Exit strategy au Vatican (on se doute à l’instigation de qui). Le but est d’éviter à tout prix de laisser croire au schisme!! Une étrange lettre de Georg Gänswein met un terme à l’espoir suscité chez certains (un peu trop vite) par la parution d’un livre cosigné par Benoît XVI. En attendant, les progressistes de l’entourage de François, qui ne sortent pas grandis par cette histoire, sont arrivés à leurs fins: réduire l' »Émérite » au silence. Marco Tosatti a enquêté

Voir aussi: Le silence de Benoît… et la fureur de ses ennemis

« Je peux confirmer que ce matin, sur l’indication du Pape émérite, j’ai demandé au cardinal Robert Sarah de contacter les éditeurs du livre en les priant de retirer le nom de Benoît XVI comme co-auteur du livre, et de retirer aussi sa signature de l’introduction et des conclusions. Le Pape émérite savait en effet que le cardinal était en train de préparer un livre, et il lui avait envoyé un bref texte sur le sacerdoce en l’autorisant à en faire l’usage qu’il voulait. Mais il n’avait approuvé aucun projet pour un livre à double signature, ni n’avait vu et autorisé la couverture. Il s’agit d’un malentendu, sans mettre en doute la bonne foi du cardinal Sarah. »

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Mgr Georg Gänswein, vaticannews.va

Je vais laisser la parole à Marco Tosatti, qui contrairement à moi est à même de mener une « enquête » et qui a rapidement rassemblé des éléments intéressants. Mais avant, je veux exposer les deux questions qui me taraudent dans cette affaire:

  • L’ « entourage » (de qui parle-t-on?) proche de Benoît XVI est-il aussi loyal qu’on le dit? On ne peut pas ne pas penser à ce qui s’est passé avant sa démission (Vatileaks)
  • Pourquoi le cardinal Sarah a-t-il entraîné Benoît XVI dans cette galère (car c’est quand même lui qui l’a sollicité)? Personnellement, je le regrette profondément, et je lui en veux. Il n’aurait pas dû – même si son intention était bonne.

Tout cela est très triste, et c’est le moment de rappeler à mes lecteurs qui le souhaitent qu’il faut prier pour Benoît XVI.

Je conclurai sur cette remarque d’Yves Daoudal:

On a comme l’impression de revivre le moment où Benoît XVI a été contraint de démissionner…

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http://yvesdaoudal.hautetfort.com/archive/2020/01/14/turbulences-6205219.html

Les dessous du feuilleton

Plusieurs personnes m’ont demandé d’essayer de faire la lumière sur la controverse entourant la publication du livre « Des profondeurs des nos cœurs » écrit par Benoît XVI et le Cardinal Robert Sarah. Nous avons donc recueilli auprès de sources extrêmement fiables toute une série d’éléments que nous vous proposons.

Apparemment, personne dans le monastère Mater Ecclesiae n’avait vu la couverture du livre; et c’était l’un des principaux problèmes.

Le point central était cependant de faire la lumière sur les contenus et sur les polémiques que la Bergoglio Press Team a lancée au début (en prétendant qu’en pratique Benoît aurait été circonvenu, il n’aurait mis que sa signature et autres insinuations misérables). Et la réalité est que Benoît XVI a corrigé toutes les ébauches du livre, évidemment pour sa partie, mais aussi en lisant ce que le cardinal Robert Sarah a écrit.

En outre, il a dit et écrit à Sarah, qu’il approuvait l’introduction et la conclusion du livre.

George Gänswein n’a pas lu le livre , [vraiment? c’est étrange!] et cela a certainement constitué un problème.

Toute l’opération est restée entre les mains non seulement de Benoît et de Sarah, mais aussi de Nicolas Diat, qui a évidemment fait son métier, dans son intérêt, voyant l’opportunité de faire de ce livre le livre « important » de Benoît XVI et de Sarah; tout cela à sa gloire et à son mérite [à Diat].

Donc quand la bombe a explosé hier matin (elle avait déjà commencé à exploser dans la nuit, parce qu’en Amérique ils s’étaient réveillés), des gens comme Faccioli etc. ont commencé à tirer, avec une intention très claire. Ils se sont concentrés sur la couverture, que Diat avait publiée, en disant qu’on voulait faire ici une opération anti-pape, contre le pape François.

Leur objectif était d’éviter que le contenu soit discuté. Au monastère Mater Ecclesiae, ils n’ont pas réalisé, hier matin, l’ampleur de la polémique, bien qu’ils aient été avertis. Gänswein a finalement pris contact avec Tornielli, qui a écrit un article pour l’Osservatore Romano et Vatican News, rapportant les idées du Pape Bergoglio sur l’importance du célibat, et essayant en bonne substance de jeter de l’huile sur les eaux que les différentes meutes agitaient, prétendant entre autres que Benoît XVI et Sarah n’avaient pas écrit le livre ensemble.

Le dernier développement, franchement assez incompréhensible, nous l’avons avec les déclarations de Georg Gänswein, qui a dit à un journaliste allemand que le titre et la couverture devraient être modifiés. Pourquoi, on ne sait pas. Peut-être pour défendre sa position, qui est certainement compliquée, puisqu’il est la personne la plus proche de Benoît, et en même temps proche du Pape Bergoglio en tant que Préfet de la Maison Papale. En passant, on peut voir que parmi les cris et les aboiements de la presse pro-Régime au petit matin, il était question d’une manipulation de « l’entourage » du pape Benoît. Mais que l’entourage consistait en Gänswein, on l’ignorait… Mais l’impression que Gänswein essaie d’éviter d’être coincé entre les pots de fer est forte ; au point de laisser penser que si quelque poussée a été donnée à Benoît, eh bien, c’est arrivé maintenant, et pas avant.

Sans aucun doute, les déclarations de Gänswein aujourd’hui mettent en difficulté Sarah, qui n’a rien à voir avec cela, et qui s’est comporté de manière extrêmement linéaire. Mais tout ce travail a commencé avant le Synode, en septembre.

Benoît avait déjà écrit en septembre, sur la base des polémiques pré-synodales sur le célibat sacerdotal et la question des viri probati, quinze dossiers sur le thème du célibat. Qui ont ensuite conflué dans le livre.

Notons que le parcours semble très similaire à celui emprunté lors du sommet sur les abus sexuels. Benoît avait préparé une réflexion de son cru, probablement dans l’intention d’offrir une contribution aux évêques du sommet, en l’envoyant au Souverain Pontife et à la Secrétairerie d’État. Elle y était restée, et fut publiée quelques mois plus tard dans un journal allemand consacré au clergé.

Et, une fois de plus, il nous semble intéressant de rappeler comment ces controverses sur le papier ont fait passer l’attention du contenu à la couverture !

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