Simple anecdote, ‘pettegolezzo‘ régulièrement dénoncé par lui comme mal suprême, ou bien symptôme d’un malaise bien plus profond, autour de la personnalité d’un Pape cyclothymique incapable de contrôler ses nerfs (sans parler d’interprétations plus inquiétantes): nonobstant les efforts pathétiques des thuriféraires pour minimiser « l’incident », voire l’excuser, les images confirment les vilaines rumeurs circulant sur l’ambiance qui règne à Sainte Marthe. Reportage-analyse de la Bussola.

Qu’on me permette ici une petite remarque personnelle. Souligner que les images ont fait le tour du monde à cause de l’hypermédiatisation des gestes du Pape imputable aux réseaux sociaux (mais, il faut le dire, par volonté explicite de l’intéressé, qui exploite éhontément cette publicité!) n’est qu’une façon de détourner l’attention du vrai problème, qui est la duplicité de François. Jovial quand il regarde la caméra, renfrogné et hargneux dès qu'(il croit qu’)elle se détourne de lui. Mais cette duplicité n’est pas qu’une question d’image: beaucoup de prélats en ont fait les frais. Cette fois, malheureusement pour lui, François est simplement victime d’un effet boomerang, et on peut vraiment dire qu’il a commis une monumentale « faute professionnelle » sous les yeux du monde entier (d’où ses excuses, probablement « suggérées » par son staff). Puisse-t-elle ouvrir aussi les yeux de ses « frères » cardinaux, ceux qui l’ont élu pape, et ceux qui éliront son successeur…


La claque pontificale, le prix de la médiatisation

Andrea Zambrano
La NBQ
2 janvier 2020
Ma traduction

La claque papale sur la main de la pèlerine ouvre l’année 2020. Il s’est excusé, mais l’épisode est révélateur de son tempérament et confirme les rumeurs sur ses manières abruptes. Cela le rend humain, mais la médiatisation insistante nous donne une papauté plus horizontale. Avons-nous besoin de cette sécularisation ?

Parmi tous les mème qui ont circulé hier au sujet de la gifle du Pape au pèlerin oriental, le plus sympathique est certainement celui qui imite Mario Brega (1923-1994, acteur italien): « Cette main peut être fer, ou peut être plume. Aujourd’hui, elle était fer ».

Bien sûr, il s’est excusé en admettant que de temps en temps, il perd patience, et il l’a fait, curieusement, le jour même où dans son homélie il a dit que « la violence contre les femmes est une profanation de Dieu ».

Les supporters des camps opposés se sont déchainés: ceux qui lui ont reproché les nombreuses belles paroles sur la miséricorde et ceux qui, au contraire, se sont extasiés devant son humanité. D’accord. Nous avons un pape à l’irascibilité excessive. Et il l’admet. Vive l’honnêteté. Ce ne devrait pas être un scandale, ce sont encore des hommes, et pourtant l’épisode a laissé dans la bouche un goût amer parce qu’on a essayé de contrebalancer son geste par le manque d’éducation d’une femme qui au contraire voulait dire quelque chose au Pape, même pendant un instant, et certainement pas l’attaquer.

Personne n’a remarqué que cette femme (la rumeur a circulé qu’elle était chinoise et faisait un appel à Bergoglio pour les chrétiens persécutés par Pékin [ndt: même si ce n’était pas le cas, à moins de lire dans les pensées des gens, au moment des faits, le Pape n’en savait rien!!]) juste avant d’agripper le Pape, contrairement à tous les autres, a fait le signe de la croix. Son geste n’était donc pas le geste de quelqu’un qui veut toucher une rock star, mais plutôt celui de l’hémorragique de l’Évangile (Mc 5, 25-34). D’ailleurs, faire 10 000 km en avion pour venir à Rome et se retrouver face au Pape… qui retiendrait sa main?

Le problème, éventuellement, est que la sécurité était très déficiente et n’avait pas compris ce qui se passait.

L’épisode, en revanche, ainsi que ses excuses, cristallisent une caractéristique fondatrice de ce pontificat: le contact physique excessif que Bergoglio lui-même cherche et a cherché, peut aussi se révéler comme un boomerang quand le Pape, qui est encore un homme, n’est pas disposé à la familiarité.

