Nous en avons parlé hier. Grand électeur et conseiller écouté de François, il est aussi l’un des « architectes de la nouvelle église ». Et clairement, la nouvelle de la sortie du livre Benoît/Sarah perturbe ses plans, c’est le grain de sable qui risque de mettre en panne la machine pourtant bien huilée de la propagande. Eclairage de Riccardo Cascioli.

13 mars 2013…

Qui conduit le rouleau compresseur contre Benoît et Sarah?

Riccardo Cascioli
La NBQ
16 janvier 2020
Ma traduction

Maintenant que le livre de Benoît XVI et du Cardinal Sarah a commencé à circuler, il est encore plus évident qu’il s’agit d’une œuvre à quatre mains. Ce qui, toutefois, perturbe les dessins des architectes de la « nouvelle Eglise ». Et une lettre du Cardinal Hummes à tous les évêques, dans laquelle il annonce la publication prochaine de l’exhortation post-synodale, aide à comprendre …

Maintenant que le livre du pape émérite Benoît XVI et du cardinal Robert Sarah, Des profondeurs de nos cœurs, commence à circuler, la tempête médiatique sur la question des signatures semble encore plus incompréhensible. Déjà le titre, dont Benoît XVI était parfaitement informé, contient ce « de nos cœurs » qui ne devrait pas donner prise aux doutes; ensuite, les deux essais écrits personnellement par Benoît XVI et Sarah sont complémentaires ; en outre l’introduction et la conclusion (écrites par Sarah et lues et approuvées par Benoît XVI, et sur cela, même Mgr Georg Ganswein est d’accord) sont entièrement écrites à la première personne du pluriel: nous. Ainsi, le retrait de la signature de Benoît XVI comme co-auteur pour une signature plus neutre « avec la collaboration de …« , mais confirmant chaque virgule du texte, sent la farce. Ou la tempête créée tout exprès pour détourner le regard de ce qui compte.

Comme nous l’avons dit il y a deux jours [Le silence de Benoît… et la fureur de ses ennemis], la thèse du livre, signé par le pape émérite, met en grande difficulté le pape François, alors que tous attendent de lui qu’il accorde la possibilité d’ordonner des hommes mariés comme prêtres, dans l’exhortation apostolique post-synodale. Comment s’en sortir? En poussant Benoît XVI à se défiler du projet éditorial. Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour comprendre que le lundi 13, au lendemain des avant-premières publiées par Le Figaro, la ligne téléphonique entre Sainte Martthe (résidence du pape François) et Mater Ecclesiae (résidence du pape émérite) a chauffé, ce qui a été confirmé plus tard par des sources citées par La Croix.
C’était l’unique carte pour contraindre le pape émérite à faire ce geste. Que cela ait été fait pour le bien ou le mal est secondaire, l’effet a été celui désiré. Durant ces jours les « gardiens de la révolution » ont déclenché une campagne contre le cardinal Sarah, présenté comme un escroc et un manipulateur alors qu’il est le seul à avoir agi selon la vérité et à l’avoir défendue jusqu’au bout, faisant preuve d’une dignité certainement inconnue de ses détracteurs.

Il était cependant très urgent de désamorcer la bombe du livres à quatre mains, et on en a mieux compris la raison hier. La lettre que le Cardinal Claudio Hummes, Rapporteur général du Synode sur l’Amazonie, a envoyée le 13 janvier du Vatican à tous les évêques, annonçant la sortie prochaine de l’exhortation post-synodale, « d’ici la fin de ce mois ou le début de février », a fait l’objet d’une fuite [sans doute voulue, ndt]. Mais ce n’est pas une simple lettre de courtoisie pour informer d’un événement, c’est un « appel aux armes » de tous les évêques pour répandre le « verbe » du Synode sur l’Amazonie dans tous les coins de l’Église.

