Cela s’est passé le 11 avril, à l’occasion de la Fête de la Divine Miséricorde dans une église romaine. Les fidèles qui sont venus le saluer au terme de la célébration se sont vus invités à retirer leur masque (comme François lui-même) et n’ont respecté aucune mesure d’hygiène lors du traditionnel «baciamano». Quel message le Pape a-t-il voulu laisser passer, en adoptant un comportement aussi peu cohérent avec l’attitude adoptée jusqu’ici par le Vatican à propos de la pandémie? Curieusement, l’information n’a pas été reprise par les médias, à l’exception de blogs, et c’est Marco Tosatti qui s’en fait l’écho ici.

Le baciamano qui défie la pandémie. Que se passe-t-il au Vatican?

Miguel Cuartero Sampiri
Via www.marcotosatti.com (original www.sabinopaciolla.com)
Ma traduction

Le dimanche 11 avril, le pape François a célébré l’Eucharistie dans l’église Santo Spirito in Sassia, connue sous le nom de Sanctuaire de la Miséricorde Divine, pour honorer la célébration de la Fête de la Miséricorde Divine. Une fête que, depuis 2000, par la volonté du pape Jean-Paul II, l’Église catholique célèbre le deuxième dimanche de Pâques.

À la fin de la célébration, le Saint-Père s’est arrêté pour saluer quelques fidèles en présence de Mgr Rino Fisichella et de Mgr Joseph Bart, recteur du sanctuaire.

Les images du Saint-Père saluant les fidèles ont toutefois suscité l’étonnement et la perplexité des fidèles du monde entier. En effet, le Pontife ne portait pas de masque, pas plus que ses accompagnateurs qui l’encadraient à quelques centimètres de lui, Mgr Fisichella, Mgr Bart et le majordome à côté de l’archevêque italien. Et ce n’est pas tout : la quasi-totalité des fidèles qui se sont approchés pour saluer le pape François ne portaient pas de masque ou le gardaient baissé. Tous ont serré la main du pontife, beaucoup ont même embrassé l’anneau du pêcheur. Tout cela comme si nous n’étions pas au milieu d’une pandémie de coronavirus ou comme si le virus avait soudainement disparu de l’horizon.

Le sujet pourrait facilement être balayé comme un épisode limité de peu d’importance (je peux déjà imaginer que beaucoup s’arrêteront aux premières lignes, agacés par un article qui traite du baisemain papal sans masque ni distanciation) mais l’épisode est en fait digne de quelques questions qui méritent une réponse.

L’observation des images de dimanche a rappelé à certains un autre épisode similaire, mais de signe opposé. Nous sommes en mars 2019, un an avant la propagation mondiale de la pandémie de Covid-19: à la fin d’une célébration dans la Sainte Maison de Lorette, le pape François refusa le baise-main des fidèles avec une évidente grossièreté (essayez d’embrasser l’anneau d’un évêque : s’il n’est pas une prima donna, il retirera discrètement sa main), suscitant curiosité et surprise. Nombreuses furent les hypothèses des différents commentateurs sur les raisons du geste, en premier lieu celle de l’humilité d’un Pontife qui aime les choses simples et rompt volontiers les protocoles pour vivre comme un citoyen normal et être parmi les gens… A cette occasion, l’évidence et la grossièreté du geste répété plusieurs fois obligèrent le porte-parole du Vatican Alessandro Gisotti à expliquer à la télévision mondiale la raison du grand refus. Eh bien, le pape, a expliqué Gisotti, a retiré sa main pour des raisons d’hygiène.

« La raison est très simple: l’hygiène, a expliqué Gisotti. Lorsqu’il y a de longues files de fidèles, le pape veut éviter les risques de contagion pour les personnes. Donc pas pour lui-même, mais pour les fidèles eux-mêmes ».
Il ne s’agissait donc pas de rompre le protocole en faveur de la simplicité évangélique, mais simplement d’un besoin de prudence sanitaire.

Mais si la préoccupation du Pontife concernant une contagion était déjà pressante en 2019, combien plus devrait-elle l’être aujourd’hui, en pleine pandémie, alors que le monde entier vit dans la terreur de la contagion et subit les restrictions de mouvement, la stricte obligation de porter un masque « sur la bouche et le nez » et de maintenir des distances de sécurité. La prudence aurait dû être au plus haut niveau, surtout de la part d’une des personnalités publiques les plus connues et les plus suivies au monde, qui représente une des autorités morales les plus influentes au monde.

Alors que s’est-il passé le 11 avril à Santo Spirito? Certains ont fait remarquer que le pape François et Mgr Fisichella ont déjà été vaccinés et ne seraient donc pas tenus de maintenir des masques et une distance. Cette observation ne tient toutefois pas compte des prescriptions du ministère de la santé, qui recommande de maintenir les mesures de sécurité même après avoir reçu le vaccin. Cela dit, (et en précisant au passage que cela n’assure pas une protection totale contre la transmission du virus) que dire des personnes qui ont embrassé l’anneau l’un après l’autre sans qu’il soit au moins désinfecté (souvenez-vous du baiser au crucifix du Vendredi saint avant la pandémie? Le prêtre ou les ministres passaient un purificateur sur la croix après chaque baiser pour éviter les contagions et infections de toutes sortes).

