En guise d’hommage pour ce triste anniversaire, Marco Tosatti publie la réflexion de son ami Giuseppe Pellegrino, l’auteur de la traduction en anglais de son livre Vigano e il Papa, un testimone raconta. Une réflexion originale pour transformer un événement douloureux en un signe positif d’espoir pour l’Eglise, en suivant l’exemple de Benoît XVI.

Declaratio du 11 février 2013

Sept ans après

Je n’oublierai jamais l’appel téléphonique que j’ai reçu à 6 heures du matin le 11 février 2013. « Allume la télévision! » m’a dit ma mère: « Le Pape a démissionné! ». Pas encore réveillé, j’ai plissé les yeux et j’ai dit : « C’est impossible, tu as dû mal comprendre quelque chose ». Mais en fait (comme toujours !) maman avait raison. Du moins, c’est ce qu’il semblait.

Comme nous le savons tous, 17 jours plus tard, le pape Benoît XVI est monté dans un hélicoptère, a fait le tour du dôme de la basilique Saint-Pierre et il est parti vers les collines, nous laissant les sept années de questions, confusion et ambiguïté frustrante qui ont suivi.

Treize jours après, le Collège des cardinaux a élu Jorge Bergoglio pour diriger l’église. Durant ces sept ans, Bergoglio a utilisé le pouvoir du Siège de Rome pour saper et détruire la Tradition de l’Eglise. Des Dubia de 2016 à la Correction filiale de 2017, en passant par le témoignage de l’archevêque Viganò de 2018, tout acte de résistance louable contre le mal qui occupait le Saint-Siège s’est fracassé contre le rocher du silence manipulateur, de la confusion délibérée et du contrôle autoritaire de Bergoglio. Lui résister directement s’est avéré vain et frustrant.

Aujourd’hui, à l’occasion du septième anniversaire de la démission du pape Benoît XVI, je voudrais proposer une stratégie plus efficace, même si elle est paradoxale. C’est vraiment très simple, comme beaucoup de choses que l’Esprit Saint inspire.

C’est une invitation à respirer, à prendre du recul et à considérer ce qui se trouve devant nous comme un fait certes déconcertant mais indéniable: la présence durable de Benoît XVI, portant l’habit blanc du pape, vivant dans l’enceinte de Pierre, signant toujours son nom comme « Sa Sainteté le Pape Benoît », et donnant la Bénédiction Apostolique.

Appelez cette approche, si vous voulez, « Reconnaissez et réjouissez-vous !

Réjouissez-vous d’avoir un vrai Saint Père, qui n’est ni insultant ni vindicatif, mais humble et silencieusement fidèle. Réjouissez-vous d’avoir une voie claire à suivre, à savoir la Tradition de l’Église, que Benoît XVI nous a indiquée en restaurant l’ancienne Messe et, plus récemment, en défendant avec éloquence la sagesse et la beauté du célibat sacerdotal avec son nouveau livre, Des profondeurs de nos cœurs. Réjouissez-vous que, même si nous avons de nombreuses questions et certainement encore un long chemin à parcourir, « l’histoire n’est pas entre les mains de forces obscures, du hasard ou simplement de choix humains… le Seigneur est l’arbitre suprême du développement de l’histoire« , comme nous le rappelle avec confiance Benoît XVI.

Reconnaître Benoît XVI pour qui et pour ce qu’il est vraiment ne signifie pas nier les dommages réels et continus causés par l’apostasie ambiguë de Bergoglio. Cela ne signifie certainement pas initier un schisme. Nous ne devons rien faire d’autre qu’imiter Benoît lui-même: nous engager à nouveau dans la prière d’intercession pour l’Église, confiants que la Parole immuable de Dieu s’avérera toujours vraie si nous sommes patients et croyants, nous abandonnant avec foi au plan encore inconnu de Dieu pour son Église, comme l’a fait Marie Immaculée au moment de l’Annonciation.

Le choix de Benoît fait il y a sept ans, incompris et diffamé par beaucoup, était en fait aussi prophétique, voire libérateur. Prophétique dans la mesure où il a rappelé aux dirigeants de l’Eglise que s’accrocher au pouvoir ne doit pas être le but ultime de la vie chrétienne. Libérateur comme il a libéré Benoît en faisant ce que la Parole de Dieu nous dit être l’aspect le plus important de la vie de foi: avoir confiance dans l’amour du Père.

Dans la nuit du jeudi saint, lorsque celui qui a trahi Jésus s’est approché pour l’arrêter, beaucoup de ses disciples étaient certains que c’était l’heure où Jésus allait se battre pour la vérité. « Voyez, Seigneur, voici deux épées ! » (Lc 22.38). Jésus a répondu: « Assez! » Il leur a dit d’arrêter de penser en termes humains à une réalité divine – il les a invités à apprendre le chemin de la confiance.

Du point de vue humain, Jésus s’est livré au pouvoir des hommes mauvais qui voulaient détruire le temple; mais, vu dans une perspective divine, ce qu’il faisait réellement était de s’abandonner entre les mains de l’Amour de son Père. De même, le 11 février 2013, Benoît XVI a invité les chrétiens à cesser de penser en termes humains à la crise sans précédent de l’Église. Son choix d’abandonner l’Église aux mains des « loups » n’a aucun sens si l’on considère l’autorité de l’Église comme une quête humaine de pouvoir. Mais ce que Benoît a fait et continue de faire, c’est de confier l’Église aux soins de l’Amour du Père. Plutôt que d’attaquer les portes du Mordor, Benoît a choisi la voie empruntée par Frodo Baggins [/Frodon Sacquet: personnage principal du Seigneur des Anneaux, ndt]: un humble sacrifice de soi qui a confiance en ce qui semble impossible – que seule la miséricordieuse Providence de Dieu peut nous conduire à la victoire.

Dans le roman classique de J.R.R Tolkien, les généraux du Gondor se moquaient du plan visant à envoyer un petit hobbit au cœur du bastion ennemi, mais à la fin, Frodon réussit là où tous les autres étaient destinés à échouer. Le génie de Tolkien révèle la beauté de l’évangile: nous ne gagnerons qu’en devenant des petits enfants.

C’est ce que Benoît XVI a fait il y a sept ans aujourd’hui: il a choisi de devenir comme un enfant, convaincu que c’était la seule façon efficace de nous guider à travers l’obscurité accablante vers un nouveau printemps pour l’Église, le Triomphe du Coeur Immaculé de Marie annoncé à Fatima.

Si tu dis toujours « Ridicule ! – je hoche la tête en signe d’accord avec toi: c’est vraiment ridicule ! C’est aussi ridicule que l’histoire d’un enfant qui sauve le monde, aussi ridicule que l’histoire de Jésus disant à Pierre qu’il pouvait lui aussi marcher sur l’eau, aussi ridicule que l’histoire que le Messie a dû souffrir pour se révéler comme le vrai Roi et Seigneur. Peut-être, cher ami, n’as-tu jamais remarqué à quel point l’Evangile est vraiment ridicule.

La véritable Église vit plus que jamais le ridicule de l’Évangile, sous la conduite de son fidèle Saint-Père, le pape Benoît XVI. Il est le grand défenseur de la Tradition de l’Eglise de nos jours et nous nous souvenons que le mot traditio signifie littéralement « remettre ». Il y a sept ans aujourd’hui, Benoît XVI s’est remis lui-même et toute l’Église entre les mains de l’Amour du Père, et nous pouvons à juste titre conclure que nous sommes toujours dans les mêmes mains aimantes. Une fois que nous aurons reconnu cela, nous pourrons vraiment nous réjouir!