(Mise à jour: Benoît XVI va recevoir le vaccin de Pfizer). Riccardo Cascioli soupçonne une stratégie très calculée dans le double langage du Pape. Il est coutumier du fait (au point que Veneziani lui a consacré récemment un article, évoquant même un trouble de bipolarité, ou de schizophrénie: Docteur François et Mister Bergoglio). Un jour, il dit une chose, et le lendemain son contraire, abandonnant les fidèles à la confusion et à l’égarement. Une dernière preuve a été donnée ces jours-ci avec l’interview à « Canale 5 », dans laquelle il recommande vivement la vaccination, traitant même de « négationistes suicidaires » ceux qui ont des doutes (en choisissant de surcroît la comparaison totalement inappropriée ici avec le « classique » vaccin contre la polyo). Des propos qui sont en contradiction frontale avec la note de la CDF du 21 décembre, qui concluait que le vaccin devait dans tous les cas être volontaire. Du point de vue magistériel, c’est la note de la CDF qui est contraignante, mais bien entendu ce sont les propos à brûle-pourpoint du Pape (des propos de « café du commerce ») du 6 janvier que les gens retiendront.

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Le Pape et les vaccins

Riccardo Cascioli
La NBQ
12 janvier 2021
Ma traduction

Dans l’interview de TG5, le pape considère que la vaccination contre le covid-19 est un impératif moral. Mais dans le document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, publié le 21 décembre et approuvé par le Pape, il est dit exactement le contraire. Il est désormais habituel dans ce pontificat d’observer de telles contradictions, dont on pourrait dire que c’est une véritable stratégie.

« Ethiquement, tout le monde doit prendre le vaccin, ce n’est pas une option – il me semble/ il me semble que non… -, c’est une option éthique. (…) Aujourd’hui, on doit prendre le vaccin. »

Il n’est pas surprenant que ces mots forts du pape François, faisant référence au vaccin anti-Covid et contenus dans une longue interview diffusée par TG5 le dimanche 10 janvier, aient fait le tour du monde. Des mots sans appel et pour ne laisser aucune place à l’ambiguïté, le Pape a fait référence à ceux qui avancent des doutes sur la vaccination anti-Covid en les accusant de « négationnisme suicidaire ».

Et pourtant, on ne peut que s’étonner que ce soit le même Pape François qui, le 17 décembre dernier, a « examiné et approuvé la publication » de la « Note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur la moralité de l’utilisation de certains vaccins anti-Covid-19 » (ensuite publiée le 21 décembre) qui affirme tout aussi clairement qu’il « semble évident à la raison pratique que la vaccination n’est pas, en règle générale, une obligation morale et que, par conséquent, elle doit être volontaire« .

En pratique, c’est tout le contraire. A quel pape François doit-on donc donner raison? D’un point de vue purement magistériel, la seule chose qui compte est le document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi; ce que le Pape dit dans une interview, ce sont en fin de compte ses opinions, qui peuvent plaire ou pas, avec lesquelles on peut être d’accord ou pas, mais ce sont des opinions et elles sont valables en tant que telles. En réalité, portant, si personne ne se souvient déjà plus de la Note de la FDC, le monde entier sait aujourd’hui que le chef de l’Eglise catholique considère comme moralement obligatoire pour tous la vaccination anti-Covid. Et ce qui fait école, ce qui construit les mentalités, c’est l’entretien, pas le magistère. Aussi parce que même une simple opinion, si elle est dite par le Pape au monde entier, acquiert nécessairement une force qui lui est propre.

Reste le fait, pour ceux qui veulent affronter la réalité, que le Pape dit une chose aujourd’hui et le contraire demain. Ceux qui veulent le prendre au sérieux ne peuvent que se sentir désorientés et même frustrés. D’autant plus qu’il ne s’agit certes pas d’un épisode isolé. La liste des indications contraires données ces dernières années est très longue, et ce n’est pas pour rien que les catholiques se divisent souvent entre eux, citant le pape François, qui pour une sentence et qui pour son contraire. Il suffit de penser, pour ne citer que l’exemple le plus connu, à la bataille sur l’interprétation à donner à Amoris Laetitia sans qu’un mot de clarification ne vienne jamais de lui, même face à des questions précises.

