Mise à jour (*) – Selon le site Il Sismografo, voix (à peine) officieuse de Sainte Marthe (qui déroule ici la rengaine obsessionnelle sur l’opposition au Pape), et sauf coup de théâtre de dernière minute toujours possible avec François, l’exhortation apostolique post-synode-Amazonie devrait ouvrir le sacerdoce à des hommes mariés. Luisella Scrosati lui répond…


L’article de « Il Sismografo« 

(…) Les analyses, considérations et conclusions de la majorité des pères synodaux sont transparentes et précises, comme nous venons de le montrer. Comment le pape François, qui a voulu ce synode précisément pour écouter l’opinion des pères synodaux, pourrait-il ignorer une position qui a eu l’appui d’une majorité qualifiée encore plus grande que celle exigée par le règlement ?

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D’après de nombreuses sources proches du dossier, il semble que le pape François dans son Exhortation autorisera ces ordinations comme nous le lisons au paragraphe 111 sachant qu’il y a une frange de la hiérarchie et du Peuple de Dieu qui s’oppose et ne partage pas le choix. C’est une minorité, respectable, mais néanmoins un secteur minoritaire de l’Église. Avec douceur et sympathie, le Souverain Pontife lui-même l’a rappelé selon ce qu’Eugenio Scalfari [!!!] a rapporté aujourd’hui sans être démenti.

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François est également conscient que le sujet a été utilisé et sera utilisé à nouveau pour créer des divisions et des tensions au sein de l’Église, de la même manière que d’autres sujets ont été utilisés. C’est désormais la stratégie des nombreux opposants au pontificat, c’est-à-dire une myriade de petits groupes et de leaders d’opinion, divisés entre eux, qui utilisent la seule arme dont ils peuvent facilement disposer: les campagnes médiatiques, organisées grâce à la généreuse disponibilité des financiers [!!!].

Le dernier exemple est le fameux livre du cardinal Robert Sarah, avec la contribution de l’évêque émérite de Rome, gonflé en France par une compétence rédactionnelle et journalistique en plus.
Mais il est certain que ce n’est pas tout ce tam-tam médiatique périodique qui arrêtera le Pape François et la majorité du Peuple de Dieu qui veulent suivre cette voie sans être intimidés, même si, comme ces jours-ci, on a voulu – en mentant – faire passer une affaire disciplinaire pour une affaire doctrinaire.

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https://ilsismografo.blogspot.com/2020/01/vaticano-e-certo-che-nellesortazione.html

« Le Pape acceptera les prêtres mariés »: un scoop prévisible.

Luisella Scosatti
18 janvier 2020
La NBQ
Ma traduction

Le site paravatican Il Sismografo annonce que dans l’Exhortation post-synodale qui devrait être publiée d’ici peu, il y aura l’ouverture fatidique pour l’ordination sacerdotale d’hommes mariés. Pour le moment, il ne s’agit que d’une indiscrétion, mais cela confirmerait l’inconciliabilité totale avec la position exprimée par Benoît XVI et dans la tradition de l’Église.

Qui l’eût cru? L’exhortation apostolique post-synodale, actuellement dans la dernière ligne droite, « ouvrira la possibilité d’ordonner des hommes idoines reconnus par la communauté comme prêtres dans les diocèses d’Amazonie ». Voyez un peu. La révélation si « inattendue » nous vient de la rédaction du Sismografo, dans un article posté à 17h20 le jeudi 16 janvier.

Entendons-nous bien: il s’agit encore une indiscrétion; mais une indiscrétion qui révélerait un secret de Polichinelle. Les réactions inconvenantes à la publication du livre de Sarah et Benoît XVI sont plus qu’un indice et déjà, comme pour Amoris Laetitia, le mantra de la lecture du document dans son intégralité a commencé à être répété, sans se réduire à la question du célibat.

En tout cas, la « nouvelle » vient très opportunément dissiper le malentendu monté à dessein, selon lequel c’est le cardinal Robert Sarah qui a tendu le piège à Benoît XVI et l’a présenté au monde comme le contrepoids du pape François. Oui, car s’il se confirmait que l’exhortation contient l’ouverture à l’ordination d’hommes mariés, sans exiger d’eux qu’ils s’abstiennent de rapports conjugaux, cela montrerait qu’il existe bien une opposition; pas entre les personnes, mais entre la position de Ratzinger et celle de Bergoglio. Et elle est totale. Pour sa part, le cardinal guinéen, qui s’est retrouvé sur le gril, n’a fait que permettre à Benoît XVI d’exprimer sa position, d’aider l’Église dans ce moment de confusion, recevant également la gratitude du Pape émérite lui-même, comme écrit noir sur blanc dans l’introduction du livre.

Benoît XVI a affirmé que « l’état conjugal concerne l’homme dans sa totalité; puisque le service du Seigneur exige également le don total de l’homme, il n’est pas possible de réaliser les deux vocations simultanément ». Le pape François en revanche, en permettant l’ordination sacerdotale d’hommes mariés qui continueraient à avoir des unions sexuelles avec leurs épouses dirait le contraire par les faits. Toutefois, on n’a pas le droit de dire qu’il y a une opposition.

Par contre, il semble que le problème du siècle, à résoudre avec une extrême urgence, soit maintenant l’existence d’un Pape émérite. Nous sommes habitués aux papes morts, enterrés et réduits au silence, même après leur canonisation; nous avons loué l’ouverture d’esprit d’évêques émérites, qui sont allés à Jérusalem pour faire les « anti-papes » [Martini, ndt]. Ceux-là, oui, ce sont des bons. Mais un pape émérite qui parle est plus gênant pour la conscience que le criquet de Pinocchio. C’est lui, le Pape émérite, qui crée la confusion; pas un jour ne passe sans que l’Eucharistie, le mariage, le sacerdoce, etc. ne soient minés, mais le problème est le Pape émérite qui parle et crée la confusion. Incroyable.

