Sauf à être aveugle, on ne peut pas ne pas avoir remarqué l’étrange dualité caractérisant la personnalité du Pape, au point que l’on peut parler de schizophrénie. Nous en avons traité à de multiples reprises, et encore tout récemment (cf. Avortement, le double jeu de François : le cas de l’Argentine). Et l’on se pose une fois de plus la question: qui est vraiment François? (*). Marcello Veneziani se l’est posée, lui aussi, et sa réponse est intéressante, et même drôle par moments. Mais pense-t-il vraiment ce qu’il écrit dans sa conclusion, ou est-il simplement en veine de bonté à cause de Noël, lorsqu’il émet l’hypothèse que le « bon François » qui, métaphoriquement, sort à intervalles régulier, clandestinement, par la porte arrière du Vatican est, au fond, sincère, même dans sa duplicité toute jésuitique?

(*) Quelques articles sur le sujet (non exhaustif)
  • Un péroniste au Vatican (25 janvier 2018): Vu par le Père Ray Blake
  • “Camerata” Bergoglio ( 31 janv. 2019): Un ouvrage posthume, récemment paru en Italie, et très embarrassant pour lui, évoque le passé péroniste de François
  • Le Pape-Peron ( 3 nov. 2018): l’une des clés de la compréhension de la personnalité de François réside dans sa proximité au péronisme
  • Qui est le Pape Bergoglio? ( 13 févr. 2015): Ce passionnant décryptage par un compatriote argentin très lucide et bien informé utilise la triple clé de son pays (Argentine/péronisme), sa condition de jésuite, et l’époque où il a grandi et s’est formé.

Le Pape dédoublé

Le mystère du pape Bergoglio et de son dédoublement. Il y a le Bergoglio quotidien qui, comme l’écrit le théologien dem Vito Mancuso, « tape quotidiennement sur la structure traditionnelle de l’Église, tape sur les piliers de la tradition », et qui est donc la coqueluche de tous les gauchistes, athées, radicaux, verts, bobos, populistes et communistes de la planète. C’est le Bergoglio qui parle toujours d’accueillir les migrants, fait un clin d’œil aux musulmans, oublie les chrétiens persécutés et assassinés, soutient les progressistes et les révolutionnaires, même radicaux et laïques, s’oppose à ceux qui n’entrent pas dans son horizon syndycalo-ong-écologiste, fait de l’œil aux unions gays, au féminisme, au politiquement correct.

Mais de temps en temps, de la porte latérale et arrière du Saint-Siège sort un Bergoglio mineur, clandestin, méconnaissable par rapport au précédent. Presque tout le monde fait semblant de ne pas le voir, de ne pas l’entendre, y compris les traditionalistes, et lui, il dit les choses plus comme pape que comme Bergoglio. Des salles secrètes du Vatican sort le pape qui condamne sévèrement l’avortement et compare même les médecins qui pratiquent l’avortement à des assassins, réaffirmant que l’avortement équivaut à un meurtre. Les médias mettent en sourdine ce Bergoglio, font semblant de ne pas l’avoir entendu, le citent en passant et reprennent immédiatement le Bergoglio quotidien.

Mais le Pape caché insiste, montre à nouveau le bout de son nez et défend, peut-être un peu à voix basse, la vie, la naissance et la famille, celle naturelle et traditionnelle ; il sympathise avec les mères argentines qui manifestent dans les rues pour le droit à la vie. Mais dans les médias et la communication, seul apparaît le Bergoglio favorable aux unions homosexuelles, aligné sur l’esprit du temps, sur les batailles des droits civils, sur les questions environnementales.

Et encore. De la petite porte de la sacristie, à pas furtifs, émerge le Pape, défendant le sens et la valeur de la crèche, utilisant à son sujet des mots appropriés et désormais désuets, se référant aux traditions chrétiennes, familiales et franciscaines les plus anciennes et les plus vraies. Mais la lettre apostolique consacrée à l’Admirabile signum, personne ne la cite, personne n’y prête attention ; de nombreux prêtres de base continuent à demander de ne pas faire de crèche pour ne pas heurter la sensibilité des enfants athées ou des enfants d’autres religions ou de familles d’autres sortes. Et le récit officiel de Bergoglio au Vatican nous montre la crèche des aliens installée place Saint-Pierre, dans la série « Chrétiens sur Mars » ; un outrage à la création et à la tradition franciscaine. « Horribilis comme l’année 2020″.

