La distinction est cruciale, alors que, pour prolonger l’état de sidération mentale collective auquel la peur, même légitime, a réduit les populations, l’info officielle continue de nous égrener, soir après soir le lugubre décompte des morts. Paolo Gulisano s’étonne qu’en Italie, une circulaire émanant du « gouvernement de crise » ait imposé la crémation des corps et prohibé les autopsies (quid de la France?)


Les morts ne mentent pas.

Il faut plus d’autopsies pour comprendre le Covid

Paolo Gulisano
La NBQ
18 mai 2020
Ma traduction

Seule l’autopsie permet de savoir qui meurt du coronavirus ou avec le coronavirus. Seules les autopsies nous permettent de comprendre le fonctionnement du Covid et de le traiter. Alors pourquoi le gouvernement continue-t-il à s’opposer aux autopsies ?

Adriano Trevisan, de Vo, province de Padoue, avait un triste record : être le premier Italien mort du Covid-19. Il est mort au début de l’épidémie, le 21 février dernier, à l’âge de 78 ans. Mais l’autopsie demandée par le ministère public de Padoue et réalisée ces derniers jours révélerait une autre vérité : Trevisan présentait de graves pathologies chroniques dégénératives et sa mort ne serait donc pas directement imputable au virus.

Une conclusion qui, en réalité, n’a rien de surprenant: dès le début, on a essayé d’expliquer que le Coronavirus faisait ce que font normalement chez les personnes sans défense, fragiles, atteintes de maladies graves, d’autres micro-organismes, comme les virus de la grippe ou les pneumonies bactériennes. Au début de l’épidémie, l’Institut supérieur de la santé avait tenté de souligner qu’il était nécessaire de distinguer les morts dus au Coronavirus et les morts avec le Coronavirus, une distinction fondamentale. Mais le Premier ministre Conte a immédiatement fait taire la direction de l’Institut: cette distinction ne devait pas être faite. Le nombre de morts devaient monter, pour augmenter la peur.

Aujourd’hui, grâce au résultat de cette autopsie, peut-être l’opinion publique comprendra-t-elle qu’elle a été trompée. L’autopsie est depuis toujours une solution à de nombreux dilemmes. Il y a une façon de dire chez les médecins légistes: les morts ne mentent pas. Les autopsies, si elles avaient été pratiquées dès le début de l’épidémie, auraient immédiatement mis en évidence la manière dont le virus agit et endommage l’organisme. Quand enfin un nombre suffisant d’autopsies ont été pratiquées, un fait flagrant a émergé: le premier effet du covide 19 est la coagulation intravasculaire disséminée (CID). C’est-à-dire la formation de « caillots » dans le sang et la thrombose. Ce n’est qu’après que survient une double pneumonie interstitielle.

Nous avons donc compris que les traitements effectués jusqu’alors dans les hôpitaux, basés sur la ventilation mécanique en soins intensifs, n’étaient pas concluants. Au contraire : comme l’explique le professeur Valerio De Stefano, professeur titulaire d’hématologie à l’Université catholique, l’inflammation en général, les infections de l’arbre respiratoire, l’hospitalisation et l’admission en soins intensifs sont autant de facteurs de risque de thrombose. Ayant pris note de tout cela, on a commencé à utiliser l’héparine, un vieux médicament anticoagulant qui s’est avéré très efficace. La diminution de la mortalité due au Covid est également due à cet ajustement de la thérapie, qui a été rendu possible par une évidence élémentaire: si je connais les dommages causés par le virus, je peux agir en les prévenant.

Mais pourquoi les autopsies n’ont-elles pas été pratiquées en Italie dès le début? Pourquoi les cadavres ont-ils été immédiatement envoyés à la crémation? La réponse est: parce que le gouvernement les a interdits. Tout est noir sur blanc dans la circulaire « Indications d’urgence liées à l’épidémie de Covid-19 concernant le secteur des funérailles, du cimetière et de la crémation » de la Direction générale de la prévention sanitaire, signée par le Secrétaire général Giuseppe Ruocco et envoyée à tous les destinataires compétents, de la Protection civile à l’association des municipalités, de l’ordre des médecins, des professions infirmières et des pharmaciens aux Régions. Il s’agit d’une mise à jour, début mai, des normes adoptées par le même bureau depuis le 22 février et réitérées les 17 et 29 mars. Le point C, intitulé « Examens d’autopsie et résultats du diagnostic », peut être lu au paragraphe 1: « Pendant toute la durée de la phase d’urgence, aucune autopsie ou diagnostic ne doit être pratiqué dans les cas de Covid 19, qu’ils soient morts à l’hôpital ou à la maison« .

Pour quel motif devrait-on ne pas procéder à des contrôles aussi importants? Il convient de souligner qu’avec la mort, les fonctions vitales cessent et le risque d’infection est considérablement réduit (en fait, la transmission du virus se fait principalement par gouttelettes et par contact) et que le patient décédé, une fois la respiration et la motilité arrêtées, n’est pas une source de dispersion du virus dans l’environnement. Quelles raisons de précaution auraient donc pu conduire à l’interdiction des autopsies? Aucune. De plus, la circulaire est même allée jusqu’à limiter l’intervention de la loi. Au point 2, en effet, en référence à une éventuelle intervention de la magistrature, il est prescrit que « l’autorité judiciaire peut évaluer, dans le cadre de sa propre autonomie, la possibilité de limiter la vérification à la seule inspection externe du corps dans tous les cas où l’autopsie n’est pas strictement nécessaire ». L’inspection externe seule ne peut évidemment pas fournir des indications précises sur la cause du décès.

Il a donc suffi de pratiquer une autopsie sur le premier mort du Covid pour identifier immédiatement les meilleures voies cliniques et thérapeutiques, mais cela n’a pas été fait.

Cette erreur a pesé lourdement sur le bilan de cette épidémie.

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