La rédaction du Sismografo se demande ensuite, plus ou moins ingénument:

« Comment le Pape François, qui a voulu ce Synode précisément pour écouter l’opinion des pères synodaux, pourrait-il ignorer une prise de position qui a eu le soutien d’une majorité qualifiée encore plus grande que celle exigée par le règlement? »

La question « compatissante » mérite cependant une réponse sérieuse. Comment François pourrait-il aller contre le Synode, ignorer sa demande? Réponse: mais qu’il imite Paul VI! Ce Paul VI dont il a dit à plusieurs reprises qu’il s’inspirait et qu’il a voulu indiquer aux fidèles comme prophète humble et courageux. Nous l’écrivons sans aucune ironie, mais avec une parhésie sincère, comme on dit aujourd’hui: qu’il imite Paul VI. Ce Paul VI qui a eu le courage de s’opposer à la délibération de la commission d’étude qu’il avait nommée sur la contraception.

Le jésuite John Cuthbert Ford, le 24 septembre 1988, raconta la détermination de Montini, dans une des rencontres où ils discutaient des positions de la commission: « Quand j’ai dit au Pape: ‘Êtes-vous prêt à dire que Casti connubii peut être changée?’, le Pape s’anima et parla avec véhémence: « Non! », dit-il. Il réagit exactement comme si je l’avais traité de traître à son credo catholique ». Et il a courageusement maintenu cette position dans l’encyclique Humanae Vitae. Il ne voulait pas être un traître.

La voilà, la requête au Pape François de ceux que le Sismografo appelle « une minorité respectable » et « un secteur minoritaire de l’Église »: opposez-vous à la demande du Synode ; dressez-vous et démentez que la loi de continence obligatoire, que vos prédécesseurs ont définie comme étant d’origine apostolique, une loi indissoluble, la volonté de l’Église, et dont Benoît XVI vous rappelle humblement aujourd’hui qu’elle est liée ontologiquement au sacerdoce, puisse être changée. Ne trahissez pas l’Église.

Si François cédait sur célibat, ce serait alors la minorité respectable qui créerait « des divisions et des tensions au sein de l’Église », comme l’écrit misérablement le Sismografo? Ce serait le Cardinal Sarah qui sèmerait la zizanie entre les deux évêques vêtus de blanc, comme on l’en accuse mesquinement?
S’il prenait cette décision, il ne faudra pas s’étonner de l’opposition; encore une fois, pas à sa personne, mais à ce qu’il dirait. Et ce ne serait pas un schisme, sauf dans l’esprit de faiseurs des commérages et des lèche-bottes qui en font usage (…).


(*) Mise à jour

Je n’avais pas traduit la fin de l’article, un prêtre de mes lecteurs, le Père C.L l’a remarqué, et je lui sais beaucoup gré d’avoir traduit la fin, assortie de ce commentaire:

La fin présente un grand intérêt car c’est la première fois que je vois enfin mentionnée ! sur la question de la résistance à un pape déviant que la résistance et la correction fraternelle publique de saint Paul face à saint Pierre ne portait pas sur une question de doctrine mais de discipline, montrant que la discipline met toujours en jeu la doctrine et n’en est pas une partie détachable (il s’agit même ici non pas même d’une décision disciplinaire de Pierre mais simplement de sa mauvaise attitude en public sur une question de discipline induisant par contrecoup une corruption de la doctrine). Et ce point me semble très éclairant par les temps qui courent…


Traduction de la fin (18/1/2020, 19h45)

Et qu’il ne soit pas dit que la règle du célibat, n’étant que disciplinaire, peut être changée et que le Pontife a le plein pouvoir de le faire.

C’est sur une question disciplinaire que l’apôtre des païens s’opposa à Pierre « ouvertement parce qu’il avait manifestement tort » (Gal. 2, 11). […]

Et pourquoi ? Quels dogmes Pierre a-t-il renié ? Aucun. L’opposition était nécessaire parce que  » avant que quelques-uns ne viennent de la part de Jacques, il [Pierre] prenait de la nourriture avec les païens ; mais après leur venue, il commença à les éviter et à se tenir à l’écart, par crainte de la circoncision. Et les autres juifs l’imitèrent dans la simulation, au point que même Barnabé se laissa entraîner dans leur hypocrisie » (Gal. 2, 12-13). Le comportement de Pierre risquait en fait d’annuler la liberté vis-à-vis de  la loi juive, qui avait été sanctionnée au Concile de Jérusalem. Derrière cette question  » disciplinaire  » se trouvait un principe doctrinal fondamental :  » Nous savons que l’homme n’est pas justifié par les œuvres de la loi mais seulement par la foi en Jésus Christ, et nous aussi nous avons cru en Jésus Christ pour être justifiés par la foi en Christ et non par les œuvres de la loi ; car par les œuvres de la loi personne ne sera justifié  » (Gal. 2, 16). Paul l’a compris et c’est pour cette raison qu’il s’y est opposé, sans crainte et sans créer de schismes d’aucune sorte.

Cette « minorité » sait très bien combien de choses sont impliquées dans un affaiblissement du caractère obligatoire de la continence ; et c’est pourquoi il faut s’attendre à une opposition ouverte, sans subterfuge et sans aucune amertume, portant, avec la grâce de Dieu, les conséquences qui en découleraient. Ni Sarah, ni Benoît XVI, ni beaucoup d’autres ne sont contre François ; mais on ne peut pas s’attendre au silence face à la terrible rupture de la tradition de l’Église.