Ce serait l’un des effets inattendus du covid-19. Parolin, en accord avec les autorités politiques italiennes, y travaille activement. Mais ce serait un coup de poignard au cœur du cardinal Zen, et de tous ceux qui se battent pour la liberté de culte en Chine. Sans parler du rôle de la dictature communiste dans la propagation de l’épidémie. Bref, est-ce vraiment le moment? Article dans La Verità

Le Secrétaire d’Etat Parolin

Projet du Vatican et du Colle (*) pour réhabiliter Xi Jinping: un voyage du Pape à Wuhan

Parolin travaille à la première visite d’un pontife en Chine. Mattarella et Conte y seraient favorables. Le secrétaire général du Quirinal souvent repéré Oltretevere

Giorgio Gandola,
La Verità (transmis par Anna), mercredi 8 avril 2020
Ma traduction

Il y a une voiture bleue qui traverse souvent les portes du Vatican dans la Rome déserte, paralysée par le lockdown. Personne n’y prête attention car tout le monde sait qui est l’invité: le secrétaire général du Quirinal, Ugo Zampetti, l’homme qui chuchote à l’oreille du président Sergio Mattarella. Comme on ne peut rien cacher aux prêtres, tout le monde sait aussi chez qui il va: le secrétaire d’État Pietro Parolin. La relation entre les deux puissants est très étroite, de grande estime, trait d’union officieux entre le Premier ministre Giuseppe Conte et la haute hiérarchie du Vatican spirituellement proche du destin du gouvernement en cette phase politique.

Une harmonie cimentée également par un thème de politique étrangère, les relations avec la Chine. Avec un objectif historique: amener le pape François en visite à Pékin. La stratégie pro-chinoise de l’exécutif PD-5 étoiles est vue d’un bon œil Oltretevere [de l’autre côté du Tibre] et la bataille qui a accompagné l’arrivée des médecins et des masques (payants) de Wuhan est très appréciée.

L’opération de marketing et d’image de marque que l’Italie fait pour le régime de Xi Jinping semble être une bénédiction. Ce n’est pas par hasard que la visite de Mattarella à l’école chinoise de Rome à la première minute de l’épidémie – pour mémoire, aucune figure importante de l’État n’est encore allée à Bergame ou à Brescia – a été reprise par la télévision, les sites et les réseaux sociaux orientés, à la recherche de légitimité après la Contagion Planétaire. Peu importe que l’opinion publique italienne soit indignée par les mensonges de Pékin sur l’épidémie, la censure des médecins qui l’ont dénoncée et le retard mortel qui a empêché les pontes de la recherche mondiale (MIT à Boston et Institut Pasteur à Paris) de commencer à étudier des contre-attaques. Ce sont là des effets collatéraux, même pas des feuilles mortes, sur lesquels les diplomates passent.

La raison de la bienveillance du Vatican est le voyage apostolique jamais réalisé, le coup de théâtre qui permettrait au cardinal Parolin de passer à l’histoire comme l’homme qui l’a facilité et organisé. Le désir serait un voyage qui commence à Wuhan, à ce stade lieu symbolique de la renaissance, pour traverser le pays.

Même une pandémie peut entraîner un changement dans la géopolitique. A une époque où l’Eglise nord-américaine se montre traditionaliste et froide envers François; dans les années Donald Trump sur lesquelles le courant jésuite entourant le Pontife est très critique; voilà qu’on cherche un tournant. Voilà le rapprochement avec la Grande Muraille, rendue moins infranchissable par l’embarrassant apeasement italien.

Pour le Gotha du Parti communiste chinois, ce serait un point de chute dont on n’aurait jamais rêvé, la reconstruction d’une virginité d’image, la légitimation venant du cœur du catholicisme dans l’Europe meurtrie par le coronavirus (surtout l’Italie et l’Espagne). Le crime parfait, les untori (**) célébrées avec les victimes.

C’est pour cela qu’on travaille sur le projet ; même si les objectifs du Pape en 2020 seraient le Soudan, l’Irak, l’Ethiopie et la tentation de l’Indonésie. L’épidémie a bouleversé les plans du pape mais a aussi adouci la rigidité de Xi Jinping qui, à deux reprises (une rencontre manquée à l’ONU et le voyage en Italie en 2019 sans visite Oltretevere) avait informé le Vatican: « Il est encore trop tôt ».

Les diplomaties sont à l’œuvre et l’Italie joue le rôle de mouche du coche du colosse asiatique. Très favorables à la rencontre historique, il y a également le père Leonardo Sapienza numéro deux de la maison pontificale avec champ libre après la mise sur la touche (de facto) du père Georg Gänswein, le père Antonio Spadaro, chef de file des jésuites dans les bureaux du Vatican qui comptent. Lors du dernier Congrès de La Civiltà Cattolica, dont il est le directeur, les invités d’honneur étaient le Premier ministre Conte et le secrétaire d’État Parolin.

À ce stade, le moins enthousiaste de tous est le pape François lui-même, qui saisit les aspérités de l’initiative du point de vue de la diplomatie internationale, mais qui est légitimement attiré par son énorme signification historique.
Lorsqu’en 2014, Pékin donna l’autorisation de survol à l’avion papal au retour de Corée, c’est lui qui a dit: « Je voudrais aller en Chine ».

Pour le Pontife, il y aurait un problème non négligeable du point de vue religieux, étant donné que le régime techno-communiste de Pékin continue d’interdire le culte des chrétiens non inscrits à l’Église patriotique (une sorte de fichage par le parti) qui les considèrent comme clandestins. Nous parlons de 68 millions de chrétiens, 16 millions de catholiques qui ne peuvent pas aller à la messe sans la permission du pouvoir séculier. De plus, malgré le récent accord annoncé comme historique, demeure le point crucial des évêques chinois pour lesquels le placet du gouvernement est irrévocable.
Ce voyage serait un coup au cœur pour le cardinal Joseph Zen, qui a toujours été en première ligne à Hong Kong pour défendre la liberté de culte. Pour lui, rendre hommage au régime chinois « c’est presque comme espérer que saint Joseph puisse obtenir quelque chose d’un dialogue avec Hérode ». Mais cela, pour la diplomatie à l’époque du coronavirus, ce serait un détail.


Notes

(*) Colle Quirinale, une des sept collines de Rome. Le Palais du Quirinal est le siège de la Présidence de la République italienne

(**) Untori: Ceux accusés de propager la peste lors des grandes épidémies du XVIIe siècle (rappel!!)

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