Riccardo Cascioli consacre son éditorial d’aujourd’hui au message de François pour pour la Journée mondiale de la création, qui le consacre comme une sorte d' »aumônier » du mouvement écologiste global et introduit dangereusement dans le Magistère « des thèses scientifiques et des opinions politiques » qui non seulement ne sont pas de ses compétences mais nient carrément la pensée chrétienne. Dieu le créateur est remplacé par la terre-divinité. A noter, la reprise insistante de la thèse (douteuse) selon laquelle la pandémie, ou plutôt le confinement a été une période bénéfique pour la terre « qui a pu se reposer » (!!). Et pour les hommes?

La crise [due à la pandémie], dans un certain sens, nous a donné la possibilité de développer de nouvelles façons de vivre. Il a été possible de constater comment la terre réussit à se reprendre si nous lui permettons de se reposer : l’air est devenu plus sain, les eaux plus transparentes, les espèces animales sont revenues dans de nombreux endroits d’où elles avaient disparu.

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http://www.vatican.va/content/francesco/fr/messages/pont-messages/2020/documents/papa-francesco_20200901_messaggio-giornata-cura-creato.html

Quand le Pape aime la décroissance heureuse

Riccardio Cascioli
La NBQ
3 septembre 2020
Ma traduction

Le message pour la Journée mondiale de la création, avec son enchaînement d’analyses économiques et écologiques et d’hypothèses politiques très contestables, pose un problème crucial : l’introduction dans le Magistère de thèses scientifiques et d’opinions politiques par nature provisoires et contestables, en venant à épouser une approche qui est la négation de la pensée chrétienne.

« On ne peut pas vivre en harmonie avec la création sans être en paix avec le Créateur, source et origine de toutes choses ». Cette déclaration du pape François, qui renvoie également à une citation du pape Benoît XVI, devrait être au centre de tout discours sérieux concernant la relation de l’homme avec la nature, avec la réalité qui l’entoure. A la place, elle se retrouve jetée là, au milieu du message du Pape pour la Journée mondiale de la création diffusé le 1er septembre, qui est une succession de déclarations politiques, économiques et sociologiques très discutables et parfois embarrassantes. Ce n’est pas pour rien que le message de la Journée de la Création a fait les gros titres, principalement parce qu’il apparaît comme le manifeste chrétien de la décroissance heureuse, assaisonné du schéma habituel des riches contre les pauvres et du Nord contre le Sud, avec l’exaltation de l’indigénisme et l’équilibre (insoutenable) selon lequel les peuples de l’Amazonie vivraient avec la nature, avec les avantages environnementaux (douteux) du confinement à la suite de la pandémie de coronavirus.

Autrement dit, la référence à Dieu le créateur apparaît comme un rappel idéal et fugace qui reste cependant isolé et déconnecté de tous les sujets traités, qui ont davantage à voir avec les campagnes du WWF ou les schémas vétéro-marxistes. La réalité, au contraire, est beaucoup plus complexe et, par exemple – si nous examinons le thème de l’exploitation sauvage de l’environnement – nous devons reconnaître que le problème ne réside pas tant dans le déséquilibre des relations entre pays riches et pays pauvres, mais surtout dans la négation de Dieu le Créateur, comme l’a dit Benoît XVI (*). Ce n’est pas pour rien que l’Union soviétique et la Chine communiste, deux régimes athées par définition, sont ceux qui ont causé le plus de catastrophes environnementales : la destruction de la mer d’Aral et l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl ne sont que deux exemples tragiques qui concernent l’Union soviétique, et quant à la Chine, il n’y a qu’un embarras du choix : il suffit d’un témoignage de ces jours – documenté sur facebook par un missionnaire italien – sur les désastres causés en Afrique centrale par les sociétés chinoises qui cherchent de l’or (cela se passe dans plusieurs pays africains). Nous parlons précisément de cette Chine que le Chancelier des Académies pontificales des sciences et des sciences sociales, Mgr Marcelo Sanchez Sorondo, a définie comme le pays qui applique le mieux la Doctrine sociale de l’Église.

Mais au-delà de la discussion sur les analyses individuelles, il faut noter le véritable point critique de messages comme celui-ci, une question déjà soulevée pour l’encyclique Laudato Si’ et qui probablement – selon les rumeurs du moins – sera encore accentuée dans la nouvelle encyclique à venir : c’est-à-dire la tendance à faire passer au rang de magistère des thèses scientifiques et des analyses politiques qui par nature sont provisoires et contestables. En d’autres termes, d’une part, on ignore la vraie doctrine, les questions de foi et de morale qui font partie du patrimonium fidei de l’Église et constituent la vérité sur l’homme, sur Dieu et sur la réalité ; d’autre part, on élève au rang de doctrine celles qui peuvent être dans le meilleur des cas des conséquences possibles d’une vision chrétienne de la réalité, mais qui sont beaucoup plus souvent le fruit de la mentalité de ce monde.

