Il vient de signer une tribune magistrale dans La Verità. Elargissant la perspective à partir de « l’affaire Becciu » [voir annexe], il dénonce la banalisation de la papauté, ou ce qu’il nomme sa « démythisation », avec la complaisance, voire la complicité active de celui-là même qui en occupe le Siège. Une dérive inquiétante qui ne date pas d’hier mais qui a explosé en 2013, et qui n’est pas sans rappeler, selon lui les prémisses de la révolution de 1789, avec l’issue que l’on sait.

Mgr Viganò: chaos au Vatican.

La « démythification de la papauté » laisse le champ libre à la haine théologique des ennemis de Dieu.

Carlo Maria Viganò
La Verità (Chiesa e post-concilio)
2 octobre 2020
Ma traduction

On a beaucoup écrit ces jours-ci sur le énième scandale vatican impliquant le cardinal Becciu (cf. annexe), préfet de la Congrégation pour la Cause des Saints.
Face à des accusations qui restent à prouver, la réponse de Jorge Mario Bergoglio a semblé dictée plus par la colère que par l’amour de la vérité, plus par un délire de toute-puissance que par la volonté de justice: en tout cas par un grave et despotique abus d’autorité.
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De ce point de vue, nous pouvons désormais considérer que la privation de la Pourpre et la réduction à l’état laïque sont devenues des exécutions sommaires, avec un très fort impact médiatique en faveur de l’image de celui qui les commet, au-delà de la responsabilité morale et pénale des condamnés.

Le sieur McCarrick, accusé de crimes très graves, a été directement condamné par le Pape, sans que les actes de procédure et les témoignages le concernant soient rendus publics. Par ce stratagème, Bergoglio a voulu donner de lui-même une image qui contraste pourtant avec la réalité des faits, car sa volonté présumée de « faire le ménage » au Vatican est incompatible avec le fait de s’être entouré de personnages largement compromis – à commencer par McCarrick lui-même – en leur confiant des tâches officielles, puis en les chassant dès que leurs scandales ont été révélés. Et sur chacun d’eux, comme le savent bien ceux qui fréquentent la Curie, pesaient déjà de sérieux soupçons, voire des preuves circonstanciées de culpabilité.

Ce qui confirme l’instrumentalisation, voire le caractère de prétexte de l’action moralisatrice de Bergoglio, ce sont les cas de personnes intègres et totalement innocentes, qui n’ont pas été épargnées par l’infamie du discrédit, de l’exposition médiatique, du pilori judiciaire: il suffit de penser au cas du cardinal Pell, abandonné à lui-même dans un simulacre de procès mis en place par un tribunal australien, et pour lequel le Saint-Siège s’est abstenu de toute intervention, qui aurait pourtant été opportune. Dans d’autres affaires, comme celle de Zanchetta, Bergoglio s’est employé à défendre son protégé jusqu’au bout, allant même jusqu’à accuser les victimes du prélat de parjure, puis le promouvoir à un poste de haute responsabilité à l’APSA créé spécialement pour lui. Et aujourd’hui, Galantino et Zanchetta sont de facto les administrateurs de tout le patrimoine du Saint-Siège et à présent, également du portefeuille de la Secrétairerie d’État. Et que dire de figures aussi peu présentables que Bertone et Maradiaga, Peña Parra et Paglia? Des scandales vivants…

Laissons donc de côté innocents et coupables, unis par le lynchage habilement induit par celui qui voulait s’en débarrasser soit parce qu’ils avaient montré peu d’inclination au compromis, soit parce que leur zèle pour la cause de Sainte Marthe les avait conduits à une dangereuse désinvolture dans la certitude de l’impunité.

Des personnes d’honnêteté exemplaire et de grande foi comme Ettore Gotti Tedeschi ou le cardinal Pell, sans oublier Eugenio Hasler et les simples exécuteurs de Becciu à la Secrétairerie d’État, ont été traitées plus mal qu’un serial-violeur comme Theodore McCarrick ou un filou (supposé) comme Becciu. Et l’on peut croire que l’ennui d’avoir des collaborateurs honnêtes et incorruptibles a déterminé leur expulsion, tout comme le chantage de collaborateurs immoraux et malhonnêtes était considéré comme une sorte de garantie de leur loyauté et de leur silence. Le temps a montré que les gentilshommes (galantuomini) ont subi une injustice avec dignité, sans pour autant jeter le discrédit sur le Vatican ou la personne du pape ; on peut penser que de l’autre côté, les corrompus et les vicieux auront à leur tour recours au chantage contre leurs accusateurs, comme l’ont toujours fait les courtisans sans honneur.

