Ce que le jargon éditorial nomme « instant book » vient de paraître en Italie sous le titre « Coronavirus, l’ennemi invisible« , sous-titre « La menace globale, le paradigme de la peur et la militarisation du pays ». Réaction à chaud, donc, avec ses inévitables limites, mais aussi son irremplaçable dimension de témoignage (l’histoire jugera).
L’auteur pense que l’information est plus libre et moins orientée « à l’étranger ». A l’évidence, elle n’inclut pas la France dans ce vocable.


Vie privée, liberté et guerre bactériologique: où est la vérité ?

Luca Marcolivio
2 avril 2020
La NBQ
Ma Traduction

La spéculation financière, les hypothèses de guerre bactériologique, mais surtout les restrictions à la liberté d’information et à la vie privée. L’instant book « Coronavirus. Il nemico invisibile », est l’un des tout premiers essais italiens qui fait de la contre-information en utilisant les sources mainstream. La Nuova Bussola Quotidiana en a parlé avec l’un des auteurs.

La spéculation financière, l’hypothèse d’une guerre bactériologique mais surtout les restrictions à la liberté d’information et à la vie privée. En pleine pandémie de Covid-19, se poser des questions sur de tels risques n’est ni du conspirationisme ni du catastrophisme. L‘instant book « Coronavirus. Il nemico invisibile », est l’un des tout premiers essais italiens qui, en faisant une véritable contre-information, se concentre sur les aspects les plus épineux de l’urgence actuelle. La Nuova Bussola Quotidiana en a parlé avec l’un des auteurs.

Enrica Perucchietti, le livre que vous avez écrit avec Luca D’Auria est l’un des premiers à avoir été publié en Italie sur la pandémie du Covid 19. Quelles sources avez-vous exploitées et quelles méthodes d’enquête avez-vous utilisées ?

Nous nous sommes principalement appuyés sur des sources étrangères, en particulier des sources mainstream, pour montrera aussi à quel point les informations étaient plus détaillées, moins fumeuses et ambiguës à l’étranger qu’en Italie. Dans notre pays, certaines informations passent au compte-gouttes, quand elles ne sont pas complètement censurées, pour n’imposer à l’opinion publique que la version préemballée. À l’étranger, au contraire, même des nouvelles qui auraient pu paraître gênantes ont été diffusées et un débat a eu lieu sur tous les points, y compris sur les implications des risques de dérives autoritaires fondées sur la surveillance technologique.

Quelles sont les nouvelles gênantes auxquelles vous faites référence?

Même sans vouloir critiquer le décret du Premier ministre ou minimiser l’urgence, il est clair qu’il existe des risques réels d’instrumentalisation de la peur et de prise de mesures temporaires par le biais de la surveillance technologique, avec le déploiement de drones ou la géolocalisation pour surveiller les citoyens: autant de mesures qui pourraient subsister même après la fin de l’urgence. Il y a donc un risque que la situation actuelle soit utilisée pour resserrer encore plus le maillage du contrôle social: c’est exactement ce qu’a écrit Yuval Noah Harari dans le Financial Times [ndt: « Le monde après le coronavirus », on trouvera un résumé en français sur ce site belge] il y a quelques jours. Harari a également mentionné un phénomène au centre du débat ces jours-ci: ceux qui critiquent la possibilité de recours à des dispositifs technologiques pour le suivi sont presque accusés de vouloir sacrifier la santé et la vie collective de millions de personnes au nom de la vie privée. En réalité, comme l’écrit Harari – et je suis tout à fait d’accord avec lui – nous sommes confrontés à une fausse alternative: il ne s’agit pas de choisir entre vie privée et santé, puisqu’il est légitime de jouir des deux. N’oublions pas ce qui s’est passé après le 11 septembre, avec l’introduction du Patriot Act : il est naïf de croire qu’une fois l’urgence passée, les mesures prises en état d’exception seront immédiatement supprimées. Même l’histoire la plus récente nous montre que le pouvoir utilise les moments de crise pour resserrer le maillage du contrôle et de la surveillance des citoyens.

Il a également été question de la possibilité de bloquer les réseaux sociaux ou même l’ensemble du réseau…

Pour l’instant, je ne sais pas dans quelle mesure c’est vrai. D’un côté, ces rumeurs augmentent la peur et la psychose. Mais d’un autre côté, un climat orwellien est en train de se créer, avec des mesures de censure de plus en plus restrictives. Il me semble que la politique et les médias exacerbent en quelque sorte un climat de fanatisme, ainsi que la peur, qui pousse de nombreux citoyens à jouer le rôle de psycho-flics et de dénonciateurs. On dirait presque qu’il y a un désir d’encourager une sorte de divide et impera (diviser pour mieux régner), une attitude qui fait que les citoyens ne se limitent pas au respect sacro-saint des règles, mais sont poussés vers une obéissance aveugle à l’autorité, avec une chasse à l’untore [celui accusé de propager la peste, ndt] – précédemment le jogger ou l’asymptomatique -, devient maintenant toute personne que l’on voit simplement marcher dans la rue. Résultat: même ceux qui vont ou reviennent du travail, parce qu’ils sont vendeurs ou pharmaciens, sont visés par des insultes ou des ballons à eau.

Que pensez-vous de la récente mesure de l’AGCOM (Autorità per le Garanzie nelle Communicazioni, en gros notre CSA) sur les fake news scientifiques ?