Cela dépend un peu des circonstances et de l’humeur: pour certains, il prend la bouteille de maté, ou le chapelet pour le mettre à son oreille, pour d’autres, cela se passe plus mal: on risque de se voir refuser le baiser de l’anneau ou même de se heurter à une réaction de rejet comme celle dont nous avons été témoins en direct dans le monde entier. Humain, pardieu.

En fait, peut-être même trop humain au point qu’on se demande à quoi sert toute cette exposition médiatique d’un pontife qu’on veut à tout prix dépeindre comme proche des gens, si par contre apparaissent parfois ces aspects plus anguleux de son caractère. Autrefois, les écarts du Pape se comptaient sur les doigts de la main, nous assistons aujourd’hui sur les réseaux sociaux à un cirque épuisant qui, en plus de faire rire, contribue à rendre la papauté plus humaine, certes, mais peut-être pour cette raison même moins verticale et moins « divine ».

Certes, ce geste révèle le tempérament de Bergoglio: expéditif et abrupt dans ses manières, confirmant, bien que dans sa banale insignifiance par rapport aux problèmes de l’Église d’aujourd’hui, les rumeurs et les indiscrétions sur son comportement avec ces cardinaux et ces évêques qui ne lui sont pas particulièrement sympathiques ou avec ceux qui travaillent à la curie. Les épisodes qui sont relatés, racontent ce tempérament, disons, brusque. Mais tant que les choses restent dans l’intimité des Salles sacrées, on pourrait aussi rejeter tout cela comme littérature annexe et sujets pour des historiens de seconde zone.

Le problème, c’est quand cela passe à la télévision en direct. Cette télévision en direct qui, pour le Pape, s’est faite pressante, étouffante, omniprésente et, à la longue, considérée comme allant de soi dans l’ostentation d’une normalité artificielle, entre une visite chez l’opticien et une descente dans une école romaine.

Est-il vraiment nécessaire d’envoyer la vie du Pape comme s’il s’agissait du Truman Show? Jusqu’à la première partie du siècle dernier, les catholiques du monde n’avaient même pas le privilège de voir à quoi ressemblait le pape, mais ils savaient qu’il était là et qu’il gouvernait l’Église. Mais aujourd’hui, on dirait que si nous n’avons pas un tweet du successeur de Pierre, un passage en direct à la télévision, une photo l’agence de lui , un commentaire sur ceci ou cela, l’Église n’a pas de guide.

Le geste de l’autre soir est donc le résultat de la médiatisation excessive et de l’effet-sympathie qu’on a voulu à tout prix transmettre avec ce pontificat, qui à la longue, cependant, montre la trame des petites imperfections de notre humanité. Certes, ce n’est pas la fin du monde, mais cela contribue à faire perdre cette désirabilité qu’un Pape devrait émaner. En insistant sur le visage humain du pontificat, en laissant de côté cette aura de mystère divin, on risque de séculariser sa figure et d’absorber dans cette humanité même ce qui ne convient pas au rôle. Le prix à payer peut être humainement décevant.

Question: est-il possible de s’arrêter, de ralentir cette course à la sécularisation du mystère d’un homme appelé à porter plus que tout autre le poids de Dieu sur cette terre?

Aux cardinaux qui l’écoutent finalement pour son premier discours de pontife, Pie XIII, le « Young Pope » de Sorrentino, dit que « nous devons être à nouveau interdits. Inaccessibles et mystérieux. Ce n’est qu’alors que nous redeviendrons désirables. C’est seulement ainsi que naissent de grandes histoires d’amour et je ne veux pas de croyants à mi-temps, je veux de grandes histoires d’amour ».

Et juste avant, à l’expert en marketing qui lui montrait les assiettes avec l’effigie du nouveau pontife à autoriser, le pape Belardo, lui désignant une assiette blanche, dit « voilà l’unique merchandising que je peux autoriser. Sans aucune image de moi, parce que je ne suis personne. Personne. Il n’y a que le Christ ».
C’est du cinéma, mais qui a dit que ça ne pourrait pas marcher?


