S’entretenant à Aldo Maria Valli qui l’interroge sur son dernier livre, Antonio Socci apporte une réponse à cette question que la parution de l’ouvrage cosigné Benoît XVI/Cardinal Sarah a remis au cœur de l’actualité et que les détracteurs de Benoît XVI entendent bien exploiter. On en revient toujours au fameux discours de Georg Gänswein à la Grégorienne, en 2016, sur le double ministère pétrinien.

La publication du livre « Des profondeurs de nos cœurs » soulève, nous l’avons dit, la question de la définition du rôle du Pape émérite au sein de l’institution.
Certains n’ont pas manqué de poser ouvertement la question comme ce canoniste belge, professeur à la Catholic University of America, à Washington, qui a tweeté compulsivement, en tout cas à plusieurs reprises dès hier soir:


Il est intéressant de voir comment un livre encourage les gens à prétendre que Benoît XVI est toujours pape. Eh bien, désolé d’annoncer cette nouvelle, mais le siège de Rome est devenu vacant lorsque Benoît a démissionné le 28 février 2013. François a été légitimement élu le 13 mars 2013. François est le pape.


J’ai hâte de lire ce livre. Pourtant, il y a une énorme erreur sur la couverture : ce n’est pas un livre de  » Benoît XVI « . Il s’agit d’un livre écrit par un émérite et la couverture aurait dû l’indiquer. Il aurait été plus approprié de le publier sous le nom de  » Joseph Ratzinger « .


Au moment où sort cette nouvelle du pape émérite, il est bon de rappeler qu’il n’y a qu’un seul pape, un seul évêque de Rome : François. Lui et lui seul a le pouvoir associé à la fonction d’évêque de Rome. Il est peut-être bon de repenser la position d’un pape qui démissionne de son poste.


Antonio Socci répond à AM Valli

(extrait, 13 janvier, ma traduction)

Une question qui te tient très à cœur et que tu as étudiée à fond: le renoncement de Benoît XVI. Pourquoi Ratzinger s’est-il retiré? Est-il possible qu’il n’ait pas imaginé ce qui se passerait ensuite? Ou bien le savait-il parfaitement et voulait-il que certains des processus en cours atteignent les conséquences extrêmes afin de mieux les combattre ?

Personne ne peut prétendre connaître la pensée de Benoît XVI. Certes, le pape Bergoglio n’a pas été élu par lui, mais par un collège de cardinaux qui n’avait manifestement aucune connaissance du candidat et au cours d’un conclave et d’un pré-conclave sur lesquels beaucoup de choses doivent être clarifiées.

Mais, en ce qui concerne la renonciation et le choix d’être « pape émérite », je crois que, documents en main, il est désormais évident que Benoît XVI n’a pas eu l’intention de renoncer – ou de renoncer totalement – au munus petrinien. Comme Mgr Gänswein l’a lui-même expliqué lors de la célèbre conférence à la Grégorienne:

« Avant et après sa démission, Benoît a compris et comprend son devoir comme participation à ce ‘ministère pétrinien’. Il a quitté le trône papal et pourtant, avec le pas accompli le 11 février 2013, il n’a nullement abandonné ce ministère ».

Il y a un autre passage que je voudrais souligner de la part de Mgr Gänswein sur Benoît XVI:

« Il n’a pas abandonné l’office de Pierre, chose qui lui aurait été totalement impossible après son acceptation irrévocable de la charge en avril 2005 ».

Pour moi, ce sont des mots qui me semblent explosifs (et ils n’ont jamais été démentis par le Pape émérite). Le plus proche collaborateur de Benoît XVI nous explique que pour Joseph Ratzinger « l’acceptation de l’office » de Pierre est « irrévocable » et l’abandonner est « complètement impossible ».

Bien qu’au Vatican on continue de prétendre que tout est clair, pour nous, chrétiens du peuple, il est légitime de nous poser la question de savoir ce qui s’est réellement passé en février 2013 et quelle est aujourd’hui la place de Benoît XVI dans l’Église.

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