Il répond longuement aux questions d’Aldo Maria Valli, en particulier liées aux récents actes du Pape; le changement dans l’annuaire pontifical; l’ostentation d’humilité et la vraie mise en scène constatée lors de la bénédiction urbi et orbi sur la Place Saint Pierre déserte; la réticence envers le culte de la Sainte Vierge et celui rendu à la Pachama; comment aborder en chrétiens la pandémie actuelle.


Monseigneur Viganò, comme nous le savons, dans l’édition 2020 de l’Annuaire pontifical, il y a un changement qui frappe et inquiète. Dans les premières pages, où le pape régnant est présenté, le nom du pontife, Jorge Mario Bergoglio, apparaît, suivi d’une brève biographie et ensuite, sous la définition de « titres historiques », on trouve la liste des termes qui connotent l’identité spirituelle, religieuse et juridique du pontife romain: Vicaire de Jésus-Christ, Successeur du Prince des Apôtres, Souverain Pontife de l’Église universelle, Primat d’Italie, Archevêque et Métropolite de la Province romaine, Souverain de l’État de la Cité du Vatican et Serviteur des Serviteurs de Dieu. Si l’on compare cette présentation avec celle de l’Annuaire pontifical 2019, on remarque immédiatement un changement qui n’est pas seulement de nature graphique. Jusqu’à l’année dernière, en effet, en premier lieu, en gros caractères, il y avait le titre de Vicaire de Jésus-Christ, puis, en plus petits caractères, il y avait les autres titres, puis à nouveau le nom du pape régnant, suivi de la biographie succincte.
Beaucoup d’entre nous ont vu dans la décision de François la confirmation d’une tendance constante dans ce pontificat: mettre à la première place l’homme Bergoglio, avec ses propres idées, et non le pape comme Servus servorum Dei. Tout cela semble évident, pourtant de nombreux catholiques face à ces innovations soulignent la prétendue « humilité » du pape, qui se priverait ainsi de prérogatives divines qui ne lui appartiennent pas.
Ne pensez-vous pas que cette « humilité » de François, louée par beaucoup, mérite une étude plus approfondie ? Nombre de ses gestes et décisions (parmi les plus connus et les plus évidents, celui de vivre à Santa Marta et de ne jamais porter la mozzttz rouge avec le rochet) ont été salués comme des preuves d’humilité. Mais que sont-ils vraiment ?