Quand les gardiens sont distraits, de temps en temps, le Pape se souvient en cachette que salus, pour l’Eglise, signifie salut et non santé et donc le dogme sanitaire pour faire face au covid doit concéder une heure de sortie au thème religieux, eschatologique, au salut des âmes. Au-delà des tampons [tests], il y a les hosties, au-delà des lockdowns, il y a les messes.

Alors que le Bergoglio officiel a annoncé que cette année il ne se rendrait pas à la Colonne de l’Immaculée Conception le 8 décembre sur la Piazza Mignanelli à Rome, comme c’était la coutume, le Pape clandestin, le 8 décembre, est allé visiter la Vierge presque de nuit, comme Nicodème avec Jésus ; il a fait un blitz à l’insu de tous, à l’aube, à l’Immaculée Conception [cf. , afin de ne pas attirer les fidèles. Il a renouvelé le rite et le culte marial, il a prié, même s’il l’a fait officieusement, en dehors des heures, en l’absence de fidèles [ndt, cf. Hommage à l’Immaculée: le Pape place d’Espagne, presque en catimini].

C’est un Bergoglio mineur qui ne se montre pas et qui est effacé, enlevé, caché par le récit papal. Le Bergoglio officiel nomme comme cardinal de Naples un prêtre de rue, un de ces militants des sections Bergoglio de banlieue qui réclament la justice sociale et la lutte des classes. Plus de poings fermés, moins de mains jointes. C’est le nouvel épiscopat militant voulu par le caudillo argentin qui croît à coups de nominations bergogliennes et qui déplacera « à gauche » le conclave qui élira le successeur de François.

Comment évaluer ce Bergoglio mineur, religieux et un peu démodé, en opposition au Bergoglio majeur, radical et mondialiste ? Comme un cas classique de doublement ou de bilocation, pour rester dans le jargon hagiographique, ou un cas de schizophrénie papale de type Doctor Jekyll/Mister Hyde ? Est-il du genre « un coup au cercle, un coup au tonneau » [cerchiobottista »: italianisme intraduisible, dérivé de l’expression « Dare un colpo al cerchio e uno alla botte« . Au figuré, se dit de quelqu’un qui par opportunisme ne prend pas une position nette dans une dispute, donnant raison à la fois à l’un et à l’autre] ou œcuménique ? Ou est-ce le minimum syndical pour un pape, auquel il ne peut se soustraire? Devons-nous alors considérer cela comme une ruse jésuitique pour dérouter les adversaires, rassurer et garder en main les familles chrétiennes, les catholiques traditionnels et son prédécesseur vivant, Ratzinger, pour ensuite procéder plus rapidement aux travaux de démolition et de changement ?

Ou bien est-ce simplement que Bergoglio est les deux, il est radical, progressiste, paupériste, no border, mais de temps en temps il ressent l’appel de ses origines, de son enfance, de son sacerdoce passé; il n’a pas de ligne précise et de convictions bien ancrées, il n’a pas de cohérence doctrinale solide et donc il oscille, procède en zigzag, comme les incertains, les disciples d’Hamlet et les ivrognes. Et de temps en temps, il redevient ce qu’il était autrefois, en Argentine, où il n’avait pas la réputation d’être progressiste et moderniste, et où il était tout sauf proche de la théologie de la libération et de l’opposition au régime militaire. Peut-être serait-il plus pape s’il n’y avait pas ce réflexe pavlovien, selon lequel toute action progressiste correspond à un éloge public planétaire et toute action traditionnelle correspond à un blâme ou à un silence assourdissant et à une censure. Bergoglio a compris que s’il veut bénéficier de l’estime et du soutien des médias et de l’establishment mondial, il doit se placer au milieu entre Greta [Thunberg], Karola [sans doute allusion à Carola Rackete, militante pro-immigration allemande, « capitaine » du Sea Watch, le navire « humanitaire » qui a forcé le blocus italien en 2019] et Gino Strada [chirurgien italien, fondateur de l’ONG Emergency]; non pas en odeur de sainteté, mais « en odeur de publicité ». Mais c’est la période de Noël et nous préférons penser que ce sont d’authentiques signes de bonne foi.

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