Aldo Maria Valli se fait l’écho de ces fidèles (auxquels il a ouvert sa page Facebook) qui se révoltent contre des pasteurs plus empressés d’obéir au préfet qu’au Seigneur et qui, privés de messe au moment où le soutien divin serait le plus nécessaire, en sont réduits à se réunir clandestinement.


Le coronavirus, l’Église et les dystopies réalisées

Place Saint-Pierre vide pour l’audience hebdomadaire du Pape; messes sans fidèles et transmises à la télévision; évêques qui bénissent les hommes de science mais se gardent bien d’implorer le Dieu tout-puissant; un théologien catholique (cf. Il Sismografo) qui dit que le Carême n’est pas un temps de mortification et de pénitence.

Jusqu’à récemment, nous aurions défini un tableau de ce genre comme dystopique, applicable à un monde futur dans lequel l’Église n’existe que comme une façade mais est morte intérieurement et où ses représentants eux-mêmes ont adopté le langage et la logique du monde.

Aujourd’hui, nous voyons qu’il sagit, au contraire, tout simplement de la réalité. Et l’histoire du coronavirus, qui s’est développé précisément au début du Carême, a servi à le faire remonter à la surface de manière encore plus évidente.

« Les sacrifices et les pénitences centrent l’homme sur lui-même, sur sa propre perfection spirituelle, et rien ne peut être plus dangereux et mortel que cette attitude trompeuse, qui donne à la personne l’illusion de s’approcher de Dieu alors qu’en réalité elle ne sert qu’à l’éloigner des hommes ».

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Il Sismografo

Ainsi s’exprime le théologien pour qui le Carême n’est pas un temps de pénitence. Le mal est de s’éloigner des hommes. Il est cependant ironique de constater que cette Nouvelle Eglise humanitaire, face à un virus qui décide de n’en faire qu’à sa tête, commence par éloigner les fidèles.

Ces jours-ci, dans plusieurs villes du nord de l’Italie, les fidèles et les prêtres qui n’acceptent pas de se soumettre à l’imposition de ne pas célébrer de messes publiques se retrouvent pour des messes clandestines, et elles sont semble-t-il très fréquentées. Il s’agit là aussi d’une situation que nous aurions définie jusqu’à récemment comme dystopique: au contraire, elle est sous nos yeux. Ceux qui veulent rester catholiques et continuer à recevoir l’Eucharistie doivent le faire en secret.

Un lecteur qui est allé à une de ces messes clandestines m’a dit qu’il ne pouvait pas donner le nom de église: « Vous savez, le curé pourrait subir des représailles ». Vous entendez? Un homme de Dieu pourrait subir des représailles pour avoir fait son devoir, pour avoir répondu à l’appel du Seigneur et non à celui du préfet.

À Milan, la messe de l’archevêque pour le début du carême ambroisien sera retransmise en direct à la télévision, sans la présence des fidèles, et tout le monde se félicite de ce beau choix. Milan, la ville de Saint Charles [Borromée], le pasteur qui a lutté indomptablement contre la peste en se mettant totalement entre les mains de Dieu. Nous en sommes à la Messe virtuelle. La prochaine étape consistera à remplacer le célébrant par un hologramme.

Dans les Lettere di Berlicche [en français: « Tactique du diable« , CS Lewis], le diable expérimenté dit: « C’est drôle que les mortels nous représentent toujours comme des êtres qui leur mettent telle ou telle chose dans la tête: en réalité, notre meilleur travail consiste à garder les choses hors de leur tête ». En ces jours marqués par l’affaire des coronavirus, les pasteurs, à de rares exceptions près, rivalisent pour garder hors de notre tête l’idée que Dieu peut nous guérir et nous sauver. L’important est d’appliquer strictement les indications de la préfecture. L' »Église sortante » a enfermé les fidèles à l’extérieur. L’ « Église hôpital de campagne » a choisi, au moment opportun, la désinfection et non la sanctification [jeu de mots sanificazione/sanctificazione, ndt].

Amen.

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