Vous avez parlé à juste titre de « mettre l’homme de Bergoglio à la première place, avec ses propres idées » : je pense que c’est l’un des éléments qui mériteraient une analyse approfondie de la part de nombre de mes frères. La dissociation entre la persona Papae et la personne physique de Bergoglio est la caractéristique de ce Pontificat ; dans le passé aussi, il y a eu une tentative de ce genre, dans le cas de Jean-Paul II, mais elle a été largement le fait des médias, qui ont essayé de montrer un « Pape à visage humain », sportif…
La spectacularisation de la papauté à laquelle nous assistons aujourd’hui, par contre, est d’une autre nature: elle part de Bergoglio lui-même, qui refuse ostensiblement de se comporter comme le pape, de porter ses vêtements, d’en avoir le langage prudent et sage, d’adopter ses titres. Dans une société de plus en plus sensible au pouvoir de l’image, la façon de se montrer est très importante, car elle véhicule un message précis.
En ce qui concerne l’humilité présumée que de nombreux catholiques voient dans ces gestes, je pense qu’il convient tout d’abord de faire un peu de clarté.
L’humilité est la vertu qui nous permet de nous connaître et de nous estimer selon la juste valeur, et qui est contraire à toute forme d’ostentation et de vanité. Le fondement de l’humilité est la vérité, qui nous amène à nous connaître tels que nous sommes vraiment; et la justice, qui nous incite à nous traiter en fonction de cette connaissance. L’humilité extérieure doit évidemment être la manifestation d’une habitude intérieure, sinon ce n’est que de l’hypocrisie. Et elle ne doit pas être ostentatoire, sinon elle donne du scandale aux simples. Permettez-moi de vous donner quelques exemples. Quand le patriarche de Venise Giuseppe Sarto – le futur Saint Pie X – voyageait en train, il montait en première classe comme il convenait à un prince de l’Eglise, mais il voyageait en troisième. Personne ne le savait, il n’y avait pas de photographes pour l’immortaliser. Pie XII, dont tout le monde se souvient pour sa figure hiératique, avait une chambre très pauvre, et dormait souvent par terre, par pénitence; mais il n’aurait jamais songé à se rendre en visite au Quirinal dans une petite voiture, et il ne se serait pas jeté aux pieds d’un quelconque représentant d’une puissance terrestre, car il était bien conscient du caractère sacré de sa fonction et du fait que le Pontife romain est, par mandat divin, supérieur à toute autorité humaine. Nous l’avons vu, le 14 juillet 1943, se précipiter dans le quartier ouvrier de San Lorenzo immédiatement après le bombardement allié de Rome, pour réconforter le peuple, mais toujours avec la gravité et le sang-froid du Vicaire du Christ. Dirions-nous que saint Pie X et Pie XII n’étaient pas humbles? Vooilà: c’est l’humilité d’un pape, qui n’a pas besoin d’être exhibé, ni d’être immortalisé par les journalistes, ni loué par les courtisans. Parce que sa référence est Dieu et qu’il ne cherche pas un écho médiatique.
Ceux qui font l’éloge de François pensent évidemment que l’humilité s’oppose non pas à l’orgueil, mais au décorum et à la dignité de la fonction occupée. Ce qui serait humble, c’est le geste de François dérobant sa main à ceux qui voudraient embrasser son anneau, ou utilisant une voiture utilitaire au lieu de la limousine de fonction, ou la photo prise par hasard tandis que le pape va acheter ses chaussures à Borgo Pio. De leur jugement se dégage une complaisance mal dissimulée, comme si l’on voulait reprocher aux autres d’être orguielleux, du simple fait de suivre le protocole ou d’être conscients de la dignité de leur rôle dans l’Église. Derrière tout cela, comme on peut le voir, il n’y a pas d’humilité, mais la poursuite d’un but narcissique et politique: il ne s’agit pas de donner un exemple édifiant, mais de plaire au monde.
Il me semble que le moment est venu de nous interroger sérieusement sur l’impasse canonique dans laquelle nous nous sommes laissés conduire par cette dissociation entre le munus et ceux qui le couvrent: on ne peut pas exiger l’obéissance au Pape si, en même temps, celui qui est assis sur le trône se comporte comme s’il ne l’était pas; parce que, ce faisant, on opère une authentique mystification, on joue avec l’obéissance et avec le sens hiérarchique des fidèles, mais en même temps on se considère comme des liberi battitori déliés de tous les devoirs et de toutes les limites que la Papauté impose.
Le pape ne peut pas ignorer la reconnaissance de son propre munus : il doit exprimer l’humilité précisément en sachant se comporter sans excentricité ni extravagance. Et cette façon d’afficher l’humilité est contagieuse : un évêque qui entre dans la cathédrale à vélo ou qui se dit père et non Excellence n’est pas humble, mais ridicule et égocentrique, parce qu’avec la stupéfaction, il attire l’attention sur lui.
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Saint Benoît nous enseigne que fuire la singularité est l’un des principaux actes extérieurs par lesquels l’humilité: ne rien faire d’extraordinaire, se limiter à ce qui est exigé par son état, par les exemples de ses prédécesseurs et par les coutumes légitimes. Je crois que ce qui est considéré comme de l’humilité à Santa Marta n’est qu’une maladroite ostentation de singularité. Au contraire, proposer l’extravagance comme modèle entraîne aussi un mépris implicite de la fonction sacrée, et donc au manque d’humilité s’ajoute le péché contre la vertu de justice et de religion.
Ce n’est pas un hasard si ceux qui sont si enthousiastes à propos de la Ford Focus de Bergoglio utilisent ses excentricités comme un moyen de démythifier la papauté, c’est-à-dire de l’humilier, de l’abaisser à ce qui, par essence, ne peut et ne doit pas être. Ceux qui qui se délectent de l’abolition du titre de Vicaire du Christ ne semoquent bien de l’humilité du Pape ; tout ce qui compte, c’est la poursuite d’un dessein politique ciblé visant à démolir l’Église et ses institutions les plus vénérables, en s’alignant sur la pensée dominante.

Dans l’homélie de la messe célébrée à Santa Marta le vendredi 3 avril, François a réaffirmé que Marie n’est qu’une femme, mère et disciple, « l’une de nous », sans aucun titre de royauté. Il l’avait déjà fait le 12 décembre de l’année dernière, lorsqu’il avait ajouté que Marie est « métisse » et qu’il n’est pas nécessaire de lui reconnaître un rôle dans l’œuvre de la Rédemption. La question se pose maintenant: pourquoi tant d’obstination de la part de François sur ce point? Il est clair qu’il est contre la promulgation de tout dogme qui reconnaîtrait Marie comme Corédemptrice. Mais au-delà de cette conviction, il existe une tendance – certains ont parlé à juste titre de « minimalisme marial » – qui blesse la conscience de nombreux catholiques, nourrie par des siècles de Tradition. D’autant plus qu’une autre figure féminine, la soi-disant pachamama, s’est vu confier un culte qui suscite la consternation au Vatican. Une hypothèse est que François adopte des positions aussi « minimalistes » pour favoriser les retrouvailles avec les protestants; mais, malgré cela, cela semble être une stratégie insensée de la part du pape: nier le rôle corédempteur de la mère de Jésus, et nier sa royauté, pour arriver à quoi? Une amélioration des relations avec les confessions religieuses qui sont en état comateux? Cela semble vraiment hors de toute logique.

