La réponse de Roberto de Mattei, qui prend ici le contrepied des no-vax et autres « complotistes » et rejette, arguments historiques à l’appui, toute tentation rigoriste, est clairement « oui ». Ou plutôt « chacun est libre de décider d’accepter ou de refuser la vaccination proposée par les autorités ». Les catholiques qui s’identifient à la Tradition (peut-être Mgr Vigano est-il particulièrement visé?) qui auraient quand même l’intention, en toute bonne foi, de se faire vacciner trouveront là de quoi apaiser leurs scrupules. Quant aux autres, ils risquent d’être encore plus désorientés…

Le seul vrai parti pour lequel il vaut la peine de se battre est celui de Dieu.

Nos vies sont entre Ses mains et c’est Lui qui, après avoir permis la pandémie, nous montrera si c’est Sa volonté, ou non, qu’elle soit vaincue par le vaccin.


Une réponse claire et exhaustive à ceux qui considèrent
la vaccination contre le Covid-19 illicite en soi, parce qu’elle sert l’avortement

Quelques questions (et réponses) sur la pandémie et sur les vaccins

Roberto de Mattei
Corrispondenza Romana
24 mars 2021
Ma traduction

Nous vivons une époque de confusion et, ce qui est plus dramatique, la confusion règne même parmi les catholiques les plus fidèles, qui se réclament de la Tradition de l’Église.

Parmi ces catholiques, à l’ère de la pandémie, deux questions reviennent:

  1. Est-il moralement licite d’user contre le Covid-19 des vaccins qui utilisent des lignées cellulaires provenant de fœtus avortés?
  2. Indépendamment de la licéité de ces vaccins, est-il opportun de les recevoir, puisque nous ne connaissons pas encore tous les risques qu’ils présentent pour la santé?

Dans une étude que viennent de publier les éditions Fiducia, j’ai tenté de répondre de manière articulée à la première question.

Ce texte est destiné surtout à ceux qui veulent approfondir le problème des vaccins anti-covid la lumière de la théologie et de la philosophie morale. Il existe cependant une réponse plus simple pour le catholique de bon sens, et c’est la suivante: il est licite de vacciner parce que l’Église, par l’intermédiaire de son organe doctrinal le plus autorisé, la Congrégation pour la doctrine de la foi, nous l’assure.

Le 21 décembre 2020, la Congrégation s’est exprimée dans un document concis [en italien sur le site du Vatican. Pas de version en français], qui fait référence à un autre document plus exhaustif: Dignitatis Personae du 8 septembre 2008 [en français ici].

Les déclarations de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sont la voix de l’Église enseignante, devant laquelle les laïcs ou les prêtres peuvent légitimement exprimer leurs doutes, mais toujours avec un respect filial, s’ils ne veulent pas courir le risque de justifier une quelconque dissidence, comme celle qui se manifeste ces jours-ci contre l’interdiction, de la part de la même Congrégation, de bénir les unions homosexuelles.

Nous devons également nous rappeler que l’intransigeance morale de l’Église n’a rien à voir avec le « rigorisme » qui fait périodiquement surface dans son histoire. Au troisième siècle, l’évêque Novatien (220-258), en controverse avec Rome, soutenait que l’idolâtrie était un péché impardonnable et que les « lapsi » – ceux qui s’étaient repentis après avoir sacrifié aux idoles – ne pouvaient être réadmis à la communion. Novatien devint antipape, s’opposant au pape saint Corneille (180-253), qui était soutenu par saint Cyprien (210-225), évêque de Carthage. Saint Cyprien entra à son tour en désaccord avec le pape suivant, saint Étienne Ier (254-257), qui introduisit dans son diocèse l’usage de rebaptiser les hérétiques. Au siècle suivant, ses thèses ont été radicalisées par les donatistes, qui niaient la validité même des sacrements conférés à des pécheurs publics. Saint Augustin prit brillamment la plume contre eux.

Ces thèses rigoristes sont en partie reprises au XIe siècle par certains prélats, comme Umberto da Silva Candida, qui nient la validité des ordinations de prêtres simoniaques ou nicolaïtes. Saint Pierre Damien (1007-1072), tout en taxant la simonie et la négation du célibat ecclésiastique d’hérésie, intervint pour défendre la validité des sacrements et le Concile de Trente, au XVIe siècle, confirma sa doctrine.

Ces exemples devraient faire réfléchir ceux qui nient aujourd’hui la licéité morale de la vaccination, admise à plusieurs reprises par l’Église, avec toutes les précisions nécessaires.

La deuxième question est d’ordre pratique: les vaccins anti-Covid sont-ils vraiment efficaces contre la pandémie et sont-ils exempts de dommages collatéraux à long terme? La réponse à cette question est nous ne le savons pas, pas plus que les autorités politiques et sanitaires. Ce qui est certain, c’est que les victimes du Covid ne sont pas une « fiction », mais une réalité tragique: le 24 mars, plus de 2 700 000 morts, sur les 124 millions de cas confirmés dans le monde depuis le début de la pandémie (selon les chiffres de la John Hopkins University).

On peut discuter longuement des morts « par » le Covid ou « avec » le Covid, en soutenant que le nombre de morts attribués au coronavirus est supérieur à celui qui s’est réellement produit. Il n’en reste pas moins que, avec ou sans Covid, 2020 a été une année record pour le nombre de morts dans le monde. Selon Eurostat , qui recueille les données produites par les instituts nationaux de statistique des différents pays européens, entre mars et décembre 2020, il y a eu 580 000 décès de plus dans l’Union européenne par rapport à la même période de 2016-2019; en Italie 90 000 décès de plus, par rapport à la moyenne des cinq années précédentes.

