La tempête qui a secoué le Vatican depuis la parution d’un certain livre a mis au second plan tout le reste. J’avais reçu un peu avant un message à propos du film « Les Deux Papes » – un film objectivement insultant pour Benoît XVI -, auquel je me proposais de répondre, mais les événements ne m’en ont pas laissé le temps. Heureusement, aujourd’hui, quelqu’un le fait (infiniment mieux que moi!). C’est chez AM Valli.

Il a été question de ce garde suisse, Grégoire Piller, (et du baptême de son ami, dont il parle ci-dessous) dans Benoît et moi en 2016: Baptisé par Benoît XVI

Grégoire Piller reçoit la communion des mains de Benoît XVI
Photo sur https://www.laliberte.ch/news/dossiers/religions/sept-ans-passes-avec-le-pape-26747

Un courrier de lecteur

J’ai lu avec attention votre critique du Film The two popes et suis assez étonné car elle semble assez radicale.
Quand vous lisez la critique du site Jésuite.com [ndr: critique du P. Marc Rastoin sj], ce film est dépeint comme un excellent film.
Je partage ce second avis.
Étés vous certain que nous avons vu le même film? Votre vision n’est elle pas réductrice et biaisée?
.
Vincent P.

Eh bien je ne crois pas que ma vision est « biaisée », c’est celle du P. Rastoin (avec tout le respect qui lui est dû) qui me semble l’être. J’ai vu le film, en effet, et je l’ai ressenti pendant les 2 heures qu’il durait comme une véritable insulte contre Benoît XVI.
Le garde suisse qui a servi auprès de lui durant tout son pontificat ne dit pas autre chose…


Les Deux Papes et le vrai Benoît.

Lettre d’un ex-garde suisse

Cher Aldo Maria Valli,

il y a quelques semaines, j’ai vu Les Deux Papes sur Netflix et je dois dire qu’en tant qu’ancien garde suisse pontifical au service de Benoît XVI pendant tout son pontificat, j’ai été frappé par la reconstruction soignée du Vatican. Mais au fur et à mesure que je poursuivais la vision, ma bonne impression diminuait. J’ai été surpris et désolé de voir un Benoît XVI présenté comme avide, méchant, mesquin, poussé par une soif incontrôlable de pouvoir. Au fond de mon cœur, je pensais: mais ce n’est pas le pape que j’ai rencontré et servi!
Ensuite, ces derniers jours, en lisant les reportages journalistiques sur l’histoire du livre écrit par le cardinal Sarah, j’ai ressenti le même sentiment et la même douleur: souvent la presse nous présente un Benoît XVI qui n’existe pas. Ce qu’ils nous vendent ce sont des bobards purs et simples, comme si les journalistes décrivaient le pape Benoît de la fiction cinématographique et non le vrai.

Je peux dire que j’ai servi un Benoît XVI bon, magnanime, gentil, se désintéressant complètement des questions liées au pouvoir et à l’image. Je l’ai fait pendant huit longues années et je garde un souvenir plein de gratitude et de tendresse.

Il y a tant de moments dont je pourrais parler : les célébrations publiques sur la place Saint-Pierre, les rencontres au palais apostolique, les audiences, mais aussi des moments privés, comme quand, une nuit de Pâques, Benoît a baptisé un ami cher et que j’ai joué le rôle de parrain, ou quand j’ai eu l’occasion de présenter mon père et ma mère au Pape. Et puis je me suis souvenu des jours passés à Castel Gandolfo, où une fois, le jour de ma fête, le pape Benoît s’est souvenu de moi et m’a envoyé ses bons vœux par l’intermédiaire de son secrétaire! Ou comme quand, après le dîner, il faisait mettre de côté quelques portions du dessert qui avait été servi et les envoyait aux gardes suisses de l’équipe de nuit.

Je me souviens encore d’un soir : je dégustais le strudel aux pommes que le Pape m’avait envoyé et j’ai entendu le son d’un piano. C’était Benoît XVI qui jouait Mozart! Une vraie scène de film !

Et comment pourrais-je oublier le 28 février 2013, dernier jour du pontificat actif? Ce jour-là, j’ai moi aussi terminé mon service de garde suisse, et Benoît XVI, bien que confronté à une situation aussi délicate, s’est souvenu de moi et s’est assuré que j’avais trouvé un nouveau travail.

C’est pourquoi, cher Valli, je dis que le Pape que j’ai rencontré n’a rien à voir avec celui qui nous est présenté dans la fiction et dans la presse.

J’ajoute qu’au cours des huit années de mon service, j’ai rencontré un pape qui possédait un très grand sens des responsabilités, allié à une conscience de la dignité du rôle qu’il jouait et de la grandeur de la papauté. Tout cela, comme je l’ai dit, ne l’a pas empêché d’être un homme simple et humble, mais l’a mis à l’abri de toute forme de démagogie et de désir de paraître.

Le jour de son élection, il s’est défini comme « un simple et humble ouvrier dans la vigne du Seigneur » et je peux confirmer que c’est la définition qui lui convient le mieux.

Benoît a dit à plusieurs reprises que lorsqu’il a été élu, il a demandé au Seigneur: « Pourquoi me demandes-tu cela? Que me demandes-tu de faire? », mais il s’est totalement confié à Dieu et a accepté d’être guidé.

Le choix du renoncement est venu, à mon avis, toujours dans la perspective du service de l’Église. Il a agi comme un serviteur courageux, comme savent l’être les vrais leaders.

Ce fut pour moi un grand honneur de le servir et je lui serai à jamais reconnaissant pour ce qu’il m’a donné pendant ces années. Il a été pour moi un exemple qu’à mon petit niveau, j’essaie d’imiter.

Grégoire Piller

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