ou comment un « être » minuscule a réussi en quatre mois à tout remettre en question dans nos vies et nos sociétés. Formidable analyse, sur le site de l’Association Tradition Famille Propriété (honnie par les bien-pensants, et dont on avait déjà apprécié la réactivité lors du bien oublié synode pachamamesque): fragilité du monde moderne, relèvement (!!) miraculeux de la Chine, l’abandon des pasteur.


Les grandes leçons d’un petit être

Julio Loredo

Julio Loredo
atfp.it, via « Corrispondenza Romana »
Ma traduction

Quand, plus tard, les historiens étudieront l’énorme crise déclenchée par le coronavirus, ils se poseront de nombreuses questions pour lesquelles, peut-être, ils auront déjà quelques réponses. En pleine crise, alors que l’Italie est toujours en quarantaine, nous devons nous contenter des questions, qui ne sont pas peu nombreuses ou insignifiantes. Le coronavirus, en effet, a fait apparaître une longue série de contradictions et de lacunes dans notre monde, qui étaient déjà sous-jacentes, enterrées sous l’optimisme ambiant. Profitant du temps supplémentaire dont nous disposons, c’est peut-être le moment pour nous de les soulever, en essayant d’en tirer quelques leçons.

LA FRAGILITÉ DU MONDE MODERNE.

Ce qui surprend vraiment, c’est qu’un être si petit, et même microscopique, ait pu mettre à genoux un monde qui se vantait d’être solide, puissant et durable. Économies qui se détraquent, bourses qui s’effondrent, magasins fermés, vols annulés, routes désertes, événements reportés, sports arrêtés, frontières fermées… On pensait que cela pouvait se produire à la suite d’une guerre mondiale, ou d’une catastrophe naturelle extraordinaire. Mais ce n’était pas le cas. Il a suffi d’un être de quelques microns pour perturber toute notre vie, brisant même le mythe de la solidité de notre monde.

C’est une grande première leçon pour nous, si nous voulons écouter les signes des temps.

Lorsqu’à Fatima, la Vierge a parlé d’une série de fléaux pour l’humanité pécheresse, suivie d’une conversion générale et d’une restauration en conséquence de la civilisation chrétienne, beaucoup n’ont pas écouté ses paroles, non pas tant à cause d’une objection doctrinale que de la conviction – plus empirique qu’intellectuelle – que ce monde durerait éternellement et que, par conséquent, ils pourraient continuer à en jouir sans être dérangés. La crise provoquée par le coronavirus nous apprend, au contraire, que les choses peuvent changer, et même rapidement. Nous ne pouvons rien tenir pour acquis. Cet état de fait n’est pas éternel. Tout peut disparaître, seul Dieu reste.

DE CRIMINELLE À HÉROÏNE: LA PARABOLE CHINOISE.

Dans les années à venir, les historiens auront du mal à expliquer comment la Chine a réussi à mener une campagne de propagande qui la fera passer de criminelle à héroïne en quelques semaines [cf. Coronavirus: la vraie-fausse victoire de la Chine]. L’épidémie a commencé précisément en Chine et s’est propagée grâce à l’incurie et à l’arrogance du gouvernement communiste de Pékin. Le premier avertissement a été une épidémie de bronchite détectée le 17 novembre 2019. Toutes les personnes hospitalisées avaient quelque chose en commun: elles fréquentaient le marché aux animaux vivants de Wuhan. Le 15 décembre, le Dr Li Wenliang a été le premier à tirer la sonnette d’alarme et a été arrêté par le gouvernement en tant que « faussaire ». C’était tellement évident que le 7 janvier 2020, le Wall Street Journal a même publié un rapport détaillé sur le sujet. Le gouvernement de Pékin a réagi en expulsant les journalistes américains. Ce n’est que le 20 janvier, l’épidémie étant désormais hors de contrôle, que le président Xi Jinping a fait une déclaration publique. Et ce n’est que le 23 qu’il a déclaré l’état d’urgence.

Si la Chine avait réagi à temps, cette crise n’aurait très probablement pas eu lieu. Le vrai coupable est là.

