Sans remettre en cause l’extrême gravité (probable) de la situation, et bien entendu sans céder au complotisme, il n’est pas interdit de s’interroger sur les suites de cet « état d’urgence » et la facilité avec laquelle les populations, au motif de la panique, se sont laissé imposer des mesures de confinement dignes d’une dictature. N’est-ce vraiment qu’un mal nécessaire, et provisoire, ou y aura-t-il des suites? (*) Les questions de Riccardo Cascioli.

(*) Le bon score des (khmers) verts au premier tour des municipales dans plusieurs grandes villes, notamment à Strasbourg, ne laissent rien présager de bon…

Le problème est que nous nous habituons à vivre dans un état d’urgence, une situation dans laquelle deviennent acceptables des mesures et des dispositions auxquelles un homme libre ne donnerait jamais son consentement. Nous l’avons peut-être oublié, mais dès que l’urgence coronavirus se relâchera, l’urgence climatique dans laquelle nous vivons depuis des années et en vertu de laquelle nous acceptons la destruction de nos sociétés industrialisées reviendra.

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Riccardo Cascioli, La NBQ

L’état d’urgence ne s’arrêtera pas avec le coronavirus

Riccardo Cascioli
La NBQ
17 mars 2020
Ma traduction

La descente de police dans l’église de Cerveteri [ndt: commune de la campagne romaine où le curé a dû interrompre la messe sur injonction des carabinieri – une messe qu’il célébrait sans public, mais diffusée en streaming sur Facebook] et l’absence totale de réactions de l’Église et des institutions est un signe alarmant de ce qui est maintenant la culture de « l’état d’urgence ». Au nom de la lutte contre le coronavirus, de véritables abus de pouvoir sont tolérés. Sans vouloir minimiser la gravité de la pandémie en cours, il faut cependant reconnaître que nous nous habituons à vivre dans l’état d’urgence: dès que l’épidémie actuelle aura pris fin, nous reviendrons à l’urgence climatique, déjà déclarée par notre Parlement et le Parlement européen. Une autre peur, sur laquelle on gouvernera en poussant les pays occidentaux vers une nouvelle forme de totalitarisme.

Il y a quelque chose de troublant dans l’affaire de Cerveteri, qui va bien au-delà de la chronique locale et qui est une dramatique sonnette d’alarme sur ce qui se passe en Italie et au-delà. On connaît les faits: en raison des ordonnances sur le coronavirus, deux policiers ont interrompu dimanche une messe dans une église vide, parce que quelques fidèles la suivaient de l’extérieur de l’église (dont les portes étaient ouvertes), de surcroît peu nombreux et à une distance sûre. Le fait lui-même, comme nous l’avons dit hier, est d’une gravité sans précédent, une violation flagrante de la loi et de la Constitution, d’autant plus que personne ne violait aucune disposition sur le confinement du coronavirus.

Mais il y a pire encore: l’indifférence totale – de l’Église locale avant tout – face à cette invasion de terrain par l’État italien, comme s’il s’agissait d’un geste normal ou justifié par l’urgence. Sur les réseaux sociaux, les accusations et les insultes ne pouvaient donc pas manquer à l’égard du pauvre don Mimmo, que l’on voudrait même voir en prison pour avoir célébré la messe: ce n’est évidemment pas un hasard si l’arrêt des « messes avec le peuple », est passé dans la mentalité commune, pour une interdiction pure et simple de la messe. En outre, le cas de Cerveteri n’est même pas un cas isolé, il y a quelques jours, nous avons déjà évoqué des formes de pression indue des autorités civiles contre des curés, mais nous n’en étions pas encore là.

Le fait est qu’aujourd’hui, au nom de la lutte contre le coronavirus, de véritables abus de pouvoir sont tolérés, voire invoqués. Et si, face à la descente de police qui entre dans l’église et bloque une messe, aucune protestation d’aucune sorte n’est soulevée, en premier lieu par l’évêque compétent, on prépare la route à sa normalisation. Et demain, tout autre motif, que les autorités pourraient définir comme grave, justifiera des raids ou des interdictions similaires de la messe et des réunions de catholiques. Comme c’est le cas dans toute dictature.

Une fois de plus, la panique généralisée, l’état de peur (pour reprendre le titre d’un livre éclairant de Michael Crichton [State of fear – en français « Etat d’urgence »]) est l’ingrédient de base pour l’affirmation d’un autoritarisme ou, pire, d’un système totalitaire.


Nous ne voulons pas minimiser ici la gravité de la situation sanitaire liée à la propagation du coronavirus, même si – comme nous avons déjà eu l’occasion de l’écrire – il y aurait des raisonnements, chiffres en main, sur la mesure dans laquelle le problème est la létalité du virus et sur l’insuffisance du système de santé.