Dans cette affaire récente, la constante que l’on peut noter est l’attitude de Sainte Marthe, qui a été comparée à bien des égards à celle d’une junte sud-américaine (cf. ici). Je crois plutôt que derrière ce dégoulinement de scandales impliquant des personnalités de la Hiérarchie et de la Curie romaine, il y a la volonté délibérée de démolir l’Église elle-même, de la discréditer devant le monde, de compromettre son autorité et son pouvoir devant les fidèles. L’opération à laquelle nous assistons depuis ces sept années funestes vise clairement à la destruction de l’institution catholique, par la perte de crédibilité, la désaffection et le dégoût pour les actions et les comportements indignes de ses membres; une opération qui a commencé avec les scandales sexuels déjà sous les précédents pontificats, mais qui cette fois-ci voit le protagoniste, l’acteur principal, celui-là même qui siège sur la Chaire, et qui avec ses propres mots et ses propres actes est capable de porter les coups les plus dévastateurs à la papauté et à l’Église.

La « démythisation de la papauté » espérée par les progressistes consiste essentiellement à la ridiculiser, à la profaner, c’est-à-dire à la rendre profane et non pas sacrée. Et il est inouï et extrêmement grave que cette opération subversive soit menée par celui qui détient cette papauté et en porte, même si c’est gauchement, le vêtement. De façon analogue, la profanation de l’Église est réalisée avec une méthode scientifique par les dirigeants mêmes de la Hiérarchie, qui se rendent odieux au peuple de Dieu et se font plaindre par le monde, sous le regard complaisant des médias mainstream.

Ce modus operandi n’est pas nouveau. Il a été adopté – avec un impact médiatique moindre mais toujours avec les mêmes objectifs – à la veille de la Révolution française. Rendre l’aristocratie odieuse ; corrompre la noblesse par des vices inconnus du peuple ; éradiquer le sens de la responsabilité morale envers les sujets ; provoquer des scandales et fomenter l’injustice envers les plus faibles et les moins fortunés ; asservir la classe dominante aux intérêts des sectes et des loges : telles étaient les prémisses, savamment créées par la Franc-maçonnerie, pour provoquer le discrédit de la Monarchie et légitimer les révoltes des masses, préparées par quelques séditieux à la solde des Loges. Et si les nobles ne tombaient pas dans le piège du vice et de la corruption, les conspirateurs pouvaient les accuser des méfaits des autres et les condamner à la guillotine sous la pression de la haine cultivée chez les rebelles, les criminels, les ennemis du roi et de Dieu. Une foule de malfaiteurs qui n’avaient rien à perdre et tout à gagner.

Aujourd’hui, après plus de deux siècles de tyrannie de la pensée révolutionnaire, l’Eglise est victime du même système adopté contre la Monarchie. L’aristocratie de l’Église est aussi corrompue, et peut-être même plus, que les nobles français, et ne comprend pas que ce vulnus (/cette blessure) à sa réputation et à son autorité est la prémisse nécessaire à la guillotine, au massacre, à la fureur des rebelles. Et même à la Terreur.

Les modérés qui croient qu’un prochain pape à peine moins progressiste que Bergoglio peut apaiser les âmes et sauver la papauté et l’Eglise doivent bien y réfléchir. Parce que la haine théologique des ennemis de Dieu, une fois les bons pasteurs éliminés et les fidèles chassés, ne s’arrêtera pas devant ceux qui aujourd’hui déplorent le Pontificat actuel mais défendent sa matrice conciliaire : les conservateurs qui croient pouvoir se distancer à la fois des modernistes et des traditionalistes finiront comme les Girondins.

« Mundamini, qui fertis vasa Domini » (Partez, vous qui portez les vases du Seigneur!), dit la Sagesse (Isaïe 52, 11). La seule façon de sortir de la crise de l’Église, qui est une crise de Foi et de Moralité, c’est de reconnaître la déviation du droit chemin, de retracer le chemin parcouru et de reprendre le chemin que Notre Seigneur a marqué de Son Sang : le chemin du Calvaire, de la Croix, de la Passion. Quand les bergers auront non plus l’odeur des brebis mais le doux parfum du christianisme qui les a rendus semblables au prêtre suprême et éternel, ils seront à nouveau conformes au modèle divin du Christ, et avec lui ils sauront se sacrifier pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Le berger divin ne leur fera pas non plus manquer de sa grâce. Tant qu’ils voudront plaire au monde, le monde les rétribuera par ses tromperies, ses mensonges, ses vices les plus abjects. Le choix, au fond, est toujours radical : la gloire éternelle avec le Christ ou la damnation éternelle loin de Lui.