Ici aussi, je vois une dérive orwellienne. Étant admis que les fake news sont toujours et dans tous les cas déplorables, il me semble que nous assistons à une chasse aux sorcières et à une sorte de « ministère de la vérité » qui tente de supprimer l’information indépendante, en punissant ceux qui osent être en désaccord ou critiquer les mesures restrictives, par exemple en recourant à la surveillance technologique. Ce sont des phénomènes qui m’inquiètent, car j’ai toujours pensé qu’on peut commencer par des boucs émissaires, des personnages qui peuvent aussi être controversés, mais ensuite la barre finit par être abaissée et de plus en plus de citoyens sont frappés, censurant toute pensée qui ne s’aligne pas avec une pensée unique qui, aujourd’hui, devient de plus en plus autoritaire.

Y a-t-il un risque réel de spéculation financière contre l’Italie ou d’autres pays particulièrement touchés par la pandémie ?

C’est un thème dont je traite amplement dans le livre. Le schéma de la spéculation contre les pays en difficulté se répète constamment: il fait partie de l’histoire du « capitalisme catastrophe » et de la Shock Economy dont Naomi Klein parlait il y a des années [cf. La Stratégie du choc]. Dans le livre, je m’arrête également sur le cas de Christine Lagarde et de sa désormais célèbre conférence de presse (1), au cours de laquelle la présidente de la BCE, par ses déclarations a coulé les obligations d’État italiennes et a fait s’envoler le spread. Je ne pense absolument pas qu’il s’agissait d’une gaffe, il est naïf de croire qu’un personnage comme Lagarde, qui fut directrice de la FMI, ait pu se laisser aller à des paroles aussi graves, sinon dans une perspective spécifique. Il est clair qu’en temps de crise, une série de groupes et d’organisations laissent tomber le masque, comme cela s’est effectivement produit avec l’Union européenne, qui s’est montrée tout sauf solidaire et bienveillante envers l’Italie.
Il ne manque pas d’autres cas inquiétants qui nous autorisent à parler d’attaques spéculatives: pensez au hedge found Bridgewater, qui, déjà en décembre dernier, avait décidé de miser sur l’effondrement des marchés boursiers en mars 2020, et qui avait versé 1,5 milliard de dollars pour souscrire des contrats d’assurance (2). Donc, la possibilité que des gens puissent profiter d’une urgence comme celle que nous connaissons actuellement est absolument concrète et c’est une chose sur laquelle nous devrions concentrer notre attention.

Enfin, sur le plan géopolitique, quel est le rapport entre le Covid-19 et la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine?

Surtout après le tweet au vitriol du ministre chinois des affaires étrangères contre les États-Unis, on a beaucoup parlé de bioterrorisme et d’une hypothétique guerre bactériologique qui, comme par hasard, aurait frappé la Chine et deux de ses importants partenaires commerciaux le long de la Route de la soie : l’Iran et l’Italie. La réalité, cependant, est qu’à l’heure actuelle, la pandémie est partout et les États-Unis sont le troisième pays le plus touché. On pourrait donc dire que, pour étayer cette thèse, il y a des indices, mais il y a un manque total de preuves. La guerre bactériologique reste alors au niveau de l’hypothèse. Il est probable qu’on puisse utiliser cette hypothèse à des fins géopolitiques pour attaquer ou salir les États-Unis ou n’importe qui d’autre. Mais, pour l’instant, cela me semble être seulement des spéculations.


NDT

(1) La BCE et Christine Lagarde sous le feu des critiques. Une réponse ambitieuse, mais rendue inaudible par une communication maladroite : loin d’apaiser la panique financière face au coronavirus, la Banque centrale européenne a déclenché jeudi un feu de critiques, qui visent directement sa nouvelle présidente. Pour son premier grand test à la tête de la BCE, Christine Lagarde a déjoué les attentes : d’abord en dégainant un arsenal technique, destiné à maintenir banques et entreprises à flot pour éviter une vague de défaillances, plutôt qu’en décrétant une baisse de taux dont l’intérêt aurait surtout été symbolique.
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Ensuite par un ton ferme, voire abrupt, renvoyant aux États l’essentiel de la réponse sanitaire et économique à cette crise, quand son prédécesseur Mario Draghi avait habitué les marchés à beaucoup attendre des banques centrales. Enfin, interrogée sur la défiance entourant la dette italienne, qui hypothèque le financement du pays au moment où il est submergé par l’épidémie, elle a répondu que la BCE n’avait pas pour « mission de réduire les spreads », soit l’écart entre le taux italien et le taux allemand de référence. « Je me bornerai à qualifier ses propos d’accidents, car je suis un ministre de la République, sinon j’aurais utilisé un autre mot », a sèchement répliqué jeudi soir Stefano Patuanelli, ministre italien du Développement économique, sur la chaîne Rete4.

(…)

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https://www.lepoint.fr/economie/coronavirus-la-bourde-de-christine-lagarde-13-03-2020-2367045_28.php

(2) (BFM Bourse) – Le plus gros hedge fund au monde, contrôlé par le milliardaire américain Ray Dalio- a parié 1,5 milliard de dollars que les marchés actions -le S&P 500, l’Euro Stoxx 50 ou les deux- chutent d’ici le mois de mars.
Bridgewater Associates mise sur la chute des marchés actions d’ici le printemps. Et ne le fait pas à moitié puisqu’il a alloué quelque 1,5 milliard de dollars à l’achat d’options, une opération qui serait gagnante si le S&P 500 et/ou l’Euro Stoxx 50 venaient à reculer d’ici le mois de mars, rapporte le Wall Street Journal.

(…)

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https://www.tradingsat.com/actualites/informations-societes/bridgewater-a-mise-plus-d-un-milliard-de-dollars-sur-la-chute-des-marches-889261.html
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