Après que l’irruption téléguidée sur la scène politique française d’un quasi OPNI (*), en mai 2017, ait fait imploser les vieux partis et pulvérisé les anciens repères, on commence à reparler de la recomposition de la droite. Mais quelle droite? Chez nous, ce vocable, quand il n’est pas affublé du préfixe infamant « extrême », désigne essentiellement le libéralisme économique. Pour Marcello Veneziani, qui poursuit une profonde réflexion sur ce que signifie être de droite (ou de gauche) aujourd’hui, c’est bien plus compliqué.

(*) Objet Politique Non Identifié…

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Brève révision sur la droite

Marcello Veneziani (La Verità, 22/12/2019)
Ma traduction

(…)

Si cette chose qu’on appelle la droite existait vraiment et n’était pas réduite à l’opposé de la gauche, comment pourrait-on la définir ? Voici un bref cours accéléré, au cas où la Droite existerait réellement, existe encore ou est consciente d’exister.

Pour commencer à la définir simplement et clairement, la droite est réaliste selon la nature, l’expérience et la tradition. La gauche, par contre, est contre la nature, la réalité, l’expérience et la tradition. La droite la meilleure aime les idéaux mais sait faire la distinction entre le ciel et la terre. La gauche rêve d’un monde meilleur et réclame le paradis sur terre.

La droite aime la réalité ou l’accepte, elle ne prétend pas la renverser. Elle aime la nature, ses différences, respecte ses limites et ses imperfections. On peut modifier, façonner et concevoir le devenir comme le passage du pouvoir à l’action. Mais elle ne prétend pas changer la nature humaine, elle ne veut pas effacer l’expérience de la vie et de l’histoire, la relation avec les générations passées et futures, l’héritage transmis de père en fils, le sens de l’éternité. La droite aime planter, enraciner, protéger. En fait, sa peur est le néant, l’obscurité, le chaos. C’est ce que les anciens appelaient horror vacui, l’horreur du vide. La gauche, par contre, est encline au cupio dissolvi [locution latine extraite de la lettre de Paul aux Philippiens; dans le sens profane actuel, c’est « le rejet de l’existence ou le désir d’auto-destruction », cf. fr.wikipedia], autrement dit elle veut dissoudre les liens, la nature et les structures; elle veut desserrer les freins, elle aime ceux qui changent de statut, de terre, d’identité, elle veut émanciper et déraciner, déformer, extraire.

La droite préfère la liberté, la gauche la libération. Mais la liberté pour la droite a un sens si elle est associée à la responsabilité, la limite, l’autorité et l’ordre avec lesquels les territoires sont divisés; elle n’est pas absolue ni envahissante. La libération de la gauche, au contraire, déteste les limites et les frontières, rejette l’autorité, même si ensuite, pour réaliser son utopie d’un monde meilleur, d’une société parfaite, d’une humanité corrigée, elle est obligée de recourir au pouvoir et d’établir un régime de surveillance et de censure.

La gauche lutte pour promouvoir et étendre les droits, elle revendique même le droit d’avoir des droits, et pousse les droits au point de les confondre avec les désirs. Je suis ce que je veux être, je fais ce que je veux faire. La droite, en revanche, ne sépare jamais les droits des devoirs et estime qu’aucune société et aucune personne ne peut vivre longtemps sans frontières et sans limites.

La gauche d’autrefois disait « les derniers d’abord », aujourd’hui elle dit « les différents d’abord ». Et si elle doit aimer les derniers, elle donne la priorité à ceux qui sont plus éloignés. La droite, par contre, dit « d’abord les meilleurs » et « les plus proches », c’est-à-dire la famille, les concitoyens, les compatriotes, les plus démunis d’entre nous. Pour la gauche, la charité et la solidarité partent du plus lointain, de l’étranger et du différent; pour la droite, au contraire, la charité et la solidarité partent du plus proche, du plus voisin et du plus semblable. La droite aime les nôtres, la gauche préfère l’étranger.

La droite oscille, en négatif vers l’égoïsme, et en positif vers la communauté.

Bien sûr, il y a droite et droite, et il y a gauche et gauche. Il y a, par exemple, les droites libérales et libertaires, mais il y a aussi les gauches libérales et libertaires. Et il y a une droite sociale, nationale, traditionnelle et populaire, en plus d’être catholique. Habituellement, la droite est enracinée (radicata) et la gauche est radicale, voire radical. La droite est conservatrice par nature, la gauche est progressiste par idéologie. La droite considère la nation, la souveraineté et la décision comme une valeur; la gauche considère l’ingérence, le mondialisme et la discussion comme une valeur.

La droite élitiste se traduit en hiérarchie et en aristocratie, la gauche élitiste, en revanche, devient secte, centrale de pouvoir et oligarchie.

Si elle est pop, la droite est populiste, la gauche pop par contre est communiste et paupériste. La droite fait parfois de la politique sur la peur de l’inconnu, la gauche fait plutôt de la politique sur la peur du passé tortueux. La droite a un sens religieux du destin avec en toile de fond l’ordre naturel; la gauche opte pour le hasard, l’autodétermination avec en toile de fond le chaos. La droite conçoit la religion comme rite, fidélité et sacré; la gauche la rejette ou la conçoit comme aide humanitaire, accueil et sauvetage. La droite croit aux symboles, la gauche aux messages. La droite aime le Mythe, la gauche l’Utopie. Les catégories politiques de la droite sont ‘amis et ennemis’, les catégories moralisatrices de la gauche sont le Bien et le Mal.
Qui n’est pas avec la gauche est avec le Mal et doit être non pas combattu mais criminalisé et anéanti.

La droite et la gauche existent-elles vraiment dans la nature et l’histoire? Et existe-t-il des sujets, des mouvements, des partis ayant ces caractéristiques nettes? Ce sont des archétypes platoniciens, deux catégories idéales. Mais il y a des personnes et des mouvements qui sont plus proches de ce modèle ou d’autres plus proches de celui-là. Et les figures intermédiaires, hérétiques ou transversales ne manquent pas. La droite existe dans la tête, le cœur et le ventre des gens, même de ceux qui ne se considèrent pas comme tels. C’est un sentiment commun qui peine à devenir une pensée commune. C’est son prix et sa limite.

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