Pour le cinquième anniversaire de la publication de l’unique encyclique signée par François (Lumen Fidei, en 2013, étant en grande partie de la main de Benoît XVI), le Vatican n’a rien trouvé de mieux que de lancer une année d’étude (ou plutôt de promotion) de ses thèmes. Cela aurait pu attendre, au moins pour avoir plus de recul. Le commentaire très critique de Stefano Fontana, qui souligne combien cette encyclique constitue une rupture dans le Magistère.


Laudato si, une auto-célébration discutable

Stefano Fontana
23 mai 2020
La NBQ
Ma traduction

Le cinquième anniversaire de l’encyclique Laudato Si est l’occasion du lancement d’une année consacrée à l’approfondissement de ses thèmes. Une initiative discutable, tout comme est discutable le contenu de l’encyclique, qui repose sur une série de théories scientifiques discutées. Et qui représente une discontinuité avec le précédent magistère social.

S. Fontana

Demain 24 mai marquera le cinquième anniversaire de la publication de l’encyclique du pape François Laudato si. Le Vatican a programmé une semaine d’activités, dont une prière commune pour l’écologie intégrale, mais les célébrations se poursuivront pendant toute une année. L’initiative est étonnante. L’encyclique de Lėon XIII Rerum novarum a été célébrée quarante ans plus tard, et non pas cinq, avec l’auteur mort depuis 28 ans, et non pas de son vivant: et c’était Rerum novarum. Une mise en scène aussi ample et aussi longue qu’une année jubilaire contraste avec le poids objectif de Laudato si et soulève l’idée qu’il s’agit d’un instrument d’une promotion culturelle forcée; pas seulement une encyclique mais une bannière d’un programme.

Laudato si a été présenté comme une encyclique sociale, dans la continuité des précédentes interventions du magistère social des papes, mais beaucoup font remarquer qu’il ne peut pas en être ainsi. Le thème de l’environnement avait déjà été pris en compte, non pas comme critère fondateur et principal d’une encyclique, mais plutôt comme un thème sectoriel, dépendant d’autres.
Dans Laudato si, au contraire, la question environnementale devient la première préoccupation de l’Eglise, ce qui contraste avec toute sa tradition. Il ne s’agit pas seulement de saisir les interconnexions entre l’environnement naturel et la société – cela a déjà été explicité par Caritas in Veritate :  » Toute atteinte à la solidarité et à l’amitié civique provoque des dommages à l’environnement, de même que la détérioration de l’environnement, à son tour, provoque l’insatisfaction dans les relations sociales », n. 51 – mais de considérer l’écologie comme point de vue global. Il s’agit d’une étape qui, en plus d’être problématique, n’est pas conforme à l’enseignement précédent. Si le concept de « conversion écologique » devait signifier cela, c’est-à-dire assumer la perspective écologique comme point de vue global sur la question sociale, il faudrait le rejeter. Les thèmes de la famille ou de la vie – au fait: pourquoi ne pas consacrer une semaine spéciale ou une année entière à la vie, bien plus importante que la conservation de la biodiversité compte tenu du massacre que fait l’avortement? – peuvent mieux jouer un rôle du point de vue global et de carrefour des problèmes sociaux.

Dans l’encyclique, il y a une utilisation massive de données sociologiques servant à soutenir la thèse de la cause anthropique du changement climatique et de la dégradation de l’environnement, contre la thèse de ceux qui pensent qu’au contraire, les problèmes proviennent du manque de développement et non du développement.
Ceci pose de sérieux problèmes. Il n’est pas convenable qu’un document du magistère ecclésiastique suprême épouse telle ou telle autre hypothèse scientifique, soit parce que le débat sur ces questions est encore en cours et qu’il n’y a pas de conclusions claires, soit parce que derrière les différents courants de la pensée scientifique il y a des intérêts matériels et idéologiques qu’il n’est pas opportun que l’autorité ecclésiastique épouse, soit enfin parce qu’il n’appartient pas au magistère de se prononcer sur les causes scientifiques des processus en cours.

Les sciences sociales sont un élément que les encyclopédies sociales doivent prendre en compte. Mais ces disciplines ne sont pas fondamentales pour la Doctrine sociale de l’Église et ne peuvent donc pas être à la base des considérations du Magistère. Cela représente un rétrécissement de la raison et non un élargissement de celle-ci comme le voulait Benoît XVI au paragraphe 31 de Caritas in Veritate.

Le positionnement de Laudato si au sein de la Doctrine sociale est donc problématique. Au point que certains experts affirment que l’encyclique ne peut pas exiger la soumission des fidèles comme le ferait une encyclique pontificale. Cela s’applique surtout, mais pas seulement, à la vaste section dans laquelle l’encyclique rapporte, en les faisant siennes sans filtre, des opinions discutables sur les dimensions et les causes de la dégradation de l’environnement. Cela soulève la question de savoir quel est le caractère contraignant de cette encyclique et dans quelle mesure elle doit être considérée comme proprement magistrale. Laudato si, en proportion inverse du nombre de ses pages, se présente donc comme une encyclique faible dans sa structure magistrale.

Le contenu et le langage de l’encyclique ne sont guère différents des formats expressifs des mouvements écologistes. La nature doit être transmise aux générations futures de la même manière qu’un prêt est rendu, et les cultures indigènes doivent être préservées de la même manière que la biodiversité. L’assentiment à la vulgate des prédictions catastrophistes est lié à l’appel à la décroissance heureuse. Le principe « tout est lié« , susceptible de malentendu gnostique et naturaliste, est associé à la « conversion écologique », un principe au sens douteux. Alors qu’il y a des pages et des pages d’environnementalisme, il n’est question qu’en passant d’avortement (n. 120), de sacrifice d’embryons (n. 136) et de famille. L' »écologie humaine » de Jean-Paul II et de Benoît XVI est diluée dans la nouvelle « écologie intégrale » du « tout est lié« .

Il y a donc une disproportion évidente entre Laudato si et l’accent mis sur son cinquième anniversaire. En plus du style douteux de l’auto-célébration pompeuse, on remarque surtout le désir de lancer l’encyclique comme un « événement », comme la bannière d’une nouvelle façon – friendly – de se rapporter au langage et à la sensibilité du monde.

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