«Toute personne bien portante est un malade qui s’ignore». Qui ne se souvient de la célèbre phrase du docteur Knock dans la bouche du génial Louis Jouvet? Il semble bien que nos gouvernants ait appliqué à la lettre cette maxime de charlatan dans la gestion de la pandémie, réduisant à leur merci les populations terrorisées pour les soumettre au nouveau pouvoir technologique. Cette analyse (relayée par AM Valli – comme d’habitude, on peut évidemment remplacer « Italie » par « France », à de petits détails techniques près) ne provient pas d’un site complotiste, mais de l’Observatoire international cardinal Van Thuân sur la doctrine sociale de l’Église.


La méthode du Dr Knock et la pandémie comme occasion totalitaire

Le comportement des autorités italiennes face à l’urgence sanitaire provoquée par le « virus chinois » est tellement irrationnel qu’il semble difficile à expliquer. Pour tenter de comprendre si ce comportement a un sens et ce qu’il est, nous pouvons recourir à cette célèbre maxime: « Une fois les faits établis et toute explication insoutenable exclue, celle qui reste valable, aussi absurde qu’elle puisse paraître, est la vraie » (Sherlock Holmes).

Le remède mondial du docteur Knock

Eh bien, les choses qui se sont passées – et, hélas, se passent encore ! – sont maintenant connues et établies.

Dans le domaine des soins de santé, bien que la classe médicale qui s’est trouvée « au front » ait héroïquement travaillé pour endiguer la propagation du virus, la classe médico-scientifique a eu un comportement non seulement erratique mais aussi contradictoire.

D’un côté, les virologues, infectiologues et épidémiologistes ont admis qu’ils n’avaient aucune certitude quant au nouveau virus, à sa capacité de propagation et aux méthodes de traitement, au point qu’ils craignent maintenant de s’être trompés dans certaines des thérapies utilisées. De l’autre, les « commissions technico-scientifiques » officielles ont conseillé au gouvernement d’imposer un régime de sécurité absolue à toute la population, en isolant non seulement les malades mais aussi et surtout les personnes en bonne santé.

Une pièce célèbre me vient à l’esprit, écrite en 1924 par Jules Romains: Knock, ou le triomphe de la médecine. Ce médecin zélé assure à ses concitoyens qu' »il n’y a pas de gens en bonne santé, il n’y a que des gens qui ne se rendent pas compte qu’ils sont malades » et que même, « il n’y a pas de malades plus graves que ceux qui se font des illusions sur leur santé ». Il a ainsi réussi à persuader le maire de transformer la mairie en un hôpital pour malades potentiels à soigner préventivement, faisant ainsi la fortune des pharmaciens et des sociétés pharmaceutiques.

Eh bien, les commissions sanitaires susmentionnées ont appliqué la « méthode Knock » à l’ensemble de la nation italienne, la transformant en un immense lazaret dans lequel étaient enfermés les malades potentiels suspectés. Mais cela n’a pu se faire que grâce à l’alliance entre nos « docteurs Knock » et les autorités politiques nationales.

Le « coup d’État » des autorités politiques

Dans le domaine politique, en effet, le pouvoir exécutif a profité de la suggestion de ses commissions sanitaires pour édicter une sorte de « loi des suspects » [allusion à sinistre la loi du même nom votée le 17 septembre 1793, sous la Terreur] qui applique de manière anormale le « principe de précaution ». Une succession déconcertante de décrets gouvernementaux nombreux, inquiétants et contradictoires a imposé à l’ensemble de la population une série d’interdictions non pas tant sanitaires que disciplinaires.

Par exemple, l’assignation à résidence a été imposée à l’ensemble de la population, afin d’isoler à domicile les « pas encore malades » (c’est-à-dire les personnes en bonne santé); à ceux qui devaient sortir pour une nécessité grave on accordait le « temps à l’air libre » réservé aux prisonniers, mais conditionné au respect de la « distanciation sociale », une mesure qui – comme le dit l’expression elle-même – n’a pas de but sanitaire mais « d’éducation sociale ».

Evidemment, ces mesures comportaient l’interdiction de manifester publiquement; les rares personnes qui ont osé le faire ont été punies, ont reçu une amende et certaines ont même été enlevées et soumises à un emprisonnement sanitaire obligatoire [ça s’est vraiment passé en Italie!]; il convient de noter qu’elles n’ont pas pu faire usage de la loi qui leur donne le droit de refuser un traitement médical jugé inutile ou nocif.