Mais deux questions se posent : pourquoi la Chine a-t-elle agi de la sorte? Et pourquoi ne veut-on pas les pointer du doigt ?

La réponse à la première question est, bien sûr, la mentalité totalitaire propre au communisme, qui réagit en gardant secret tout ce qui peut affecter l’image du régime. Tout comme cela s’est produit en 1986 avec la catastrophe de Tchernobyl, et en 2000 avec la catastrophe du sous-marin Koursk. Mais cela n’explique pas tout.

Il est également évident qu’on n’a pas voulu freiner l’économie chinoise, dont dépend la moitié du monde. On a préféré laisser la locomotive chinoise en marche, même au risque de provoquer une pandémie. Aux défauts de la mentalité communiste, il faut donc ajouter ceux d’une certaine mentalité capitaliste. Et voilà la réponse à la deuxième question : les Chinois ne doivent pas être touchés parce que sont eux qui tiennent le couteau par le manche (/qui ont les cartes en main).

Une des grandes énigmes de notre époque – un vrai mystère d’iniquité – est de savoir comment l’Occident, qui s’enorgueillit de son caractère démocratique et libéral, s’est si servilement soumis à un gouvernement dictatorial dominé par un parti communiste. Pour gagner de l’argent, l’Occident a consciemment et volontairement mis sa tête dans la guillotine. Peut-on être surpris maintenant que le bourreau tire le levier ?

Maîtres dans des opérations obscures, les Chinois ont également profité de la crise pour acquérir une position encore plus dominante sur le marché. En effet, la crise a fait chuter les actions de nombreuses entreprises occidentales opérant en Chine. La Banque centrale de Pékin, qui achète ces jours-ci des centaines de milliards d’actions, a profité de la crise et est devenue un partenaire de référence pour de nombreuses entreprises occidentales. Tout cela sous le regard, entre indifférence et complicité, des gourous de la finance occidentale.

Et ce n’est pas tout. Dans un coup de théâtre digne de la pire des comédies, la Chine se présente désormais comme le sauveur du monde. Tout le monde fait maintenant l’éloge du « modèle chinois ». La Chine se permet même le luxe de donner à l’Italie le matériel sanitaire nécessaire pour faire face à la crise virologique… qui a commencé chez elle! De criminelle à héroïne en quelques semaines, une parabole vraiment étonnante.

La crise du coronavirus ne serait-elle pas une opportunité historique de revoir toute notre attitude envers Pékin? Il est encore temps. Réagissons avant qu’il ne soit trop tard!

QUAND LE BERGER ABANDONNE LE TROUPEAU.


Mais la question la plus déchirante concerne l’attitude d’une grande partie de la hiérarchie ecclésiastique, qui s’est pliée aux exigences du gouvernement.
Dans un article du Corriere della Sera , Andrea Riccardi [fondateur de Sant’Egidio, ndt] raconte. « Une négociation étroite s’est engagée entre la CEI et le Palazzo Chigi [résidence du premier Ministre], qui ne semblait pas disponible à des raisons d’un autre ordre que celles de ses techniciens. Après un bras de fer, la Conférence épiscopale italienne a cédé ».
Riccardi semble suggérer que la CEI a cédé à contrecœur. La rapidité et l’étonnant élan avec lequel nos évêques ont appliqué les dispositions sanitaires émises par le gouvernement, les anticipant parfois, puis les appliquant de manière exagérée et même unilatérale, suggèrent d’autres raisons.

En deux mille ans d’histoire, l’Église en Italie a dû faire face à de nombreuses situations épidémiques: de la peste à Rome en 590 à celles de Milan en 1578 et en 1630. Invariablement, l’Épouse du Christ a réagi avec un esprit surnaturel, restant proche des fidèles, les encourageant dans la prière et la pénitence, multipliant les occasions de recevoir les sacrements. De grands saints tels que saint Charles Borromée, qui rentra à Milan depuis Lodi alors que les autorités civiles s’enfuyaient; et saint Louis de Gonzague, qui choisit de rester avec les malades au Collège romain, payant de sa vie ce geste héroïque. La note prédominante de l’Église pendant les épisodes de peste était justement celle de renforcer le soin des âmes.

