Mgr Negri (*) vient d’écrire une lettre à Benoît XVI, qu’il a choisi de publier sur son site, et dans laquelle il supplie le Pape émérite de lui accorder la faveur d’un dernier entretien. C’est vraiment un cri de douleur très émouvant. Même si on peut comprendre qu’il n’est pas simple d’organiser la rencontre dans l’ambiance de chasse aux sorcières et de délation qui plombe en ce moment le Vatican, espérons qu’aucun « filtre » (suivez mon regard…) ne viendra l’entraver.

(*) Nombreux articles à son sujet dans ce site. Tapez son nom dans le moteur de recherche Google personnalisé.

Image (et information): https://cooperatores-veritatis.org

Le 19 juin 2011, Benoît XVI s’était rendu en visite apostolique à San Marino, dont Mgr Negri était encore l’évêque titulaire.
La photo ci-dessus rappelle cette journée inoubliable, dont on trouvera le récit ici: benoit-et-moi.fr/2011-II.


Petit rappel (utile pour comprendre la lettre)

Il y a presque trois ans, en mars 2017, les 75 ans canoniques à peine révolus (il est né en novembre 1941), Mgr Negri, archevêque de Ferrare (où il avait été nommé par Benoît XVI) avait vu sa démission d’usage acceptée – sans surprise – par François. Profitant de la liberté de parole que lui concédait sa mise à la retraite expéditive, il avait accordé au journal local de Rimini (qui dépend du diocèse de San Marino, dont il avait été précédemment titulaire) une très longue et très « tonitruante » interview, dans laquelle il disait, entres autres propos décapants, répondant à une question sur la démission de Benoît XVI:

«Ce fut un geste sans précédent. Dans les dernières rencontres, je l’ai vu physiquement fragilisé, mais extrêmement lucide dans sa pensée. J’ai peu de connaissances – heureusement – des faits de la Curie romaine, mais je suis certain qu’un jour émergeront de lourdes responsabilités à l’intérieur et à l’ extérieur du Vatican. Benoît XVI a subi des pressions énormes. Ce n’est pas un hasard si en Amérique, également sur la base de ce qui a été publié par Wikileaks, certains groupes catholiques ont demandé au président Trump d’ouvrir une commission d’enquête afin de déterminer si l’administration de Barack Obama a fait pression sur Benoît. Cela reste pour l’instant un mystère très grave, mais je suis sûr que les responsabilités sortiront. Je m’approche de ma propre « fin du monde » et la première question que j’adresserai à saint Pierre sera justement sur cette histoire».

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Benoit-et-moi 2017, Une interview tonitruante de Mgr Negri

Bien entendu, les feux de l’enfer s’étaient embrasés sur le malheureux prélat, qui n’avait eu que le tort de dire tout haut ce que beaucoup d’autres pensaient tout bas – peut-être à tort, c’est une autre question (voir ici: Mgr Negri, seul contre tous)

Mais voici le fac-similé de la lettre, telle qu’elle figure sur le site de Mgr Negri, et plus bas, ma traduction:



Milan,
20 janvier 2020

Sainteté,

Tandis que le passage des jours et du temps voit s’accomplir le projet du Seigneur sur l’Eglise, sur le monde, et sur chacun de nous, je ressens le désir très vif de pouvoir Vous rencontrer une dernière fois. Les circonstances que nous vivons ne sont certes pas faciles, et Vous le savez mieux que moi, l’amitié est toujours un grand réconfort dans les nécessités, comme me le rappelait souvent Mgr Giussani.
Je me permets donc de Vous demander un dernier geste de charité envers moi, de pouvoir Vous voir et Vous confier mon égarement pour les tristes temps que nous vivons, mais uni à une confiance inébranlable dans le Seigneur et dans Sa volonté de bien à laquelle, aussi à travers Votre enseignement, Sainteté, je parviens à me remettre chaque jour avec une confiance de plus en plus grande.
Ayez pitié de moi, tenez-moi dans l’espace de votre étreinte, et faites-moi me sentir avec vous une partie vivante du chemin de cette Eglise qui ne cesse de nous surprendre et de nous faire souffrir, mais qui nous fait marcher chaque jour vers le plénitude du Christ en nous et à travers nous dans le monde.


Bénissez-moi

Luigi Negri
Archevêque émérite de Ferrara-Cornacchio.