Annexe

Virements de Becciu aux accusateurs dans le procès pour pédophilie de Pell

Selon le principal quotidien italien, Il Corriere della Sera (cité par AM Valli) , 700 mille euros auraient été envoyés du Vatican vers l’Australie en plusieurs virements à l’instigation de l’ex-substitut (et aujourd’hui, ex-préfet de Curie et quasiment ex-cardinal) pour corrompre les accusateurs du cardinal Pell. Ce qui explique la satisfaction de ce dernier à l’annonce des sanctions prises par le Pape à l’encontre de Becciu.

Les 700 000 euros envoyés en Australie en plusieurs virements fractionnés pourraient avoir été utilisés pour « acheter » les accusateurs dans le procès pour pédophilie contre le cardinal George Pell. C’est l’hypothèse des enquêteurs du Vatican qui risque de provoquer une nouvelle et sensationnelle tournure des événements dans l’enquête lancée sur le trou de centaines de millions d’euros du denier de Saint-Pierre et d’autres disponibilités de la Secrétairerie d’État. Les contrôles concernent les mouvements ordonnés par Mgr Angelo Becciu, le Substitut contraint la semaine dernière de démissionner du poste de Préfet de la Congrégation pour la Cause des Saints, qui a également perdu les droits liés au cardinalat. Et ils se sont étendus aux employés de la Secrétairerie, mais surtout aux intrigants accusés d’avoir effectué « une manœuvre bien planifiée pour réaliser un énorme pillage des ressources financières du Secrétariat d’État qui n’a pas d’égal ».
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La rivalité entre les prélats Pell et Becciu n’a jamais été un mystère, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Saint-Siège. A tel point qu’en 2015, lorsque Pell – alors préfet du Secrétariat à l’économie – parla, lors du meeting de Rimini, de la nécessité de « mettre de l’ordre dans nos affaires afin de les montrer au monde extérieur » et annonça que « la prochaine vague d’attaques contre l’Eglise pourrait être pour des irrégularités financières« , beaucoup pensaient qu’il faisait précisément référence à la gestion de l’argent destiné aux nécessiteux et utilisé au contraire pour des investissements immobiliers. Personne ne pouvait cependant imaginer qu’à l’époque, Becciu et les autres membres de la Secrétairerie – au premier rang Mgr Alberto Perlasca – avaient fait confiance à des filous pour acheter des immeubles et transférer de l’argent sur des comptes à l’étranger.
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C’est en analysant les mouvements bancaires qu’on a trouvé la trace d’un virement bancaire qui partait d’un dépôt de la Secrétairerie et se terminait sur un compte de IOR remontant à Becciu en 2018, avant que le Substitut ne soit affecté à son nouveau poste. Il a donc été décidé d’analyser ce qui s’était passé les années précédentes et d’autres virements ont été découverts qui, à travers plusieurs passages intermédiaires, seraient arrivés, au moins en partie, à l’un des accusateurs de Pell.

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A la mi-2017, le cardinal avait fait l’objet d’une enquête pour harcèlement sexuel de deux garçons de la chorale de la sacristie de l’église St Patrick de Melbourne, à la fin d’une messe en 1996. L’un des deux jeunes hommes est mort en 2014 d’une overdose, l’autre a confirmé les accusations lors du procès. Malgré les doutes et les campagnes de presse, notamment en Australie, sur la possibilité que le procès soit en fait « une farce », Pell a été condamné à six ans en décembre 2018 et enfermé dans la prison de sécurité maximale de Barwon. Cette sentence a été annulée en avril dernier par la Haute Cour australienne, qui a libéré le cardinal au motif que la Cour de Victoria « n’a pas examiné s’il y avait une possibilité raisonnable que le crime n’ait pas été commis », mettant ainsi en avant le principe fondamental du « doute raisonnable ». Le verdict avait été plombé par la révélation qu’avant de mourir, l’un des deux choristes avait avoué à sa mère qu’il n’avait pas été abusé.
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Fiorenza Sarzanini , Corriere della sera
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