Nous ne voulons même pas remettre en question certaines mesures restrictives qui sont résumées dans le slogan « restez chez vous ». Si nécessaire, il faut aussi être prêt à faire quelques sacrifices pour le bien de tous. Mais en même temps, tout ne peut pas être justifié au nom de l’urgence, surtout lorsque certaines restrictions et modifications ne semblent pas être temporaires.

En revanche, levez la main si vous croyez vraiment que tout peut revenir à la normale le 4 avril. Je pense qu’aujourd’hui, personne ne parierait même sur une sortie de crise à la fin du mois d’avril.

Et entre-temps, on s’habitue, par exemple, à un Président du Conseil qui prend des mesures avec l’instrument du Décret du Président du Conseil des ministres (DPCM) [équivalent français des « Ordonnances »], celui qui sert à établir la fermeture des lieux publics et des entreprises. C’est un instrument de rang normatif inférieur, un coup de force d’un point de vue constitutionnel, et pourtant il devient un instrument normal de gouvernement.

De cette façon, pas à pas, la circulation des personnes a été bloquée, même de municipalité à municipalité, les écoles et les universités ont été bloquées, les concours, tous les lieux publics ont été fermés et toutes les manifestations, les magasins et les activités diverses ont été suspendus, sans parler de la question de la suspension des messes avec le peuple. Il faut dire que certains gouverneurs aimeraient voir des mesures plus restrictives, pour arrêter tout travail, dans un concours à qui veut en interdire le plus.

Le tout, il convient de l’ajouter, avec une bonne approbation de la part des citoyens, désormais littéralement paniqués, au point que beaucoup se sont transformés en délateurs des voisins qui sortent de chez eux ou parlent à d’autres gens. Tout cela s’accompagne d’une exaltation croissante dans les médias et parmi les leaders d’opinion du « modèle chinois », qui a même été loué par l’Organisation mondiale de la santé, c’est-à-dire l’utilisation aveugle de la force et de toutes les armes typiques d’une dictature impitoyable (y compris les mensonges) pour isoler les villes et les régions [*].

C’est un autre élément qui nous fait interpréter la période d’urgence actuelle non pas comme une parenthèse temporelle destinée à être surmontée comme un virus vaincu, mais comme un passage dans un processus qui voit se renforcer la tendance à dépasser la démocratie et à restreindre les libertés individuelles. Un élément fondamental est également le rôle de la science, qui devient l’ultime inspirateur et juge des choix. Les scientifiques ont en fait des idées différentes, mais très vite, on ferme la bouche à ceux qui ne s’alignent pas sur le récit officiel.

C’est un film déjà vu, le problème est que nous nous habituons à vivre dans un état d’urgence, une situation dans laquelle deviennent acceptables des mesures et des dispositions auxquelles un homme libre ne donnerait jamais son consentement. Nous l’avons peut-être oublié, mais dès que l’urgence coronavirus se relâchera, l’urgence climatique dans laquelle nous vivons depuis des années et en vertu de laquelle nous acceptons la destruction de nos sociétés industrialisées reviendra.

Rappelons que juste avant l’épidémie de coronavirus, en décembre 2019, la Chambre des députés a approuvé la déclaration d’une urgence climatique; le Parlement européen l’avait déjà fait quelques semaines auparavant, et en Italie, six régions et une centaine de municipalités l’ont également fait. Ici aussi, la science dit toujours ce qu’il faut faire, et les scientifiques non alignés réduits au silence [ndt: pour autant que je sache, en France, malgré de fortes pressions, nous y avons pour le moment échappé!]. Et un énorme flux de fonds est détourné des services essentiels pour financer une business verte en faillite, évidemment aux dépens des contribuables qui, en état d’urgence, sont maintenant prêts à tout subir.

Ce n’est même pas un phénomène récent. Déjà en 1991, le Club de Rome – qui a tant influencé la politique depuis les années 1970 en répandant la crainte de la surpopulation et de l’épuisement des ressources – a publié un rapport sur la « première révolution mondiale », qui déclare :

« La démocratie n’est pas une panacée. (…) Aussi sacrilège que cela puisse paraître, la démocratie n’est plus adaptée aux objectifs qui nous sont présentés. La complexité et la nature technique de nombreux problèmes actuels ne permettent pas toujours aux représentants élus de prendre les bonnes décisions au bon moment ».


L’épisode Cerveteri et bien d’autres choses qui se passent en ce moment nous font comprendre qu’il existe déjà la base culturelle d’un tournant anti-libéral dans nos sociétés.

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