Le pouvoir législatif a été réduit à une assemblée chargée d’approuver les décrets du gouvernement. Le pouvoir judiciaire s’est bien gardé d’objecter que les procédures appliquées par le gouvernement violaient les lois en vigueur et les libertés constitutionnelles, et même qu’elles suspendaient la Constitution, comme jamais auparavant lors des épidémies précédentes, et comme même en temps de guerre il n’est pas légal de le faire.

Dans le domaine économique, les décrets gouvernementaux ont favorisé le travail et l’entreprise publics et ont entravé autant que possible l’entreprise privée. En conséquence, la classe productive privée, en particulier les petites et moyennes entreprises, a été sévèrement pénalisée, d’abord en l’obligeant à la fermeture totale pendant des mois, puis en la soumettant à des procédures coûteuses et délirantes de désinfection et de précaution, et enfin en la laissant privée de facilités administratives, sans aides économiques et sans exemptions fiscales qui lui permettraient de ne pas succomber aux pertes de revenus et aux dépenses faites pour rouvrir.

La propagande de la peur et du soupçon

Dans cette situation, le monde de la communication a joué un rôle décisif dans le domaine du débat culturel.

Les médias sont souvent devenus les propagandistes des sentences émises par les commissions de santé et des décrets du gouvernement. Les journaux, la radio et la télévision se sont presque tous appliqués à répandre un climat de peur, de méfiance, de suspicion et de dénonciation, en incitant les citoyens à dénoncer ceux qui violaient une quelconque règle gouvernementale.

Le « politiquement correct » a imposé un « culturellement correct » qui s’est réduit à un « sanitairement correct » complètement idéologique. Comme on le sait, l’idéologie considère généralement la partie comme si elle était le tout, l’intérêt sectoriel comme si c’était le global, elle propage donc des idées et des valeurs fictives afin d’obtenir ou de maintenir ou de reprendre le pouvoir de faction Dans notre cas, la survie physique, théoriquement assurée par des précautions sanitaires, est passée de bien partiel à bien commun total, voire au summum bonum. Rester en bonne santé a été élevé au rang d’obligation civile, ou plutôt de « pureté sociale » gnostique, à laquelle tout doit être sacrifié, non seulement la survie économique, mais aussi la liberté et la dignité humaine elle-même.

Quand l’État prétend imposer à la nation de sacrifier le bien commun à un bien sectoriel, il est inévitable qu’il ait recours à la violence publique. Il a refusé de prendre en compte les très graves conséquences des mesures sanitaires imposées sur la vie non seulement économique mais aussi sociale, psychologique et culturelle de la nation: les relations sociales ont été comme stérilisées par la santé mondiale.

L’explication qui explique l’inexplicable

Une fois les faits établis, il reste le problème d’expliquer pourquoi ce qui ne s’était jamais produit auparavant ait pu se produire aujourd’hui, en seulement trois mois cruciaux.

On dit que tout ce qui s’est passé peut s’expliquer simplement en considérant l’inefficacité du gouvernement, composé de personnes sans compétence, vision, stratégie. Cependant, cette explication souffre d’une contradiction flagrante. Le comportement du gouvernement a certainement été inefficace quand il a convenu d’immobiliser la nation, de reporter les solutions et de bloquer les tentatives de redressement de la société civile. Mais ce même gouvernement a fait preuve d’une compétence, d’une énergie et d’un timing remarquables lorsqu’il s’est agi de cacher ses intentions, de truquer les cartes, d’éluder les vrais problèmes, d’effrayer sur les dangers, de menacer de restrictions, d’illusionner sur l’avenir. Cette explication ne tient donc pas la route.

Il ne reste alors qu’une seule explication: celle qui, bien qu’elle semble absurde, est la seule convaincante. Tout s’explique, si l’on admet que le comportement du gouvernement n’est pas tant dû à sa propre inefficacité qu’à la volonté de réaliser un projet précis: celui d’affaiblir au maximum la société civile pour la ramener sous le contrôle de l’État, la soumettre au nouveau pouvoir technologique, la forcer à une réforme écologique, l’amener à la « décroissance heureuse », c’est-à-dire à la misère. Il s’agit d’une manoeuvre en tenailles comportant deux aspects: d’une part, imposer au peuple un régime oppressif basé sur la peur, le chantage, la coercition, l’espionnage, la désintégration, l’appauvrissement; d’autre part, empêcher que ce peuple réagisse à la crise sanitaire en se maintenant économiquement solide, politiquement libre, culturellement et religieusement vivant.