Mais sans même se préoccuper du passé, il suffit de rester dans la même interview avec TG5 : une fois de plus, il a prononcé des mots durs contre l’avortement, il a expliqué que ce n’est pas une question religieuse mais humaine ; des mots forts, sans appel, même des mots courageux prononcés à la télévision en prime time. À vrai dire, il l’a fait plusieurs fois ces dernières années, mais lorsque le débat s’enflamme, devient strictement d’actualité – voir la récente approbation de l’avortement dans son Argentine natale – il s’éclipse, il évite d’entrer dans le sujet. Ou bien il soutient ouvertement des politiciens ultra-avortement, tels que Hillary Clinton et Joe Biden, et il range Emma Bonino, le symbole de la légalisation de l’avortement en Italie, « parmi les grands de l’Italie d’aujourd’hui ». Ou encore il s’entoure au Vatican de conseillers qui ont fait une bannière de la promotion de l’avortement, comme Jeffrey Sachs.

Que doit donc penser un simple croyant face à ces contradictions évidentes? Il est difficile d’échapper à la sensation d’être face à une véritable « stratégie de la confusion ». Ce sentiment est renforcé par le fait que la confusion ne concerne pas seulement la violation systématique du principe de non-contradiction. Il y a aussi une confusion des arguments, on confond souvent la science et la foi.

Revenons aux vaccins : le pape a dit que « si les médecins disent que c’est quelque chose qui peut bien se passer, pourquoi ne pas se faire vacciner? ». Oui, mais les choses ne sont pas aussi pacifiques: il y a beaucoup de médecins et de scientifiques convaincus de la nécessité de vacciner, mais il y a aussi beaucoup de médecins et de scientifiques qui ont au contraire des inquiétudes, il y a des questions importantes qui restent sans réponse. Même en laissant de côté les questions morales liées à l’origine des vaccins, nous ne connaissons certainement pas encore le niveau d’efficacité et de sécurité des vaccins autorisés; ceux qui se font inoculer des vaccins doivent maintenant savoir qu’ils font partie d’une expérience. Il y en a qui jugent le risque plus qu’acceptable face à l’avantage promis, mais il y en a qui pensent exactement le contraire ou qui ont des doutes, tout aussi légitimes. Qui détermine qu’il est éthique de donner du crédit à certains médecins et de traiter d’autres de négationistes? On ne peut pas parler du vaccin comme de la Terre promise, ce n’est pas une question de foi, ce n’est pas le vaccin qui nous libérera, pas même de la maladie dans ce cas.

C’est la même confusion qui s’est créée sur la question du changement climatique: une hypothèse scientifique, celle du réchauffement climatique anthropique (c’est-à-dire provoqué par l’homme), a été transformée en magistère, dans l’encyclique Laudato Si’. « La science dit… », et le dogme est déclenché, il est incontestable. Au lieu de cela, les scientifiques sont divisés et de toute façon une hypothèse scientifique qui aujourd’hui semble confirmée, demain pourrait être dépassée par d’autres découvertes et d’autres études. On ne peut pas transformer des hypothèses scientifiques en articles de foi. On pensait que le problème avait été résolu par l’affaire Galilée et au lieu de cela, la confusion revient.

En tout cas, dans le catholicisme, la foi présuppose et valorise la raison : une chose est de rappeler la nécessité de protéger sa vie et celle des autres, une autre est d’identifier ce principe à un vaccin particulier ou à un choix en soi discutable. Pas de diabolisation des vaccins, mais la décision doit être consciente et libre. Comme le croyait le pape François il y a deux semaines à peine.

Mise à jour

On apprend à l’instant de la bouche de Mgr Gänswein que « Benoît XVI sera vacciné dès que possible contre le covid », conformément aux dispositions établies par « les autorités vaticanes » qui ont opté pour « le vaccin fabriqué par la société pharmaceutique Pfizer, le premier à être introduit en usage clinique, qui s’est révélé efficace à 95% [!!] » (www.aciprensa.com/noticias).
Cette « pub » à peine déguisée est au minimum déplacée. On ne peut pas ne pas voir un lien avec ce qui précède, et je déplore profondément le procédé qui consiste à utiliser le Pape Benoît comme testimonial. S’il est vacciné, nous voulons espérer que c’est son choix (parler d’abus de faiblesse serait évidemment lui faire injure), et sa décision devait rester couverte par le respect dû à la vie privée.
Personne ne peut mettre en doute l’affection que je lui porte, mais quel que soit mon avis sur le sujet, je ne vois en quoi cette information pourrait m’en faire changer.

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