On n’en parle pas, les médias sont obsédés uniquement par les retombées économiques et le décompte macabre des victimes. Et pourtant la pandémie en cours aura de toutes façons un coût humain énorme, beaucoup de gens risquant littéralement de devenir fous et d’en arriver même à des gestes extrêmes. Ce n’est pas du virus, qu’ils mourront… mais de peur. Et la responsabilité des médias et des gouvernants sera très grande.


On se souvient que dans un entretien avec « Marianne« , le Professeur Raoult disait récemment (cf. Entretien avec un expert):

Aujourd’hui la plupart de nos patients viennent pour des symptômes respiratoires dus à la vingtaine d’autres virus qui circulent, ou parce qu’ils ont rencontré quelqu’un qui avait le coronavirus. Ils sont affolés et veulent savoir s’ils n’ont pas un truc qui va les tuer. La peur est très contagieuse. En Chine, on rapporte des suicides de gens angoissés. Il ne faut pas jouer avec la peur.

La Bussola consacre aujourd’hui à ce gravissime problème pas moins de deux articles.
Dans le premier, Paolo Gulisano, que nous avons déjà rencontré ici, rapporte plusieurs cas de suicides de personnel médical, depuis le début de la crise.
Et son commentaire vaut autant pour nous Français que pour les Italiens:

Suicides par coronavirus:
voilà où mène le fait de semer la panique

Paolo Gulisano
La Nbq
25 mars 2020
Ma traduction

(…)
Tous ces épisodes exigent une réflexion. Tout d’abord, sur les conditions de stress dramatiques dans lesquelles travaillent les professionnels de santé. Deuxièmement, et c’est très important, on a créé un climat de peur, de panique et d’insécurité qui met sérieusement en danger la santé mentale de nombreuses personnes.

Nous avons déjà évoqué ces derniers jours les très graves erreurs de communication commises par le gouvernement. La population du pays n’a pas été préparée à faire face à l’épidémie, n’a pas été suffisamment formée et informée. Ainsi, lorsqu’il était trop tard, ils ont préféré semer la terreur. Les images de patients intubés et emmenés en soins intensifs, les images de cercueils empilés et de camions militaires servaient et servent un but précis: effrayer le plus possible les gens pour les forcer à obéir aux ordres du gouvernement. Mais cette peur a des conséquences terribles : elle conduit en premier lieu à la dépression, un état psychologique qui – comme l’ont montré de nombreuses études – a un effet néfaste sur le système immunitaire et les défenses de l’organisme contre les infections.

Une étude de l’université de Trondheim, en Norvège, a montré le lien entre la dépression et diverses autres maladies, l’inflammation étant le dénominateur commun. Les auteurs ont notamment montré que des maladies graves, comme les infections chroniques, les troubles auto-immunes, de nombreux types de cancer, la maladie d’Alzheimer et la sclérose en plaques, sont souvent associées à la dépression. Tous les éléments importants de la réponse immunitaire sont amplifiés à la fois dans la dépression et dans ses comorbidités. L’incidence de la dépression est trois fois plus élevée dans les maladies coronariennes par rapport à la population générale, et 20 à 50% des décès par infarctus du myocarde surviennent chez les patients déprimés. Dans la dépression, on a reconnu la présence d’activité dans les réponses immunitaires, confirmée par les biomarqueurs de l’inflammation.

Par conséquent, si nous voulons lutter plus efficacement contre le Covid-19, nous devons absolument défendre les défenses psychologiques et immunitaires des personnes. Une excellente forme de prévention serait de mettre fin à la pression médiatique qui provoque la panique et l’incertitude, en la remplaçant par une communication positive, invitant à affronter la possible maladie avec sérénité et courage.
Il est évident que ce qui se se révèle, c’est une image d’humanité fragile, faible, facilement en proie à la dépression, mais pour cette raison même, il est nécessaire de donner un message différent, qui ne peut pas être celui de flash mobs, de vidéos patriotiques, en s’appuyant sur un vague humanitarisme (tout ira bien) ou une fierté nationaliste. Il faut dire que dans la grande majorité des cas, on guérit du coronavirus. Il faut donner un sens à la douleur, à la souffrance, au deuil, il faut donner les raisons pour lesquelles nous ne devons pas avoir peur.


Sur ce même sujet, dans le second article, Riccardo Cascioli s’entretient avec un psy. Catholique, ce qui donne forcément une lumière singulière à sa perspective.

« Mourir de peur, un désastre annoncé »

Riccardo Cascioli
25 mars 2020
La NBQ
Ma traduction

Qu’il s’agisse d’une erreur grave ou d’une stratégie délibérée, cette panique générée autour du coronavirus sera un désastre pour la santé physique et psychologique des personnes et facilitera également un éventuel tournant totalitaire. Le psychologue et psychothérapeute Roberto Marchesini commente en ces termes les nouvelles alarmantes de ces derniers jours et la stratégie du « tout dans la maison ».

Dr Marchesini, les journaux commencent déjà à parler des suicides de personnes, y compris de personnel médical, terrorisées par le coronavirus. Et le confinement prolongé à la maison a certainement aussi des conséquences psychologiques importantes. Étant donné que cela devrait prendre beaucoup de temps, quels pourraient être les effets humains et les coûts de ce choix ?

