Belle réflexion de Stefano Fontana: « Le principe du choix (préférentiel) pour les pauvres est un principe de la Doctrine sociale de l’Église récemment inclus parmi ses fondements. Il s’agit d’un principe doctrinalement incertain et opérationnellement dangereux, précisément parce que, dans son imprécision, il se prête à la manipulation idéologique. Le risque est de se fier aux évaluations de la sociologie plutôt qu’à celles de l’Évangile et de finir par épouser le concept de pauvre et de pauvreté proposé par les centres de pouvoir ».

Ces pauvres et ces fragiles que l’Église masquée ne voit pas.

Stefano Fontana
La NBQ
7 août 2021
Ma traduction

L’Église est heureuse que le Green Pass ne soit pas appliqué pour les messes dominicales, mais contente qu’il soit appliqué dans tous les autres lieux parce qu’il protège ainsi les plus fragiles, mais elle n’a pas vu et ne voit pas les  » autres  » pauvres, ceux qui ne sont pas utiles à l’application des politiques gouvernementales : parmi eux aussi ceux qui doivent payer pour leurs convictions et qui, sur le lieu de travail, n’acceptent pas l’injustice et la discrimination, luttant pour la vérité et la liberté.

Depuis que cette histoire de Covid a commencé, avec ses derniers développements en matière de vaccination de masse et de « Certification Verte », tout le monde répète qu’il faut travailler avec les institutions selon les plans des comités de pilotage qui ont été mis en place pour défendre les fragiles et les pauvres. Mais qui sont les fragiles et les pauvres ? Car il se pourrait bien que nous parlions des pauvres que nous voulons voir et que nous négligions les pauvres que nous ne voulons pas voir. Pour voir les pauvres, en effet, il faut vouloir les voir. Voir les pauvres n’est jamais seulement un acte de connaissance mais aussi de charité. Les idéologies, comme nous le savons, nous font voir les pauvres qu’elles veulent nous faire voir, et elles éclipsent d’autres types de pauvres, qui sont peut-être les vrais pauvres.

Dans cette dernière phase de ce qu’on nomme pandémie, celle qui contraint au Green Pass pour protéger les faibles, les fragiles et les pauvres ; celle qui voudrait obliger tous les jeunes, y compris les enfants, à se faire vacciner pour ne pas infecter les plus faibles, les plus fragiles et les plus pauvres ; … dans cette phase, il y a des fragilités qui ne sont pas prises en compte ou qui sont négligées.

Une première catégorie peut être exprimée avec ce cas, que je rapporte ici. Dans un hôpital, une femme âgée a subi une attaque cérébrale, elle est semi-paralysée, elle a perdu la capacité de communiquer, elle a été admise mais sa famille n’a pu la voir que très rarement et avec un rideau en plastique transparent. Pas même pour la prendre par la main et la regarder dans les yeux. Dans les hôpitaux italiens, en effet, les gens ne sont toujours pas autorisés à entrer, malgré les taux d’infection très bas et le fait que les unités de soins intensifs soient vides. Supposons que la vieille dame soit saine d’esprit et comprenne sa situation, avec quelle solitude angoissée vivra-t-elle ces moments interminables ? N’est-elle pas elle aussi une personne fragile et pauvre, contrainte au désespoir par des règles inhumaines étrangement établies précisément pour aider les personnes fragiles ?

Une deuxième catégorie de pauvres est constituée par les nombreuses personnes qui, avant la gueule de bois du Covid, parvenaient à vivre de petits boulots. Ils sont souvent âgés et solitaires. Comme l’homme qui fait le tour des marchés le dimanche avec son étalage de vieux livres. Cette activité lui permettait de gagner un peu d’argent et de compléter son maigre budget, mais surtout d’avoir quelque chose à faire pendant la semaine. Son gain, modeste mais importants, était à la fois financier et spirituel. Les marchés ont été fermés, ils n’ont pas tous été rouverts, et des personnes fragiles comme celle dont nous parlons sont tombées dans la dépression et la solitude.

Les enfants constituent une autre catégorie de pauvres presque oubliés. Un enfant n’est-il pas pauvre lorsqu’il ne peut plus accompagner ses parents sans Green Pass à la bibliothèque municipale pour feuilleter quelques livres et en emprunter ? Qui peut lui expliquer que la distance sociale et le masque ne sont plus de mise ? Et n’est-ce pas un nouvel obstacle pour les familles pauvres ? Les riches peuvent se faire livrer leurs livres par Amazon de toute façon. La pauvreté des enfants à l’époque du Green Pass n’est un sujet de préoccupation que pour peu de gens. Sans aucune base scientifique, on les a tenus à distance en classe et dans la cour de récréation, on a fragmenté les classes d’école, on a suspendu toute forme d’agrégation, on a arrêté de jouer, ce qui est leur vie, et maintenant ils n’ont plus le droit d’entrer aux cours de natation ou aux écoles de danse si leurs parents ne présentent pas la fameuse certification.

Enfin, il y a la quatrième catégorie de personnes fragiles : celles qui doivent payer pour leurs convictions et qui, sur le lieu de travail, n’acceptent pas l’injustice et la discrimination, n’acceptent pas les brimades et les menaces, surtout si elles ne sont pas fondées. Ils ne se battent pas seulement pour la liberté mais aussi pour la vérité et même la logique, ils prennent de nombreux risques, ils font face aux frais d’avocats, ils risquent le licenciement et l’exclusion de l’association professionnelle. Ils sont médecins, infirmiers, enseignants, mais aussi vendeurs et caissiers.

L’Église, elle aussi, a beaucoup parlé de solidarité avec les pauvres et les plus fragiles, en en faisant la principale raison de son acceptation pleine et convaincue des plans anti-covid du gouvernement. Le texte principal sur ce sujet reste l’encyclique  » Frères tous « , dont certains concepts sont ensuite repris à tous les niveaux ecclésiaux jusqu’aux homélies dominicales. La pandémie a été perçue comme une impulsion providentielle à la collaboration solidaire, car elle aurait montré que nous sommes « une communauté naviguant dans le même bateau ».

Pourtant, l’Église n’a pas vu et ne voit pas les « autres » pauvres, ceux qui ne sont pas « utiles » à l’application de la politique gouvernementale parce qu’ils témoigneraient de son caractère néfaste pour les pauvres.

Le principe du choix (préférentiel) pour les pauvres est un principe de la Doctrine sociale de l’Église récemment été inclus parmi ses fondements. Il s’agit d’un principe doctrinalement incertain et opérationnellement dangereux, précisément parce que, dans son imprécision, il se prête à la manipulation idéologique. Le risque est de se fier aux évaluations de la sociologie plutôt qu’à celles de l’Évangile et de finir par épouser le concept de pauvre et de pauvreté proposé par les centres de pouvoir. L’Église a sa propre sagesse, mûrie au cours des siècles, pour reconnaître les vrais pauvres.

Mais l’Église-masquée, qui est heureuse que le Green Pass ne s’applique pas aux messes dominicales mais se réjouit qu’il s’applique dans tous les autres lieux parce qu’il protège ainsi les plus fragiles, pratique un éloignement social des mondes authentiques et vrais de la vie, des lieux dont aucun journal ne parle et où vivent de nombreuses personnes fragiles et pauvres, que l’Église risque de ne plus voir.

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