Pendant des mois, le pays a été soumise à ce qui a été défini à juste titre comme une « expérience sociale de masse » visant à réaliser une mutation civile aux conséquences graves. Les auteurs de cette opération mastodonte sont des partis de gouvernement facilement identifiables: d’un côté, le Mouvement 5 étoiles, version italienne de l’écologisme radical, de l’autre, le Parti démocrate qui reprend le programme « post-moderne » (c’est-à-dire anarchiste) lancé par l’Internationale socialiste à l’époque de Mitterrand. Ces deux partis ne pardonnent pas au peuple italien d’être encore une anomalie politique qui continue à refuser de s’aligner sur la gauche internationale rouge-verte.

Vers une nouvelle forme de totalitarisme

Essayons maintenant de qualifier le régime que ces manœuvres politico-scientifiques tentent d’imposer à l’Italie et à la moitié du monde.

Il fut un temps où un tel régime aurait été qualifié simplement de « despotique », car il exploite la peur, la faiblesse, la division et le désordre social pour imposer l’arbitraire et les abus comme un faux remède. Cependant, depuis la Révolution française, le despotisme a souvent pris une dimension beaucoup plus ample et plus grave, à tel point que d’éminents spécialistes des sciences politiques ou juridiques ont parlé d’un nouveau modèle de régime que l’on pourrait qualifier de « démocratie totalitaire ».

Habituellement, ce régime obtient d’abord le consensus et le pouvoir en respectant les procédures démocratiques officielles ; puis, il les utilise pour se doter de pouvoirs exceptionnels, en profitant de la poussée émotionnelle de la peur suscitée par une grave urgence nationale, que ce soit une crise économique, une situation de troubles, une guerre civile, une invasion étrangère. Dans ces cas, le « principe de sécurité » et le « principe de précaution » sont appliqués de manière à s’opposer aux « maux extrêmes, remèdes extrêmes », d’abord présentés comme temporaires, puis systématisés comme définitifs.

Avec le prétexte de devoir faire face à l’urgence, avec le prétexte que la population est incapable de se protéger, qu’elle se laisse tromper par des séductions « populistes », des fausses nouvelles et des conspirations imaginaires, bref qu’elle fait mauvais usage de la démocratie, le régime réalise son véritable complot: l’État de droit cède à la violence du pouvoir. Le pouvoir législatif légifère dans des domaines où il n’est pas compétent et s’oppose à la fois au droit chrétien et au droit naturel; le pouvoir exécutif agit contre le bien commun et l’intérêt national, d’abord en suspendant puis en annulant les libertés constitutionnelles et les droits civils; le pouvoir judiciaire applique une « jurisprudence créative » afin de parvenir à une « démocratie de fond » qui va au-delà de la démocratie formelle. À ce stade, un tel régime a perdu toute légitimité et les citoyens n’ont d’autre choix que de défendre le bien commun en se mettant en position de résistance (d’abord passive, puis active).

Ce modèle de « démocratie totalitaire » a eu des exemples historiques célèbres : par exemple, le régime jacobin français (1792), celui de la République romaine mazzinienne (1849), celui de la Commune de Paris (1870), le régime communiste russe (1917), le régime communiste mexicain des années 20, le régime nazi allemand des années 30, le régime socialiste espagnol de cette décennie, le régime chinois toujours en vigueur aujourd’hui. Ces régimes étaient différents les uns des autres mais avaient une caractéristique commune précise: ils persécutaient les chrétiens. Presque tous ont été de courte durée, notamment parce qu’ils ont été minés par la résistance chrétienne, souvent dirigée par la Hiérarchie ecclésiastique ; peut-on espérer la même chose pour les régimes technico-sanitaires en provenance de l’autre bout du monde? Le comportement de la Hiérarchie, hier en Chine et aujourd’hui aussi chez nous, soulève de sérieux doutes à ce sujet…

Guido Vignelli

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