L’une des stratégies les plus efficaces mises en place par les pouvoirs forts lors de toute situation d’urgence consiste à culpabiliser les gens, pour obtenir d’eux l’intériorisation du récit dominant sur ce qui se passe, dans le but d’éviter toute rébellion contre l’ordre établi. Je reprends cet article trouvé sur « Chiesa e post concilio« , issu du site altermondialiste italien italia.attac.org – a priori d’une autre chapelle, mais il faut reconnaître qu’on peut, au moins en partie, être d’accord.

Tout au plus pourrait-on ajouter (mais évidemment le site d’Attac ne pourrait pas l’admettre) que ce modèle s’applique comme un gant au martèlement sur le réchauffement climatique.

« Dagli all’untore« . I Promessi sposi . Voir note

Virus: la culpabilisation des citoyens se déchaîne

Marco Bersani
20 mars 2020
Attac-Italie
Ma traduction

L’une des stratégies les plus efficaces mises en place par les pouvoirs forts lors de toute situation d’urgence consiste à culpabiliser les gens, pour obtenir d’eux l’intériorisation du récit dominant sur ce qui se passe, dans le but d’éviter toute rébellion contre l’ordre établi.

C’est une stratégie largement mise en œuvre au cours de la dernière décennie avec le choc de la dette publique, présentée aux gens comme la conséquence de vies insensées, vécues au-delà de leurs moyens, sans aucune responsabilité envers les générations futures.

L’objectif était d’éviter que la frustration face à la détérioration des conditions de vie de larges pans de la population ne se transforme en colère contre un modèle qui avait fait passer les intérêts des lobbies financiers et des banques avant les droits des personnes.

C’est une stratégie qui se déroule actuellement dans la phase la plus critique de l’épidémie du virus Covid19.

L’épidémie a mis le roi à nu et a démontré toutes les tromperies de la doctrine libérale.

Un système de santé comme celui de l’Italie, jusqu’à il y a dix ans parmi les meilleurs du monde, a sombré sur l’autel du pacte de stabilité : des coupes de 37 milliards au total et une réduction drastique du personnel (-46 500 parmi les médecins et les infirmières), avec le résultat brillant d’avoir perdu plus de 70 000 lits, ce qui, en ce qui concerne les soins intensifs d’une dramatique actualité, signifie être passé de 922 lits pour 100 000 habitants en 1980 à 275 en 2015.

Tout cela au sein d’un système de santé qui a été progressivement privatisé et, qui, même lorsqu’il est public, est soumis à une torsion corporatiste avec l’obsession d’équilibrer le budget.

Il est presque paradigmatique que le roi soit vu nu depuis la Lombardie, considérée comme l’excellence sanitaire italienne et maintenant mise à mal par une épidémie qui, dans le drame de ces dernières semaines, a démontré la fragilité intrinsèque d’un modèle économique et social entièrement basé sur la priorité des profits des entreprises et la primauté de l’initiative privée.

Ce modèle peut-il être remis en question, avec le risque que, en cascade, tout le château de cartes de la doctrine libérale s’effondre ? Du point de vue des grandes puissances, c’est inacceptable.

Et c’est là qu’on arrive à la phase de culpabilisation des citoyens.

Ce n’est pas le système de santé, dé-financé et privatisé, qui ne fonctionne pas ; ce ne sont pas les décrets fous qui, d’une part, maintiennent les usines ouvertes (et même incitent avec une prime à la présence au travail), et d’autre part réduisent les transports, faisant de l’un et l’autre des lieux de propagation du virus ; ce sont les citoyens irresponsables qui se comportent mal, en allant se promener ou courir dans le parc, qui sapent l’efficacité d’un système en soi.

Cette chasse à l’untore (*), moderne, mais très ancienne, est particulièrement puissante, parce qu’elle est liée à la nécessité individuelle de donner un nom et un prénom à l’angoisse de devoir se battre avec un ennemi invisible : c’est pourquoi désigner un coupable (« les irresponsables »), construire autour de lui une campagne médiatique qui ne répond à aucune réalité évidente, permet de détourner une colère destinée à grandir avec l’extension des mesures de restriction, en évitant qu’elle ne se transforme en révolte politique contre un modèle qui nous a contraints à la concurrence jusqu’à l’épuisement sans garantir la protection de chacun d’entre nous.

Continuons à nous comporter de manière responsable et faisons-le avec la détermination de ceux qui ont une société meilleure dans leur esprit et dans leur cœur.

Mais commençons à écrire sur tous les balcons: « Nous ne reviendrons pas à la normalité, parce que c’est la normalité qui était le problème« .


NDT

* Dans le roman de Manzoni «I Promessi Sposi» (Les fiancés), l’«untore» était un individu soupçonné de contaminer les autres avec la peste (en l’occurrence celle de Milan en 1630). Ceux qui en étaient accusés voyaient se déclencher contre eux une persécution par certains aspects semblable à la chasse aux sorcières. Quand on croisait une personne au comportement inhabituel, on criait « dagli all’untore« .

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