Il va y avoir 7 ans que François occupe le Trône de Pierre. J’ai retrouvé dans mes archives un article écrit moins d’une semaine après son élection par l’une des plumes de pointe de La Bussola. Avec ce que nous savons désormais du pontificat, en particulier l’amitié entre François et Scalfari, il revêt une toute autre signification. Scalfari avait parfaitement décrit l’agenda de l’entourage proche de François. Comme je ne crois pas aux devins, surtout quand ils sont athées… je laisse à mes lecteurs le soin de trouver une autre explication.

J’avais intitulé mon article « L’anti-pape Scalfari ». mais aujourd’hui « Scalfari, le devin » s’impose.
Il n’est pas question, évidemment, de mettre en cause les projections de Tommaso Scandroglio, sa bonne foi parle pour lui, il n’était pas un opposant « a priori », et il énonce très correctement ce qui doit être (ce qui aurait dû être) le rôle du Pape. Simplement, les choses étaient déjà écrites.


Scalfari, l’antipape laïc qui donne des leçons à François

Tommaso Scandroglio
18/03/2013
La NBQ (ma traduction: benoit-et-moi.fr/2013-I


Espérons que l’article d’Eugenio Scalfari publié vendredi dernier sur la Repubblica n’a pas échappé au Pape François, parce qu’il y va de son ministère.
En effet, sur quatre colonnes, le fondateur de ce journal dessine l’agenda des engagements que le pape devra honorer dans les années à venir.
Et même, Scalfari fait plus. Comme il annonce fièrement qu’il avait deviné le nom que le futur pape allait choisi pour lui-même au moment de sa nomination comme Vicaire du Christ, il se sent désormais le droit de vaticiner – pardon: de vaticaner – avec complaisance sur comment le Pape interprétera son mandat. Et il énonce quatre prophéties.

  • D’abord, le nom choisi. «François» est la garantie que la priorité pastorale ira aux pauvres et que le pape, plus que le successeur de Pierre, sera le successeur du poverello d’Assise.
    Admettant que les choses aillent dans ce sens, il vient un doute: à quelle pauvreté se réfère Scalfari? La solution se trouve quelques pages avant, là où La Repubblica écrit que François «avait fait du paupérisme sa règle». Le paupérisme prêche que l’on ne peut arriver au Christ que par l’abandon de tout bien matériel. Les riches, justement parce qu’ils sont riches ne sont pas appréciés au Paradis. En fait, le paupérisme a toujours été condamné par l’Eglise et jamais enseigné ou vécu par saint François. Celui-ci suivit avec le vœu de pauvreté, le conseil évangélique de ne pas trop s’attacher avec le cœur aux choses matérielles, choisissant pour lui-même – et ne l’imposant pas à d’autres qui n’avaient pas suivi son chemin – de se dépouiller de tout.
  • Deuxième prophétie: étant donné que dans son discours de mercredi dernier, Papa Francesco s’est présenté aux fidèles comme Évêque de Rome et non comme Souverain Pontife, il va sans dire que la structure hiérarchique de l’Église est appelée à aller au grenier.
    Notre Scalfari prédit: «Ce serait un changement historique parce que l’ordre verticaliste de l’Eglise tendrait à se transformer en un ordre « horizontal »: il diminuerait le pouvoir du pape et de la curie, augmentant celui des conciles et des synodes, autrement dit des évêques».
    Ce nouveau Pape, poursuit Scalfari, serait un « primus inter pares » et non le Vicaire du Christ sur la terre, un Pape qui favoriserait la collégialité au détriment de son munus de monarque. Non plus Souverain Pontife, mais «prêtre de rue» comme l’a surnommé le fondateur barbu de la Repubblica.
    Dommage que dans le premier discours que le Pape Bergoglio a tenu à ses cardinaux, il les ait sévèrement corrigés, les avertissant de se conformer au Christ et non à Satan, comme seul un roi se sentirait autorisé à faire face à ses sujets.
  • Troisième prophétie. La pastoralité prendra le pouvoir, parce que ce qui est important, c’est de nourrir les affamés et de vêtir ceux qui sont nus, le reste n’est que théorie, vide dogmatique. Libéré par conséquent de toute contrainte préceptique, on verra se produire d’intéressantes «conséquences en rafales: le célibat des prêtres, le rôle des femmes dans l’Eglise», etc.
    Dans ce cas aussi, la prophétie, avant même d’être énoncée, a été rejetée par les premiers mots prononcés par le Pape au Collège des Cardinaux. Un discours non pas de caractère pastoral, mais bien dogmatique, référence à la vérité cardinale du catholicisme: tout fonder sur le Christ, la lumière qui s’oppose à l’obscurité de Satan. Et puis, comme ne pas se rappeler les mots de l’Angélus d’hier sur la vérité de foi que Dieu est amour miséricordieux?
  • Enfin, le devin Scalfari, scrutant sa boule de papier de La Repubblica, vaticine pour la quatrième fois: «Pour le « prêtre de rue »[…] il ne peut y avoir aucun principe non négociable, sinon ceux de l’amour du prochain et de la charité».

Une fois de plus, il est pénible de rappeler à la Pythie de la Repubblica que – comme l’enseignent Thomas d’Aquin dans son oeuvre “In duo praecepta caritatis”, et depuis toujours, l’Église elle-même, du double commandement d’aimer Dieu et son prochain, naissent, du point de vue de la morale, les Dix Commandements, qui sont la matrice à partir de laquelle, à leur tour germent les principes non négociables. Si tu aimes ton prochain, tu ne le tues pas dans le ventre de sa mère avant qu’il ne vienne à la lumière. Si tu aimes ton prochain, tu ne le débranches pas sur son lit de mort. Si tu aimes ton prochain, tu l’avertis que faire toit commun avec une personne du même sexe fera tomber la maison sur la tête de tous les deux.

L’opération de divination menée par Scalfari et ses compagnons de cordée dans les pages précédant son article, reflète l’utilisation de critères de jugement impropres pour lire une réalité comme celle de l’Eglise qui, oui, est dans le monde (aspect temporel), mais n’est pas du monde (aspect spirituel).
Le progressisme marxiste de Scalfari ne peut que le pousser à encenser la pauvreté matérielle. Son « démocratisme » et son jacobinisme à la Rousseau ne peuvent que lui suggérer comme seule forme de gouvernement respectable la collégialité. Son « historicisme » à la Hegel ou à la Benedetto Croce, ne peut que lui restituer une vision perspective du monde applatie sur l’horizontale, émasculant tout souffle transcendant, et donc le vrai Pape sera celui qui creusera des puits en Afrique et distribuer des préservatifs en Amérique latine .

Enfin, il est curieux que ceux qui – comme Scalfari – se vantent de ne pas avoir la foi, parlent ensuite de réalités – l’Eglise et le Pape – créées pour garder la foi et confirmer dans la foi. Mais comment voulez-vous parler avec compétence d’une chose que l’on ne connaît dans aucuns de ses aspects de base? C’est comme si l’athée – c’est-à-celui qui ne croit pas en l’existence de Dieu – voulait nous expliquer à quoi Dieu ressemble. N’est-ce pas contradictoire?

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