Dans votre question, il y a deux éléments qui méritent l’attention. La première est l’attitude envers la Sainte Vierge; la seconde est donnée par les convictions doctrinales qu’elle véhicule.
Les fidèles – et le clergé lui-même – sont scandalisés par la façon dont Bergoglio parle de la Vierge, par la facilité avec laquelle il se permet de rabaisser et d’humilier Sa très sainte personne, sans jamais utiliser les titres qui lui sont dus et en prenant soin de ne pas répéter l’enseignement constant de l’Église. En entrant dans le détail de ses exhortations, nous avons la perception de l’intolérance de François à honorer la Reine du Ciel, et c’est un signe révélateur qui devrait sérieusement nous inquiéter. Si cette irrévérence découle du désir de plaire aux hérétiques, il s’agit d’une circonstance aggravante, et non d’une excuse; en effet, je dirais que si l’œcuménisme implique de déshonorer la Vierge et de taire les vérités catholiques pour plaire à ceux qui sont dans l’erreur, nous avons une preuve supplémentaire que l’œcuménisme ne plaît pas à Dieu.
Il y a un autre aspect que je voudrais souligner: la négation de dogmes et de vérités théologiques, même ceux qui ne sont pas définis solennellement, implique une conséquence extrêmement destructrice, car la Vérité – qui est Dieu lui-même – ne peut avoir de parties sacrifiables. Si l’on touche à un dogme apparemment marginal par rapport aux dogmes trinitaires ou christologiques, on touche à tout l’édifice doctrinal. Et permettez-moi de vous rappeler qu’en plus des horreurs du métissage marial, nous avons également entendu des idées fausses sur la divinité même du Christ, subrepticement insinuées par les interviews données à un journal notoirement anti-catholique.
Quant à la maudite pachamama, il est évident qu’une substitution progressive de la Mère de Dieu par la Mère Terre est en cours, par respect pour la religion mondialiste et écologique. Qu’ils fassent très attention lorsqu’ils se moquent de la Vierge: les offenses que Notre Seigneur pardonne lorsqu’elles lui sont adressées, il ne leur pardonne pas si elles ont pour objet Sa Très Sainte Mère.

La célébration du 27 mars, quand François a parlé devant une place Saint-Pierre déserte, a été saluée par beaucoup comme un grand moment de prière, avec lequel le Pape a pu interpréter les sentiments du peuple catholique. D’autres – et vous êtes parmi eux – ont vu au contraire une autre preuve du rôle prépondérant de Bergoglio: une représentation à usage médiatique et aussi une profanation, étant donné que le Saint-Sacrement a été exposé dans une basilique, celle de Saint-Pierre, qui n’a jamais été reconsacrée après le sacrilège qui s’est produit à cause du culte rendu à la pachamama. Je ne vous cache pas qu’un jugement comme le vôtre m’a paru très sévère. Personnellement, je serais enclin à saisir le bien qu’il y a dans chaque situation. Tout ne m’a pas convaincu lors de cette célébration. J’ai regretté que François devant le Saint-Sacrement ne se soit pas agenouillé, ne serait-ce qu’un instant, et je me suis immédiatement demandé comment ils avaient pu penser à exposer aux intempéries l’antique Crucifix de San Marcello, qui est ensuite resté endommagé. Cependant, j’ai suivi la prière à la télévision et j’ai adoré le Saint Sacrement avec le Pape. Ai-je mal agi? Suis-je tombé dans un piège?

