Ed Pentin, bien que créditant le Vatican de n’avoir pas félicité prématurément l’élu des médias (de façon à ne pas être accusé de partialité ou d’ingérence, expérience oblige!), énumère les faits récents qui apparaissent comme des prises de position à peine implicites. Toutes émanent de personnalités (y compris laïques) ou de publications proches du Pape, ce « cercle magique » qui a obtenu enfin ce qu’il espérait « in pectore ».

Image d’archives (24/9/2015)

Par des mots, des actions et des omissions, les responsables du Vatican ont pesé sur les élections américaines

Ed Pentin
www.ncregister.com/blog/vatican-officials-us-election
10 novembre 2020
Ma traduction

Joe Biden, dont la vision mondialiste, humanitaire et politiquement libérale trouve des sympathisants au Vatican, s’est empressé d’utiliser les mots du pape François au cours de sa campagne, malgré le désaccord de l’homme politique par rapport à l’enseignement catholique sur l’avortement et le mariage.

Ed Pentin

Ni le pape François ni le secrétaire d’État du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, n’ont parlé publiquement de l’élection présidentielle américaine de la semaine dernière, attendant peut-être un résultat définitif.

Mais au cours de la campagne électorale de 2020, en particulier dans les semaines précédant le vote, les paroles et les actes du pape François et de ses conseillers laissaient entendre que leur candidat préféré était Joe Biden, dont la vision mondialiste, humanitaire et politiquement libérale correspond étroitement à la leur.

Les responsables du Vatican se sont abstenus d’inviter Biden à une conférence du Vatican cette année, contrairement à Bernie Sanders en 2016, mais cela ne les a pas empêchés de soutenir tacitement la campagne de Biden par d’autres moyens, et l’un des exemples les plus apparents est la dernière encyclique du Saint-Père, Fratelli Tutti.

Publiée juste un mois avant l’élection du 3 novembre, elle contenait de nombreux passages qui ont très vite servi de matériel de campagne pour Biden, et que l’ex-vice-président a utilisés comme un acte d’accusation contre la présidence de Trump. Sous le titre « Une meilleure politique », le pape s’est prononcé contre une forme de populisme qui peut devenir « une autre source de polarisation » et de division.

Biden, qui soutient le « mariage » homosexuel et l’avortement financé par les contribuables, et qui a menacé de forcer les Petites Soeurs des Pauvres à payer pour la contraception de leurs employés, tout en soulignant ses racines catholiques, s’est très vite accroché aux paroles du Pape.

« Le pape François nous met en garde contre ce populisme factice qui fait appel à l’instinct le plus bas et le plus égoïste », a-t-il déclaré à ses partisans lors d’un meeting de campagne à Warm Springs, en Géorgie, le 27 octobre.
« [François] poursuit en disant que la politique est plus noble que les gesticulations, le marketing et les retombées médiatiques. Ceux-ci ne sèment rien d’autre que la division, le conflit et un sombre cynisme ».

Le pape a également réitéré dans Fratelli Tutti sa préoccupation passionnée pour l’environnement, ainsi que pour les migrants, répétant sa critique de la construction de murs pour les tenir à l’écart – une condamnation de la politique de Trump de murs à la frontière pour arrêter les immigrants illégaux, qui remonte à 2016. Il a également critiqué dans son encyclique les politiciens qui utilisent les médias sociaux pour insulter les autres – une réprimande implicite de l’utilisation de Twitter par Trump.

L’encyclique contient des passages qui reflètent certains idéaux et préoccupations républicains, tels que le pouvoir et la portée excessive des grandes technologies, mais elle est également lue comme un traité politique plutôt que comme un document spirituel christocentrique, prônant le genre d' »utopie » socialement libérale promue par Biden et ses partisans.

En outre, dans un affront ostensible au président Donald Trump, le pape a refusé en septembre d’accorder une audience privée au secrétaire d’État américain Mike Pompeo. (Les raisons invoquées étaient les critiques antérieures de Pompeo sur l’approche du Vatican à l’égard de la Chine et le fait que sa visite était trop proche des élections américaines).

Puis, fin octobre, les commentaires du pape François en 2019 sur les unions civiles entre personnes de même sexe ont été publiés, sous forme de montage, dans un documentaire primé par le Vatican. Les remarques, qui ont révélé la première approbation publique de François en tant que pape à une telle législation, ont effectivement souligné son soutien à une politique longtemps soutenue par Biden et les libéraux sociaux de l’Eglise, mais qui, selon ses détacteurs, contredit clairement le magistère.

