L’intitulé est légèrement modifié par rapport à l’édition française mais confirme la paternité de Benoît XVI. Fin du feuilleton, donc? Pas tout à fait. Un communiqué commun du cardinal et du pape émérite mettant définitivement un terme aux polémiques s’est perdu quelque part entre Mater Ecclesiae et la Secrétairerie d’Etat… Précisions de Riccardo Cascioli.

L’édition italienne sortira le 30 janvier aux éditions Cantagalli

Sarah et Benoît XVI, le livre sort.

Textes et signatures confirmés

Riccardo Cascioli
La NBQ
22 janvier 2020
Ma traduction

Un communiqué de l’éditeur Cantagalli annonçant la sortie de « Dal profondo del nostro cuore » pour le 30 janvier met fin (ou presque) à des jours et des jours de féroce polémique. La signature sera « Robert Sarah avec Joseph Ratzinger/Benoît XVI » pour éviter toute spéculation supplémentaire. La vérité est donc rétablie, mais reste la blessure d’un lynchage médiatique contre le cardinal Sarah et le pape émérite, auxquels personne – on peut en être sûr – ne présentera d’excuses. Et il y a aussi le « feuilleton » d’un communiqué signé par Benoît XVI et Sarah vendredi dernier: il aurait dû être publié par la Secrétairerie d’État mais on en a perdu la trace.

« Aujourd’hui et aujourd’hui seulement , quand les nuages semblent s’éloigner (…) nous annonçons la sortie du livre Dal profondo del nostro cuore de Robert Sarah avec Joseph Ratzinger/Benoît XVI pour le jeudi 30 janvier 2020, en remerciant les auteurs et tous les amis qui nous ont été proches dans cette délicate entreprise ».

Avec ces mots, David Cantagalli, l’éditeur italien de Benoît XVI et du cardinal Robert Sarah, dans un communiqué officiel met fin (ou presque) à la sordide affaire qui a entouré l’annonce de la sortie du livre en défense du célibat, signé par le cardinal Sarah et le pape émérite. Donc pas de retrait de la signature, comme l’avait déclaré le secrétaire de Benoît, Mgr Georg Ganswein, aux agences de presse après la diffusion de rumeurs selon lesquelles Benoît XVI était dans l’ignorance du projet du livre. De là s’était déchaîné un véritable lynchage médiatique du cardinal Sarah, mais aussi la campagne habituelle contre le Pape émérite.

Le livre en italien sortira comme prévu le 30 janvier, avec un léger changement formel de la couverture, en accord avec l’éditeur français Fayard (et qui s’appliquera à toutes les éditions internationales), dont dépendent tous les contrats de traduction : la signature des auteurs ne sera plus « Robert Sarah-Benoît XVI », mais « Robert Sarah avec Joseph Ratzinger/Benoît XVI ». L’ajout du nom au siècle – Joseph Ratzinger – veut en quelque sorte enlever aux ennemis déclarés de Benoît XVI l’argument-prétexte d’un texte écrit par « l’antipape », mais quiconque lit le contenu de ce livre doit honnêtement admettre que l’esprit dans lequel il est écrit est celui d’une contribution à la Vérité, et non d’une escarmouche idéologique ou de pouvoir. Et l’ajout de la préposition « avec » dans la signature permet de mieux préciser ce qui est expliqué dans la note de l’éditeur accompagnant l’édition. C’est-à-dire que le livre se compose d’un essai de Benoît XVI, d’un autre du cardinal Sarah, puis d’une introduction et d’une conclusion écrites physiquement par Sarah mais « lues et partagées » par Benoît XVI. Exactement ce qui avait déjà été expliqué dès le début, mais qui a été ignoré pour donner lieu à « des polémiques incessantes, nauséabondes et mensongères », comme les a définies le cardinal Sarah il y a quelques jours.