Malheureusement, nous ne pouvons pas les prévoir. Si nous le voulions, nous pourrions même penser que nous participons à une expérience sociale pour étudier les effets des conditions que nous connaissons. Comment les Italiens vont-ils réagir dans ces conditions ? Certains collègues émettent l’hypothèse de séparations et de divorces, d’autres celle d’une augmentation du taux de suicide (non pas à cause de la peur du coronavirus, mais à cause de la réclusion forcée). Personne n’attend rien de bon, surtout pour les plus fragiles psychologiquement. Le fait est que personne ne sait combien de temps cela va durer ; ces jours-ci, nous parlions même de la fin du mois de juillet… Même le fait de ne pas avoir de point d’arrivée n’aide pas. C’est une situation similaire à celle du Désert des Tartares, de Buzzati. Les gens attendent un ennemi invisible sans savoir s’il va venir, quand il va venir… une situation angoissante.

Il y a des malades qui sont terrifiés même s’ils n’ont pas de symptômes graves. Ne pensez-vous pas que cet état d’esprit est préjudiciable à la possibilité et au moment de la guérison ?

Non, je ne crois pas. J’en suis certain. Le stress, la peur et la tension stimulent la production de cortisol (appelé l’hormone du stress). Malheureusement, des niveaux élevés de cortisol inhibent le système immunitaire, qui est actuellement la seule défense dont nous disposons contre le coronavirus. Mais ce n’est que l’un des mécanismes par lesquels le stress affecte négativement le système immunitaire. Si l’on ajoute ensuite que les différents DPM (Décrets du Premier Ministre) qui se succèdent et se chevauchent continuellement interdisent la vie sociale, l’activité physique en plein air et l’exposition au soleil… la catastrophe est presque assurée. Quelqu’un a dit ironiquement – mais jusqu’à un certain point – que nous devenons immuno-déprimés par décret.

Depuis le début de l’affaire coronavirus, des tons très alarmistes ont été choisis dans la communication, tant du point de vue sanitaire que politique. Sans vouloir minimiser l’ampleur de l’épidémie, comment devrait-on communiquer dans ces cas-là ?

Eh bien, cela dépend. La stratégie de communication a été confuse et a contribué à l’anxiété. Cela devient plus évident si on compare à la gestion de l’urgence dans d’autres pays comme la Pologne: des informations claires, complètes et rassurantes. La stratégie italienne pourrait être le fruit d’une erreur; dans ce cas, il s’agirait d’une erreur très grave. Pour certains, le ton alarmiste n’était peut-être qu’une façon de rechercher la notoriété. Mais il y a aussi une troisième possibilité: que cette stratégie de communication ait été choisie et voulue. Du reste, le porte-parole et chef du bureau de presse du président du Conseil me semble loin d’être un idiot. Rappelons-nous qu’il se dit « spin-doctor » : il pourrait l’être vraiment. Il faut rappeler qu’une des pierres angulaires de la psychologie est qu’une personne qui a subi un choc émotionnel accepte tout: l’emprisonnement forcé, la loi martiale… la suspension de la démocratie… l’interdiction de faire le jardin! Et qui sait quelles autres surprises nous attendent dans les jours à venir. Pas plus tard qu’hier soir, le président du Conseil a déclaré qu’il mettrait à jour [?] (ou enverrait un ministre pour mettre à jour) le Parlement tous les quinze jours. Il est légitime de se demander qui est le responsable en Italie aujourd’hui. La question est la suivante : sans la situation actuelle, une telle déclaration aurait-elle été possible ?

On insiste sur le nombre de décès, mais on néglige aussi bien les guéris que ceux qui, bien que malades, n’ont pas eu de problèmes graves. Ne pensez-vous pas que le fait d’en dire plus sur ces cas est une aide pour tout le monde, en particulier pour les autres personnes malades ?

Certainement, et pas seulement. Nous assistons également à des gestes héroïques, comme le sacrifice de don Giuseppe Berardelli, le curé de Bergame qui est mort ces derniers jours et qui avait dit vouloir céder sa place aux plus jeunes en cas de besoin de soins intensifs. Des gestes d’une toute autre épaisseur que les flash mobs improvisées sur les balcons. Pourtant, ils ne trouvent aucune place dans les médias. Même les entretiens avec des personnes guéries: ils peuvent avoir une profondeur considérable, amener à la réflexion. Mais tout ce que nous entendons de ces personnes, c’est « Restez chez vous ». Vous avez risqué votre vie, vous avez survécu au coronavirus, et tout ce que vous trouvez à me dire, c’est « Restez chez vous » ? Soit nous sommes le peuple le plus superficiel au monde, soit – et nous revenons au discours précédent – c’est un choix délibéré.

Même l’Église semble plus « en retraite » qu’ « en sortie ». La perception qu’ont de nombreux fidèles est qu’ils ont été abandonnés. Ne pensez-vous pas que le manque de réconfort moral et spirituel peut lui aussi aggraver les conséquences psychiques sur la population?

Pour moi, c’est un point très douloureux. Nous sommes confrontés à une situation de science-fiction, à un virus mortel et nous sommes même en carême. Et nos pasteurs ont disparu. Au lieu de profiter de la situation pour manifester leur présence (comme le font, par exemple, les Témoins de Jéhovah, qui apparaissent et sont présents à des moments difficiles de la vie des gens), ils se taisent. Et c’est aussi le Carême, un moment fort. Il y a, il est vrai, des exceptions. … c’est une exception. Il semble que même les prêtres et les évêques sont convaincus que la « science » nous sauvera, et qu’ils se sont écartés et ont laissé la parole aux virologues, aux infectiologues, aux biologistes… mais nous avons besoin d’un réconfort spirituel. Nous pourrions mourir, et nous pourrions mourir seuls et sans sacrements. Nous craignons pour notre santé terrestre, nous avons besoin de réconfort et d’espoir. Espérons qu’ils reviendront vers nous.

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