Voir la pachamama et ses symboles entrer dans la basilique vaticane, portés sur les épaules d’évêques et de prélats, est un geste tellement inédit et honteux qu’en d’autres temps il aurait probablement suscité la fureur du peuple et la colère du clergé. Un tel sacrilège, d’un point de vue canonique, doit être réparé par un rite de nouvelle dédicace de Saint Pierre qui n’a pas encore été accompli. Jusqu’à ce moment, toutes les fonctions liturgiques qui y sont célébrées ajoutent sacrilège sur sacrilège. D’autre part, reconsacrer la Basilique signifierait reconnaître la gravité de l’acte idolâtre et désavouer ceux qui l’ont autorisé. Je me souviens qu’après que les idoles aient été jetées dans le Tibre, Bergoglio s’est excusé auprès de ceux qui s’étaient sentis offensés par cette action, alors qu’il ne tenait pas compte de la grave offense causée à la Majesté de Dieu, aux ministres sacrés et au sentiment des fidèles.
Quant à s’asseoir devant le Saint-Sacrement, c’est une habitude constante de François dans toutes les célébrations auxquelles il assiste, à commencer par le Corpus Christi, qu’il déserte lui-même avec ostentation et intolérance. Il n’est pas surprenant que cette insistance sur l’humilité du pape récurrent dans le récit des courtisans se dissolve précisément à la seule occasion où le pape et Bergoglio pouvaient vraiment s’humilier, c’est-à-dire en s’agenouillant devant le Saint-Sacrement.
La première façon d’exprimer l’humilité, en effet, est envers Dieu, et la façon la plus simple et la plus compréhensible est celle que nous enseignent les Saintes Écritures et l’exemple de l’Église: s’agenouiller. D’autre part, si ce geste n’avait aucun sens, on ne comprend pas pourquoi François n’a aucun problème à le faire en présence de chefs d’État ou de détenus.
Enfin, pour répondre à votre question, je crois que vous et tous les catholiques vous êtes agenouillés pour vénérer Emmanuel, le Dieu qui est avec nous, et non pour seconder la lugubre misère qui accompagnait ce rituel. Les paroles d’Adoro Te, composées par saint Thomas, résument les sentiments de chacun d’entre nous: Tibi se cor meum totum subjic, quia, te contemplans, totum deficit. Tout mon cœur se soumet à Toi, car en Te contemplant, tout le reste échoue.

En cette Pâque marquée par la pandémie, nous vivons les rituels depuis nos maisons, en utilisant les médias. La créativité est venue à la rescousse et les fidèles, malgré tout, sont capables de suivre les messes, de prier, de maintenir le contact. Je ne veux pas revenir sur la suspension des messes avec le concours public. Je voudrais plutôt vous demander: à votre avis, que nous dit le Seigneur avec cette situation totalement nouvelle ?

Le Seigneur nous envoie un message très clair : Sine me nihil potestis facere (Jn 15, 5). Si nous ne nous convainquons pas que nos péchés – comme je l’ai expliqué récemment – sont des coups de marteau avec lesquels nous crucifions une fois de plus Notre Seigneur, crachons sur Son adorable visage, nous ne pouvons pas nous repentir, demander pardon et réparer ces péchés. Nous devons le comprendre, les nations doivent le comprendre, la Hiérarchie doit le comprendre.
Et nous devons également comprendre que la privation des sacrements et de la messe dans le monde entier est une punition supplémentaire pour notre infidélité, pour les sacrilèges qui sont pratiqués quotidiennement dans nos églises par l’indifférence de tant de ministres de Dieu, pour la profanation résultant de la communion sur la main, pour le manque de soin dans les célébrations. La voix sereine et pure de la liturgie a été remplacée par la clameur vulgaire et profane: comment pouvons-nous espérer que notre prière sera agréable au Ciel ?

Nombreux sont les fidèles qui, à la lumière également de certaines révélations publiques et privées, pensent que la pandémie actuelle n’est que le début d’une série d’épreuves qui évoquent les fléaux de l’Égypte. Beaucoup d’autres, en revanche, pensent qu’il est absurde de penser ainsi, car Dieu ne peut pas punir. Vous nous avez récemment invités à nous pencher sur la question du péché originel, qui ne peut être oubliée. Comment vivre cette épreuve dans la conscience de la nécessité de la conversion mais, en même temps, sans se laisser écraser par l’angoisse ?

En tant que chrétiens, nous savons que les croix et les épreuves que le Seigneur nous envoie ne sont jamais plus grandes que nos propres forces, surtout si nous le laissons nous aider, avec sa grâce, à les porter. Par conséquent, nous devons tout d’abord reconnaître l’épreuve comme une punition sévère d’un Père qui est offensé à juste titre, mais qui veut nous inciter à la conversion; ensuite, nous devons adorer la volonté de Dieu et sa divine Miséricorde, qui nous donne une précieuse occasion de Lui donner la preuve de notre repentir et qui nous permet non seulement d’expier nos propres fautes, mais aussi celles de ceux qui ne savent pas ce qu’ils font.
Ce sont des jours difficiles, non seulement à cause de la pandémie, mais aussi à cause de ce sentiment d’incertitude et de la crainte d’une catastrophe imminente. Ne nous laissons pas séduire par ceux qui tentent de nous priver de la paix intérieure: nous sommes le temple de l’Esprit Saint, et si nous sommes dans la grâce de Dieu dans notre âme habite la Très Sainte Trinité. Essayons de rendre cette demeure moins indigne, par une prière plus sincère et confiante. Nous avons un Avocat invincible: la Très Sainte Vierge; nous lui demandons, à Elle, Consolatrice des affligés, d’intercéder pour nous auprès du Trône du Très-Haut, à Elle qui a participé à notre Rédemption en vertu de Son union très spéciale avec Son Divin Fils, et qui est notre Médiatrice auprès de Lui.

Lundi de la Semaine Sainte 2020

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