Pour l’instant, nous ne savons pas pourquoi le pape, l’évêque, les fidèles qui sont venus ce jour-là, se sont sentis libérés du dangereux virus qui a semé et sème encore la terreur dans le monde entier, surtout chez les plus fragiles de corps et d’esprit, les personnes âgées et leurs familles, avec la complicité d’une campagne de terrorisme médiatique qui présente chaque jour le compte des morts et des infectés pour ne pas perdre de vue que nous sommes attaqués et que nous ne pouvons pas nous offrir le luxe de vivre sereinement.

Il est bien connu que, depuis le début de la pandémie, le pape François a eu une « attitude ambivalente à l’égard du virus », comme l’a souligné la vaticaniste de Il Messaggero Franca Giansoldati dans un article du 21 octobre.

Alors qu’au début de la pandémie, le pape – tout en demandant d’obéir aux indications des gouvernements – a continué à célébrer en refusant de porter un masque, et à entrer en contact physique avec les fidèles, lors de la deuxième vague, il a commencé à prendre des précautions. Un changement soudain de stratégie que le Pontife lui-même a expliqué aux fidèles avant l’audience du 21 octobre en ces termes: « Aujourd’hui, nous devons changer un peu la façon dont nous menons cette audience à cause du coronavirus. Vous êtes séparés, avec le masque, et je suis un peu distant et je ne peux pas faire ce que je fais toujours, m’approcher de vous, parce qu’il se trouve que chaque fois que je m’approche, vous vous réunissez tous et la distance est perdue et il y a un danger de contagion pour vous. Je suis désolé de faire ça mais c’est pour votre sécurité. Au lieu de s’approcher de vous et de vous serrer la main, nous nous saluons de loin, mais sachez que je suis proche de vous avec le cœur. J’espère que vous comprenez pourquoi je fais cela ».

Six mois se sont écoulés depuis cette audience et il semble que le Pape ait jugé bon de revenir parmi les gens et de se passer des précautions qui, en octobre, le tenaient à bonne distance des fidèles. Pourtant, le virus ne semble pas avoir changé de stratégie et les contagions, selon ce dont les médias gouvernementaux nous informent assidûment chaque jour, ne semblent pas donner de répit.

Il est impossible de penser à un malentendu et ce, pour diverses raisons. Il est clair pour tout le monde que, que nous le voulions ou non, la pandémie nous a imposé un nouveau mode de vie. Nous n’avons plus l’habitude de serrer des mains, de nous embrasser, de sortir de chez nous sans masque, de violer les distances de sécurité en nous approchant trop près des autres, de ne pas nous désinfecter les mains à tout moment…

Pourtant, rien de tout cela ne s’est produit devant le pape. On ne peut certainement pas penser à un malentendu de la part des fidèles pris par l’émotion. On ne peut pas non plus penser à une faille dans le système de sécurité qui entoure le Pontife lors de ses visites officielles. Le personnel de sécurité du Pape, toujours extrêmement attentif au protocole, n’aurait pas pu se le permettre, pas plus que le recteur de la Basilique qui faisait les honneurs.

En réalité, la preuve qu’il ne s’agissait pas d’un événement fortuit se trouve dans la vidéo de l’événement. Une fois que le baise-main a commencé, après que la première personne s’est approchée du pontife en portant un masque, on peut clairement voir comment l’archevêque Fisichella invite les fidèles qui attendent leur tour à enlever le masque. Il le fait d’un geste sans équivoque, puis demande au majordome de passer le mot et d’exhorter les personnes dans la file à retirer leur masque avant de s’approcher du Pontife.

François est en outre considéré comme le « pape des gestes ». Pour lui – il l’a clairement démontré à plusieurs reprises depuis 2013 – un geste vaut plus que mille mots, l’exemple plus qu’une bulle papale. On se demande donc quel message il a voulu faire passer avec ce geste d’extrême liberté en contraste avec les règles imposées dans le monde entier. Alors, que s’est-il passé? Un nouveau changement de stratégie du Vatican envers le Covid-19? Un message à contre-courant pour rassurer les citoyens face à une campagne médiatique qui sème la peur et l’inquiétude? Un signe que le Covid a réellement lâché prise et qu’il disparaît de nos vies ?

Pourtant, pendant cette période, l’Église a fait preuve d’une grande diligence pour veiller à ce que les règles d’hygiène soient respectées pendant les célébrations. Dans le monde entier, les conférences épiscopales ont collaboré avec les autorités en demandant à leurs prêtres et à leurs fidèles de faire preuve de la plus grande prudence. Deux épisodes récents le démontrent clairement. La semaine dernière, l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, a ouvert un procès canonique contre deux prêtres qui n’ont pas respecté l’obligation de porter un masque pendant la Veillée pascale tandis qu’il y a quelques jours, le père oblat Don Diego Minoni, curé de l’église des Saints Ippolito et Cassiano à Vanzago, a été « démis » par l’évêque auxiliaire de Milan Mgr. Luca Raimondi pour s’être opposé à l’utilisation du masque dans l’Église (un soi-disant « négationniste » ou « no mask » pour utiliser les termes en vogue pour désigner ceux qui remettent en question l’utilisation du masque ou les règles imposées par les autorités politiques et sanitaires).

Alors pourquoi le pape n’a-t-il pas donné le « bon exemple » en ignorant les normes que les évêques recommandent d’observer au prix de la révocation des curés ou de l’ouverture de procès canoniques à leur encontre? Pour l’instant, nous ne savons pas. A moins que le porte-parole ne revienne pour expliquer ce que le Pape a voulu nous dire avec un signal aussi fort sur l’utilisation du masque et sur le contact physique en pleine pandémie de covid-19.

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