Évidemment, les tons de la lettre sont persuasifs, « l’intention » est d' »encourager une préparation adéquate » pour un événement « très attendu » ; mais ensuite on passe aux actes qu’on attend de chaque évêque s’il ne veut pas déplaire au Pape. Des suggestions qui sont comme ces offrandes « qu’on ne peut pas refuser », comme disait un film célèbre. « Une façon utile de se préparer – écrit Hummes – serait de lire certains des documents précédents relatifs au sujet ». Il n’est pas nécessaire d’aller les chercher, le cardinal lui-même les énumère en annexe: le document final du Synode, le discours du pape François aux peuples de l’Amazonie, le rapport introductif du cardinal Hummes et le discours final du pape François au Synode, l’encyclique Laudato Si’.

Après la lecture, et rapidement, les évêques doivent se mobiliser pour que dans chaque diocèse l’exhortation soit bien reçue:  » Vous pourriez aussi commencer à planifier une conférence de presse ou un autre événement dès que possible (…) Par exemple, il pourrait être approprié que vous présentiez l’Exhortation avec un représentant autochtone, si possible dans votre région, un responsable pastoral expérimenté (ordonné ou religieux, laïc ou laïque), un expert en questions écologiques, et un jeune impliqué dans la pastorale des jeunes ». Prochainement, les évêques recevront « une deuxième lettre avec d’autres suggestions ».

Avec un style typiquement soviétique, en somme, tout est prêt pour le grand événement, celui après lequel « rien ne sera plus comme avant », comme l’a prophétisé l’évêque allemand Franz-Josef Overbeck. Imaginez un peu si l’on pouvait tolérer que la préparation soit ruinée par un pape émérite et un cardinal. Le rouleau compresseur de la « nouvelle Eglise » écrase tout sur son passage.

La lettre de Hummes confirme également le désir que le Synode d’une Église locale, comme l’Église amazonienne, devienne le paradigme de l’Église universelle, parce qu’il s’agit du laboratoire de la nouveauté qui, présentée comme une exception, doit être imposée à l’Église entière. Il n’y a pas seulement le célibat, mais aussi l’écologie, le rapport avec la Création que le Synode amazonien a tourné vers le panthéisme. Mais le célibat est aujourd’hui le thème autour duquel se déroule la guerre pour la Vérité. Certains ont remarqué que dans les derniers discours du Synode, le Pape n’a jamais mentionné le thème de l’ordination des hommes mariés, laissant prévoir que dans l’exhortation ce thème sera mis de côté.

Mais l’enthousiasme avec lequel le cardinal Hummes a mis en marche la machine de propagande suggère le contraire. Il ne faut pas oublier en effet que la relativisation du célibat est un point fixe de Hummes, le grand électeur du pape François et celui qui l’a accompagné au balcon de Saint-Pierre pour la première salutation. Le Pape lui a confié le rapport d’ouverture du Synode sur l’Amazonie, dans lequel résonne clairement la proposition d’ordonner des prêtres mariés et de rechercher « un ministère approprié » pour les femmes « leaders de communauté » (ce qui constitue aussi le début d’un processus, bien sûr). C’est le même schéma que celui utilisé lors du premier Synode sur la famille avec le rapport confié au Cardinal Walter Kasper.
Mais de Hummes nous nous souvenons aussi de la gaffe (si on peut l’appeler ainsi) de décembre 2006, quand il a été nommé Préfet de la Congrégation pour le Clergé par le Pape Benoît XVI. Dès qu’il a mis les pieds à Rome, il a publié une déclaration qui a ouvert la voie au dépassement du célibat. Il a été forcé de se rétracter, mais là où il voulait aller était clair. Et maintenant il savoure sa victoire, fruit aussi – disent les bien informés – d’un pacte avec le pape François.

Dommage qu’on n’ait pas pu empêcher vraiment la circulation de ce livre de Sarah et Benoît XVI qui, après deux jours en librairie, est déjà à la première place en France dans les ventes.

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