Au moment où se déroule à Madrid la Conférence 2019 sur les changements climatiques (COP 25) – éclipsée en France par les mouvements sociaux, ce qui nous préserve en partie du cirque médiatique! -, notre don Camillo ibérique, le Père Jorge González Guadalix, nous régale d’une de ses roboratives réflexions sur le sujet. Cette fois, c’est une pancarte brandie par des « éco-catho » (inepte, mais hélas emblématique de leur aveuglement puéril) qui est la cible de ses sarcasmes, dont le bon sens nous dit qu’ils ne sont pas injustifiés.


Laudato si, pétrole non

Père Jorge González Guadalix
www.infocatolica.com
7 décembre 2019
Traduction de Carlota

Je n’aurais jamais pensé que l’on pourrait dire et voir tant d’âneries à l’occasion de ce sommet sur le climat. Pour ce qui concerne la gamine, – la jeune Greta -, c’est une blague ou quoi. Je ne sais combien de jours elle a passé dans un catamaran, puis dans le train, et à Madrid elle a exigé uniquement des voitures électriques. À dix-sept ans cette gamine ne travaille pas, n’étudie pas. Sa profession, activiste.  Au départ, un symbole. Au final, c’est bien possible, un jouet brisé de plus.  Et ne venez pas dire que nous sommes tous coupables, ça ne prend pas.

Je viens de voir un tweet de @ecclesiadigital (1), une vidéo de quelques secondes où des catholiques qui portent la pancarte du groupe crient avec le maximum d’enthousiasme « Laudato si, pétrole non ». Je ne sais pas qui est l’auteur de ce slogan si percutant, mais j’ai dans l’idée qu’il s’est couvert de gloire.

Ainsi donc les catholiques qui portent la pancarte sur laquelle l’on peut lire « Catholiques pour la sauvegarde de la maison commune », ceux qui sont en tête de cortège, ce qu’ils demandent, crient et revendiquent, c’est « Laudato si ». Cela me semble parfait.  Tout catholique doit toujours revendiquer la doctrine de l’Église, en commençant pas le catéchisme et en y incluant toutes les encycliques, par exemple Humanae Vitae. Je ne peux que le louer: les catholiques revendiquent l’étude et la connaissance de la doctrine de l’Église, dans les domaines de l’écologie et de l’économie, de l’évangélisation, de la morale familiale et tout ce qui va avec. Mais je suis plus critique sur ce qui touche le « pétrole non ».

Pour commencer, je dirais, faisant mien le si connu et podémite « ils ne me représentent pas ». (2). Ni moi, ni de nombreux catholiques, de ceux à qui importe la sauvegarde de la maison commune, mais qui considèrent que la façon de le faire est grotesque, avec la permission de Don Ramón María (3). Voir et écouter un groupe de catholiques ou de quelque nature, braillant « Laudato si, pétrole non » me cause une honte extérieure à moi-même, cela me semble quelque chose de fantomatique et en plus quelque chose auquel ils ne croient même pas eux-mêmes. Allons, soyons sérieux. Pas de pétrole. Parfait. Et alors, qu’est ce qu’on fait?

L’énergie provenant de ce que l’on appelle les combustibles fossiles, c’est à dire, dérivés de quelque manière du pétrole, correspond actuellement en Espagne à 74 % de notre consommation énergétique totale. C’est-à-dire que si nous en finissions avec le pétrole, cela signifierait que nous verrions notre énergie réduite à un peu plus de 25% de ce que nous avons. Je ne sais pas si nous pourrions vivre. J’ai bien peur que non. Comment maintenir l’industrie, les infrastructures, le commerce, l’état du bien-être, la santé, la médecine ?

Le pari sur l’électricité a ses pièges car l’électricité ne jaillit pas d’un massif de fleurs. Elle provient  à 24% du nucléaire et à près de 10% du charbon. (4). Et l’on sait bien que pour un écologiste l’énergie nucléaire est pire que Satan avec ses cornes et sa queue [ndt l’auteur penserait-t-il aux déclarations du pape au Japon sur également le nucléaire civil ?!].

Nous ne savons pas comment sera le futur. Fasse Dieu que l’on trouve de nouvelles sources énergétiques capables de maintenir et augmenter les possibilités d’obtention d’une énergie propre et efficace. Mais au jour d’aujourd’hui nous n’en avons pas. Et sortir dans la rue en criant « pétrole, non » est un non-sens qui va bien pour un instant mais pas plus.

En tous cas, je suis complètement d’accord avec celui qui veut, dans sa vie, renoncer à tout ce qui a l’odeur du pétrole ou à des réminiscences d’origines non soutenables. Pour le transport il nous reste toujours la marche à pied,  – parce les bicyclettes, on les fabrique en usine et allez savoir d’où ils sortent l’énergie -, la marche à pieds donc ou  bien encore l’âne commun. Nous pouvons aussi choisir de réduire notre consommation d’énergie électrique, ou tout au moins à moitié, pour ne pas encourager leurs obscures origines nucléaires ou carbonifères. Pas question d’acquérir des choses qui ne soient pas de l’environnement de proximité, le transport est très polluant. Et si nous restons au chômage, parce que nous n’allons pas consentir à travailler dans des lieux où il y a du pétrole ou ses dérivés, ce sera toujours un chômage écologique, évangélique, prophétique et très grétique [référence à Greta, bien sûr].

En tant que catholique, je ressens toujours de la honte par rapport à certaines choses. Et si le mieux que nous puissions apporter c’est de crier que nous ne voulons pas de pétrole, la seule chose que nous allons obtenir c’est que personne ne nous prenne au sérieux. Et avec raison.

Et celui qui dit ça, est un villageois, qui vit dans un village, et qui chauffe sa maison avec un four à bois, et du bois de chauffage élagué et contrôlé (5).


Note de Carlota

(1) Revue de la conférence des évêques espagnols

(2) Podémite, néologisme en référence au parti espagnol « Podemos », nous pouvons, le parti qui serait sans doute au nord des Pyrénées, le parti de « la France Insoumise »

(3) L’auteur utilise le mot « esperpento » et fait donc référence au procédé littéraire rendu célèbre par l’écrivain espagnol Ramón María de Valle-Inclán dans les années 1920 qui consiste à présenter une réalité déformée en accentuant ses traits les plus grotesques

(4) Voir aussi www.electricitymap.org, avec des éléments sur les différents pays européens, en ayant à l’esprit leurs différences, ex l’Islande et la France, toutes deux très vertueuses en CO2, avec des moyens différents et un densité de 3 habitants au km2 pour l’un et de 100 pour l’autre…

(5) Le Père Jorge González Guadalix, d’origine rurale, a néanmoins été une douzaine d’années, prêtre d’une importante paroisse de la périphérie de Madrid. Il y a deux ans il a pris volontairement la place d’un prêtre rural décédé brutalement, et dessert désormais trois petites paroisses isolées en montagne, toujours dans le diocèse de Madrid, et où les hivers sont particulièrement rigoureux.

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