C’est une question très problématique car l’Église cesse ainsi de proclamer des vérités éternelles et se lance tête baissée dans des débats politiques contingents, créant de plus grandes divisions et confusions tandis qu’elle pense contribuer à l’unité du genre humain.

Il y a ensuite une conséquence immédiate en termes de contenu. Si l’on abandonneles catégories de foi pour juger le monde (parce que le monde ne les comprend pas) et que, au nom du dialogue et de la compréhensibilité, on assume au contraire des catégories mondaines, le résultat est évident. Dans le cas présent, en parlant de création, on épouse une anthropologie éloignée, sinon opposée, à l’anthropologie chrétienne : l’homme cesse d’être le sommet de la création – appelé par Dieu à « assujettir la terre » (voir l’encyclique Laborem Exercens de Saint Jean-Paul II, 1981) – pour faire partie d’un tout, d’une « communauté vivante », telle qu’elle est définie par la Charte de la Terre, dont on retrouve les échos tant dans Laudato si’ que dans le message pour le Jour de la Création. La Charte de la Terre est un document approuvé en 2000 à l’Unesco, qui rassemble les principes éthiques fondamentaux et mondiaux qui avaient inspiré les conférences internationales des Nations unies sur l’environnement et le développement et qui sont à la base des politiques mondiales actuelles, dans lesquelles c’est l’activité et la présence de l’homme lui-même qui constitue un problème pour les écosystèmes.

C’est à son tour l’un des fruits du « monisme » (**) d’Ernst Haeckel (1834-1919), le père de l’écologie, qui a appliqué le darwinisme social à la relation entre l’homme et la nature. C’est la négation de la philosophie et de l’anthropologie chrétiennes.

Qu’elle apparaisse dans des documents magistrales est pour le moins inquiétant.


(*) A propos de Benoît XVI et de sa conception de la Création, on relira par exemple le message pour la Journée mondiale de la Paix 2010:

L’Église a une responsabilité vis-à-vis de la création et elle pense qu’elle doit l’exercer également dans le domaine public, pour défendre la terre, l’eau et l’air, dons du Dieu Créateur à tous, et, avant tout, pour protéger l’homme du danger de sa propre destruction. La dégradation de la nature est, en effet, étroitement liée à la culture qui façonne la communauté humaine, c’est pourquoi «quand l’“écologie humaine” est respectée dans la société, l’écologie proprement dite en tire aussi avantage». On ne peut exiger des jeunes qu’ils respectent l’environnement, si on ne les aide pas, en famille et dans la société, à se respecter eux-mêmes: le livre de la nature est unique, aussi bien à propos de l’environnement que de l’éthique personnelle, familiale et sociale. Les devoirs vis-à-vis de l’environnement découlent des devoirs vis-à-vis de la personne considérée en elle-même, et en relation avec les autres. J’encourage donc volontiers l’éducation à une responsabilité écologique, qui, comme je l’ai indiqué dans l’encyclique Caritas in veritate, préserve une authentique «écologie humaine», et affirme ensuite avec une conviction renouvelée l’inviolabilité de la vie humaine à toutes ses étapes et quelle que soit sa condition, la dignité de la personne et la mission irremplaçable de la famille, au sein de laquelle on est éduqué à l’amour envers le prochain et au respect de la nature. Il faut sauvegarder le patrimoine humain de la société. Ce patrimoine de valeurs a son origine et est inscrit dans la loi morale naturelle, qui est à la base du respect de la personne humaine et de la création.

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https://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/messages/peace/documents/hf_ben-xvi_mes_20091208_xliii-world-day-peace.html

(**) Le monisme est la position philosophique qui affirme l’unité indivisible de l’être. Dans son expression moderne, il soutient l’unicité de la substance qui compose l’univers. L’unité fondamentale du cosmos ou de l’univers y rend la matière et l’esprit indissociables. Le monisme s’oppose donc aux conceptions dualistes, qui distinguent monde matériel ou physique et monde psychique ou spirituel, et il s’oppose aussi aux conceptions philosophiques pluralistes pour lesquelles chaque être possède une nature particulière (wikipedia).

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