C’est la première fois dans l’histoire – à quelques exceptions notables près – que la hiérarchie abandonne les fidèles, les privant de soutien spirituel: d’abord, en leur imposant la Communion sur la main et en retirant les bénitiers; ensuite, en supprimant tout court [en français dans le texte] les messes et toute cérémonie religieuse, y compris les funérailles. Si, toutefois, la norme sanitaire est de garder une distance d’un mètre et de ne pas se toucher, pourquoi ne pas célébrer les messes avec les fidèles dispersés dans les allées de l’église ? Ne pourrait-on pas multiplier les messes pour permettre aux fidèles de se répartir tout au long de la journée? Les messes ne pourraient-elles pas être célébrées sur la place publique, les fidèles étant tranquillement placés en plein air avec les distances de sécurité nécessaires? Rien de tout cela ne semble avoir été pris en considération. Au contraire. Ils ont choisi de priver les fidèles des sacrements juste au moment où ils en avaient le plus besoin.

C’est un point abordé par Riccardi lui-même dans l’article cité plus haut : « Il est juste d’éviter les enterrements surpeuplés. Mais on ne comprend pas pourquoi interdire prières et cultes, s’ils sont célébrés en toute sécurité. Peut-être tous les décideurs ne pénètrent-ils pas dans le sens particulier de la messe pour les croyants, dont les anciens martyrs disaient: Sine Dominicum non possumus« . Cette fois, c’est l’Église qui a cédé sur toute la ligne, comme le souligne Fabio Adernò dans un article sur le blog du vaticaniste Marco Tosatti: « Les limitations du culte que les hauts et les bas de l’histoire ont imposées aux chrétiens dans certaines circonstances ont toujours été subies par l’Église sous forme de persécution et de martyre, et jamais choisies dans un esprit relativiste ou de capitulation« . Avec de pauvres mots, ce que faisaient les ennemis de l’Eglise auparavant, maintenant, c’est la Hiérarchie elle-même qui le fait.

On ne peut certainement pas exiger de César qu’il comprenne les raisons de Dieu. On peut et on doit cependant exiger des évêques qu’ils affirment les raisons supérieures de Dieu, au lieu de s’incliner si servilement devant César.

Une clameur populaire, sourde mais profonde, a sans doute été à l’origine du spectaculaire rétro-pédalage de certains diocèses italiens qui, sur la recommandation précise du pape François – lequel avait auparavant dit des choses bien différentes – ont édicté de nouvelles normes laissant l’ouverture des églises à la décision du curé de la paroisse. Mais seulement les églises paroissiales. Et aucune mention n’est faite des messes ou des sacrements. Il semble que la Hiérarchie ait écouté, au moins en partie, la clameur du peuple. La question demeure cependant: est-ce l’Église qui doit enseigner la Voie, la Vérité et la Vie, ou est-ce les fidèles qui peuvent l’enraîner là où ils veulent ? Riccardo Cascioli a raison dans la « Nouvelle boussole quotidienne », en parlant de « la hiérarchie ecclésiastique en état de confusion ».

Soulevons un dernier point. Si l’on laisse de côté le jugement sur la question de savoir si cette pandémie peut être interprétée ou non comme une punition divine, il n’en reste pas moins que ce serait une excellente occasion de prêcher, d’autant plus que nous sommes en période de carême, alors que nous devrions nous concentrer sur les terribles souffrances de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il semble évident que l’épidémie a ébranlé de nombreuses consciences, généralement « aplaties » par le désir de jouir de la vie, les ouvrant à des considérations transcendantes, et offrant des possibilités d’intervention purificatrice de la grâce divine. Mais là aussi, le silence de la hiérarchie a quelque chose de tragique. Sans juger des intentions, il est difficile de ne pas voir ici un manque d’esprit surnaturel qui est vraiment troublant. Ils se taisent là où ils devraient le plus parler.

Voici quelques questions – pour la plupart encore sans réponse – soulevées par la situation créée par la propagation de cette étrange créature, qui ne dépasse pas 50 millièmes de millimètre, et qui pourtant bouleverse nos vies jusqu’aux fondements mêmes.

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