. Se prosterner devant les idoles, c’est de l’idolâtrie. Faire des offrandes, des sacrifices, les porter en triomphe, les placer sur un trône, les couronner, leur offrir de l’encens, représente un culte idolâtre évident et gravement immoral. Les mettre sur des autels ou à l’intérieur d’églises consacrées pour les vénérer constitue une authentique profanation.
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  4. La pachamama est une tromperie en ce qui concerne le concept de tolérance. La sensibilité des fidèles apparaît à juste titre blessée lorsqu’elle assiste au spectacle désolant du culte des idoles dans les églises catholiques. C’est un fait profondément honteux qui exige une condamnation ferme. Il ne s’agit pas d’un manque de respect ou de tolérance envers les personnes qui professent une autre religion. Les croyances religieuses de tous sont respectées, mais il s’agit ici de l’imposition d’une tolérance à un culte idolâtre dans les temples et lieux catholiques profanés par la présence des idoles. Ce n’est pas acceptable. Tolérer tout cela signifie être complice de profanation. C’est pourquoi le geste d' »idoloclastie » (destruction d’idoles) courageusement accompli dans l’église romaine de Santa Maria in Transpontina, et qui a eu un large écho dans le monde entier, est une expression du sens le plus noble de la foi, et loin d’être l’objet de réprobation, mérite nos louanges.
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  5. La pachamama est une tromperie de l’inculturation. Le principe d’inculturation est l’annonce de l’Évangile qui réussit à être acceptée par tous les peuples et toutes les cultures. La dynamique même de l’évangélisation établit un processus graduel de transformation de la culture qui accueille la Parole de Dieu, pénétrant au cœur de cette même culture par le maintien de ce qui est bon en elle, la purification du mal qu’elle contient, le développement dynamique de la foi qui est toujours capable de tout renouveler. Sans tenir compte du critère de l’opposition, on ne peut pas parler d’inculturation. Il est clair que l’évangélisation implique une opposition nécessaire aux aspects gravement immoraux des cultures qu’elle cherche à atteindre, et exige évidemment le renoncement à l’idolâtrie. Le modèle d’inculturation paradigmatique que l’on trouve en Amérique latine est la Vierge Marie de Guadalupe. Ce modèle a réussi à récupérer les meilleurs éléments des cultures préhispaniques en les combinant avec la vérité de l’Evangile, ce qui a naturellement conduit à l’arrêt des conduites immorales (comme les sacrifices humains) et aux ténèbres de l’idolâtrie.

Il ne nous reste plus qu’à invoquer, avec confiance et affection filiale, précisément la Vierge de Guadalupe, pour qu’elle dissipe les ténèbres et restaure la paix et la sérénité dans l’Église.

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