Les polémiques ont été particulièrement virulentes de la part des habituels secteurs du monde catholique, des « gardiens de la Révolution » et des « intellectuels » catho- progressistes, qui ne se sont certes pas épargnés dans les très dures insultes à l’encontre du cardinal Sarah et dans la requête de museler le pape émérite. On est arrivés à des sommets de mensonge peut-être jamais atteints auparavant, ce qui est particulièrement grave si l’on considère que même le quotidien des évêques italiens, Avvenire, a mis dans la bouche de Benoît XVI (15 janvier) des déclarations qu’il n’a jamais faites et qui ne pouvaient même pas être déduites des paroles pourtant malheureuses de Gänswein: « Benoît: sur le célibat, je ne signe pas le livre de Sarah – ‘Je n’ai jamais autorisé l’apposition, ni partagé les prémisses et les conclusions' ».

Comme preuve du sentiment commun du cardinal Sarah avec le pape émérite, dans le communiqué, Cantagalli souligne:’

« il s’agit d’un ouvrage de haute valeur théologique, biblique, spirituelle et humaine, garanti par la profondeur des auteurs et leur désir de mettre à la disposition de tous le fruit de leurs réflexions respectives, exprimant leur amour pour l’Église, pour Sa Sainteté le Pape François et pour l’humanité entière ».

Donc: le livre sort aussi en italien, la vérité est rétablie. On pourrait dire que tout est bien qui finit bien. Mais ce n’est pas vraiment le cas. Tout d’abord parce que les poisons de ces semaines ne sont pas effacés et que la boue jetée en particulier sur le cardinal Sarah laissera des traces. Et on peut être sûr que personne ne s’excusera – et même ils éviteront de donner de l’importance à la nouvelle – pour ce qui s’est passé.
En second lieu, l’affaire – comme nous l’avons déjà dit – semblait obéir à un centre opérationnel qui avait tout intérêt à créer une agitation pour rien afin d’obscurcir le contenu du livre, certainement très malvenu pour ceux qui tentent de bouleverser la doctrine de l’Église en s’attaquant au célibat des prêtres. Un objectif, malheureusement, qui est en quelque sorte réussi.

En troisième lieu, il reste un mystère. Après des jours de polémiques féroces, le vendredi 17, le cardinal Sarah s’est rendu à Mater Ecclesiae, la résidence du pape Benoît XVI, à 18 heures. Ce fut une rencontre éclairante dont Sarah lui-même a donné la nouvelle avec plusieurs tweets [cf. Mise au point du cardinal Sarah] : « A cause des incessantes, nauséabondes et fausses controverses qui n’ont jamais cessé depuis le début de la semaine, concernant le livre Du fond du cœur, j’ai rencontré ce soir le Pape émérite Benoît XVI », a écrit le Cardinal guinéen, qui poursuit ensuite: « Avec le pape Benoît XVI émérite, nous avons pu constater qu’il n’y a pas de malentendus entre nous. Je suis sorti de cette belle rencontre très heureux, plein de paix et de courage ». Suivaient ensuite les remerciements à l’éditeur français pour le travail accompli.

La rencontre et l’atmosphère de concorde qui l’a caractérisée n’ont été démenties par personne, mais l’annonce par tweet du cardinal Sarah semblait pré-annoncer quelque chose qui attesterait une fois pour toutes de cette unité d’intention. En fait, nous savons que de cette rencontre est sorti un communiqué commun, signé par Benoît XVI et le cardinal Sarah, visant à confirmer la double paternité du livre et à mettre fin au lynchage médiatique des deux. Pour éviter de nouvelles frictions, il a été décidé de remettre ce communiqué au Secrétariat d’État pour publication, ce qui aurait dû se faire au plus tard le lundi 20. Mais le communiqué a été perdu: censuré par le Secrétariat d’Etat? Resté dans la sacoche de Mgr Gänswein ou d’un autre fonctionnaire? On l’ignore. Mais la désagréable impression demeure que tout est fait pour empêcher qu’émerge avec clarté la totale syntonie de Benoît XVI et du cardinal Sarah en matière de sacerdoce, de célibat et pas seulement.

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