La science médicale tente de vaincre le coronavirus par la vaccination, mais il n’est pas dit qu’elle y parviendra. Son échec possible ne ferait que confirmer l’impuissance de la classe médicale à stopper le coronavirus, et donc le caractère de châtiment de cette pandémie. Par ailleurs, les progrès de la science et de la médecine passent par des erreurs de diagnostic et de remèdes, notamment face à de nouvelles maladies d’origine douteuse. Les autorités politiques et sanitaires qui, il y a un an, étaient accusées d’avoir créé artificiellement l’état d’urgence, sont aujourd’hui accusées de vouloir résoudre l’urgence par un « génocide » vaccinal organisé. Mais si l’on veut détruire l’humanité, pourquoi ne pas laisser la maladie se propager, sans avoir besoin de recourir aux vaccins qui, comme le montre le cas de la Grande-Bretagne, réduisent et n’aggravent pas le nombre de décès dans le pays? Quel sens y aurait-il à sauver une population que l’on veut détruire ?

Dans cette situation de confusion cognitive, face à l’option pour ou contre le vaccin, il faut éviter de confondre le cas individuel avec le cas public ou le cas collectif. Sur le plan individuel, chaque personne est libre de faire ses propres calculs coûts-bénéfices, en mettant en balance différents éléments: l’âge, la santé physique, l’avis de son médecin, l’attitude personnelle qu’elle a vis-à-vis de la maladie et de la mort. Mais les gouvernements, qu’ils soient bons ou mauvais, ont pour objectif le bien de la communauté [1], et ils appliquent le calcul coûts-bénéfices à la communauté, et non à chaque individu [2]. La loi juste n’est pas celle qui a un effet sur chacun, mais celle qui est faite pour tous; son application à l’homme ou à un autre individu n’est qu’accessoire. À cet égard, si en mars, en Italie, on a dépassé 500 morts par jour, ces victimes ont été tuées par le Covid, et non par les vaccins, et il semble logique que le gouvernement préconise la vaccination, même si la mise en œuvre de ce plan s’avère confuse et difficile. Chacun est donc libre de décider d’accepter ou de refuser la vaccination proposée par les autorités.

Il y a une dernière remarque à faire. Il y a un an, ceux qui affirmaient que la pandémie n’était pas une fiction, mais une réalité, étaient accusés par les « négationnistes » d’appartenir au « parti de la santé », le parti de ceux qui se laissent influencer par l’alarmisme médiatique. Mais aujourd’hui, ceux qui hier critiquaient l’hygiénisme, créent un nouveau parti ou mouvement qui rejette les vaccins au nom de la défense de leur santé. Le souci de leur santé, pour les négationnistes d’hier que sont les anti-vaccinistes d’aujourd’hui, est primordial, au point de construire de nouveaux théorèmes moraux pour prouver la non-licéité de la vaccination.

En fait, le seul vrai parti pour lequel il vaut la peine de se battre est celui de Dieu. Nos vies sont entre Ses mains et c’est Lui qui, après avoir permis la pandémie, nous montrera si c’est Sa volonté, ou non, qu’elle soit vaincue par le vaccin. Nous adorons sa volonté dans tous les cas.

NDT

[1] Est-ce ironique? Sinon, l’argument résonne étrangement sous la plume de RdM, qui connaît et a dénoncé mieux que personne les idéologies mortifères du XXe siècle, et leur prolongement aujourd’hui en Chine… pour ne citer que ces exemples. Pour ma part, je préfère m’en tenir au discours de Benoît XVI devant le Bundestag en septembre 2011, particulièrement pertinent aujourd’hui:

Dans le Premier Livre des Rois on raconte qu’au jeune roi Salomon, à l’occasion de son intronisation, Dieu accorda d’avancer une requête. Que demandera le jeune souverain en ce moment? Succès, richesse, une longue vie, l’élimination de ses ennemis? Il ne demanda rien de tout cela. Par contre il demanda: «Donne à ton serviteur un cœur docile pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal» (1 R 3, 9). Par ce récit, la Bible veut nous indiquer ce qui en définitive doit être important pour un politicien. Son critère ultime et la motivation pour son travail comme politicien ne doit pas être le succès et encore moins le profit matériel. La politique doit être un engagement pour la justice et créer ainsi les conditions de fond pour la paix. Naturellement un politicien cherchera le succès sans lequel il n’aurait aucune possibilité d’action politique effective! Mais le succès est subordonné au critère de la justice, à la volonté de mettre en œuvre le droit et à l’intelligence du droit. Le succès peut aussi être une séduction, et ainsi il peut ouvrir la route à la contrefaçon du droit, à la destruction de la justice. «Enlève le droit – et alors qu’est ce qui distingue l’État d’une grosse bande de brigands?» a dit un jour saint Augustin. Nous Allemands, nous savons par notre expérience que ces paroles ne sont pas un phantasme vide. Nous avons fait l’expérience de séparer le pouvoir du droit, de mettre le pouvoir contre le droit, de fouler aux pieds le droit, de sorte que l’État était devenu une bande de brigands très bien organisée, qui pouvait menacer le monde entier et le pousser au bord du précipice. Servir le droit et combattre la domination de l’injustice est et demeure la tâche fondamentale du politicien. Dans un moment historique où l’homme a acquis un pouvoir jusqu’ici inimaginable, cette tâche devient particulièrement urgente

*

http://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/speeches/2011/september/documents/hf_ben-xvi_spe_20110922_reichstag-berlin.html

[2] Cette conception collectiviste de la médecine qui fait passer l’individu après la communauté a été dénoncée ici par le docteur Gulisano: Vaccin à tout prix

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