Quelques mois plus tôt, l’archevêque Vincenzo Paglia, président de l’Académie pontificale pour la vie, avait critiqué les politiciens catholiques ayant promu ou approuvé la protection légale de la vie [promue par l’administration Trump, ndt]. Ses propos ont été critiqués par les groupes pro-vie car Paglia mettait en garde contre le fait de transformer la cause pro-vie en une arme idéologique ce qui, selon lui, peut faire « beaucoup de mal ».

Une conférence organisée par l’Académie pontificale des sciences sociales en février a donné une tribune à des personnalités anti-Trump comme l’économiste Jeffrey Sachs, partisan actif de Bernie Sanders et défenseur du contrôle de la population. Sachs, qui a contribué à l’encyclique de François, Laudato Si‘, a averti que la réélection de Trump en novembre serait « absolument dangereuse » pour le monde. Un autre proche conseiller du pape, le chancelier de l’académie, l’évêque Marcelo Sánchez Sorondo, était assis à ses côtés , approuvant ces remarques.

Un autre confident du pape, le cardinal Óscar Rodríguez Maradiaga, que le pape a reconduit cette année dans ses fonctions de coordinateur du Conseil des cardinaux chargé de conseiller François sur la réforme de la curie, n’a pas caché non plus son aversion pour Trump, affirmant avec insistance que le président américain faisait partie d’un « réseau contre le pape François » composé de l’ancien stratège en chef du président, Steve Bannon, et de l’ancien nonce apostolique aux États-Unis, l’archevêque Carlo Viganò.

« Ce réseau ne veut pas de changement », déclarait le cardinal Rodríguez dans l’interview accordée le 28 septembre à La Repubblica. « Ils veulent que chacun reste comme il a toujours été: garder une rigidité qui n’est pas bonne pour l’Eglise ». La visite de Pompeo au Vatican, a ajouté le cardinal, était un élément de la campagne électorale.

Des publications comme le journal du Vatican, L’Osservatore Romano, ont pour la plupart offert des reportages neutres sur l’élection, contrairement à la position éditoriale pro-Obama qu’il a clairement adoptée en 2009 sous son précédent rédacteur en chef. Il en va de même pour le périodique jésuite La Civiltà Cattolica, dirigé par le père Antonio Spadaro, jésuite et proche conseiller du pape, qui est généralement un critique virulent de la droite politique chrétienne américaine.

Et même les omissions étaient révélatrices. À l’approche des élections, les responsables du Vatican sont restés muets sur la politique de l’administration Trump qui coïncidaient avec la doctrine sociale de l’Église : sa forte position pro-vie, sa défense de la liberté religieuse et des chrétiens persécutés, sa médiation réussie des accords de paix arabo-israéliens et ses efforts pour lutter contre la traite des êtres humains.

Mais maintenant que l’élection est passée, les plus proches de François n’ont pas hésité à accueillir publiquement la perspective d’une administration Biden, bien que Trump n’ait pas encore cédé.

Dans une interview accordée le 8 novembre à l’agence de presse italienne Adnkronos, le père Spadaro a déclaré que la détermination de Biden à « tenir ensemble » un pays aussi « fortement polarisé » devait être « développée », mais il a en même temps noté une « certaine confluence » de personnes d' »origines et de religions très différentes ». Cela montre, selon le père Spadaro, « que le président lui-même se pose en président de l’unité et de la réconciliation ».

Le discours de Biden le soir de l’élection (« Nous ne sommes pas des ennemis, nous sommes des Américains ») signifie que Biden est une « figure importante » qui reflète le « désir de ne pas diviser mais d’unir une société très polarisée », a poursuivi le père Spadaro. « En ce sens, il répond bien à l’appel du Pape à être des bâtisseurs de ponts et non de murs ».

L’article ne mentionne pas le soutien de Biden, ou de la vice-présidente élu Kamala Harris, en faveur de l’avortement, leur soutien à l’agenda homosexuel ou leur penchant socialement libéral, mais par contre, il exprime l’espoir que Biden conduira les États-Unis à réintégrer l’accord de Paris sur le changement climatique.

Le père Spadaro a vanté la « sensibilité catholique » de Biden, comme rendant possible d’autres domaines de convergence, soulignant que l’homme politique démocrate a déclaré qu’il serait « ouvert aux incitations de la société ». Le jésuite espérait également que les femmes joueront un plus grand rôle dans le gouvernement, et a noté que Harris, « une femme originaire d’Inde », est « un très fort représentant de l’immigration ».

Les opinions divergent naturellement plus largement au sein du Vatican sur les possibilités d’une présidence Biden, comme partout ailleurs, mais pour les figures de pointe de ce pontificat, la victoire présumée de Biden était sans aucun doute ce qu’elles espéraient depuis le début.

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