La colère, puis les excuses. La claque papale fait le tour du monde

Nico Spuntoni
La NBQ
2 janvier 2020

L’année 2020 ne s’ouvre pas, au moins médiatiquement, de la meilleure façon pour le pape François, qui s’est retrouvé dans la ligne de mire des critiques de la moitié du monde pour la réaction de colère qu’il a eue contre une fidèle le 31 décembre sur la place Saint-Pierre. Une caméra a en effet capté le moment où Bergoglio, agrippé par une pèlerine orientale, s’est libéré de sa prise en lui tapant sur la main, avant de s’éloigner visiblement irrité.

La vidéo est devenue virale et a causé un tel émoi que les hashtags #BERGOGLIO et #papa étaient en tête des sujets de tendance de Twitter toute la journée d’hier. Le même pontife, lors de l’Angélus d’hier, a ressenti le besoin de s’excuser pour le comportement de la veille: « Souvent – a-t-il admis – nous perdons patience; moi aussi, et je m’excuse pour le mauvais exemple d’hier ». Peu de temps auparavant, dans la Messe célébrée pour la solennité de Marie Très Sainte Mère de Dieu, François avait dédié son homélie aux femmes, dénonçant comment elles sont « continuellement offensées, battues, violées, incitées à se prostituer et à supprimer la vie qu’elles portent dans leur sein ».

Dans la première homélie de la nouvelle année, le Pape a en outre affirmé que « toute violence infligée aux femmes est une profanation de Dieu. Partant du thème de la maternité, le Saint-Père a également saisi l’occasion pour revenir sur l’un de ses « chevaux de bataille » : la prise de conscience du phénomène migratoire. « Il y a des mères – ce sont les paroles du Pontife prononcées dans la Basilique vaticane – qui risquent des voyages très durs pour essayer désespérément de donner au fruit de leurs entrailles un avenir meilleur et qui sont jugées superflues par des personnes qui ont le ventre plein, mais de choses, et dont le cœur est vide d’amour ».

Mais l’attention des médias du monde entier s’est inévitablement focalisée sur les excuses retentissantes du Pape et le débat sur les médias sociaux a tourné autour des « gifles » données aux fidèles le dernier jour de 2019. Pendant l’Angélus, Bergoglio a admis qu’il n’était pas à l’abri d’une certaine impatience. C’est arrivé, y compris en public pendant les presque sept années de son pontificat: en 2016, lors de sa visite apostolique au Mexique, François a réprimandé [litote!!!] un jeune fidèle qui, pour l’attirer à lui pendant l’un des « bains de foule » habituels, avait risqué de le déséquilibrer.

Un autre précédent moins connu est celui qui s’est produit lors de l’audience générale du 28 février 2018, lorsque François a clairement refusé l’aide de Mgr Stefano Sanchirico, prélat d’Antichambre de la Préfecture de la Maison pontificale, qui avait essayé de lui arranger le col de son habit.

En mars dernier, alors qu’il rencontrait quelques fidèles dans la cathédrale de Lorette, le Saint-Père avait brusquement et à plusieurs reprises rétiré sa main pour éviter le traditionnel baiser de l’anneau. Dans ce cas également, la vidéo de l’épisode s’était propagée et avait soulevé de nombreuses questions au point d’exiger des éclaircissements de la part du Bureau de presse du Saint-Siège qui, par l’intermédiaire du directeur par intérim de l’époque, Alessandro Gisotti, avait précisé comment les raisons du geste étaient liées à l’hygiène et au désir du Pape d' »éviter la contagion lorsqu’il y a de longues files d’attente ».

Le jour de la fête de Marie Très Sainte Mère de Dieu, parlant de Jésus porteur d’un « patient salut », le pontife régnant a admis avoir perdu patience et s’est excusé d’avoir donné un « mauvais exemple ». Sur ce qui s’est passé, l’interview donnée à Agi par le fondateur du Groupe d’intervention spéciale est intéressante. Le commandant Alfa – c’est le nom de code du militaire – a « disculpé » François pour le geste de colère, affirmant que « la sécurité doit être en ligne, tant verticalement qu’horizontalement, afin d’empêcher une telle chose », tout en rappelant que « garantir la sécurité au Pape François est très difficile, parce que lui-même ne veut pas que les hommes l’entourent, donc cela arrive aussi à cause de cela ».

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