De Gloria Tv, reprise par AM Valli, une interview d’Henry Sire, ancien chevalier de Malte, auteur du livre The Dictator Pope : The Inside Story of the Francis Papacy (En français: Le Pape dictateur, l’histoire cachée du Pontificat). Il n’est guère optimiste pour le prochain Pape, et prévoit un conclave « chaotique ». Extrait.

Bergoglio est un produit classique de la société argentine, qui est une caricature de la société espagnole à laquelle on a ajouté des éléments particuliers comme le péronisme. En fait, ceux qui essaient de comprendre Bergoglio à partir des normes anglo-saxonnes ou germaniques de décence et de bonne conduite ont du mal à saisir la culture de l’égoïsme sans principes qui, pour un Argentin, fait simplement partie du climat.

https://www.aldomariavalli.it/2021/12/10/henry-sire-alias-marcantonio-colonna-il-prossimo-conclave-sara-caotico

(…)

« Le Pape Dictateur » a été publié en 2017. Quelle est la contribution de ce livre ?

Pour l’essentiel, le livre n’était guère plus qu’un résumé du travail que de nombreux journalistes avaient déjà effectué pour analyser les abus commis sous François. Ma principale contribution a été de pouvoir utiliser les connaissances des Argentins qui savaient exactement comment était Bergoglio, connaissances qui n’avaient pas été diffusées dans le monde anglophone en raison de la barrière de la langue.

Avec le recul, qu’est-ce que vous écririez différemment ?

En fait, des recherches plus approfondies m’ont montré que j’avais sous-estimé le bourbier de corruption auquel Bergoglio a participé durant sa carrière en Argentine. Un exemple est son rôle de protecteur des délinquants sexuels du clergé. Je regrette beaucoup de ne pas avoir eu plus de faits à ma disposition pour dresser un portrait véridique de l’homme que les cardinaux ont élu comme pape en 2013.

Par exemple ?

Lorsque j’ai écrit mon livre, je n’étais pas pleinement conscient de la culture de corruption morale et financière dans laquelle était plongé l’archidiocèse de Buenos Aires ; Bergoglio lui-même n’était pas responsable de cette culture, mais il n’a rien fait pour la réformer et l’a renforcée par sa politique de dissimulation. Il existe également des aspects du début de la carrière de Bergoglio que seul un chercheur argentin pourrait explorer pleinement, notamment la question controversée de sa conduite pendant la dictature militaire.

Votre livre contient un chapitre sur la mafia de Saint-Gall. N’était-ce pas une question de temps – avec ou sans cette mafia – qu’un « François » finisse par être élu pape, étant donné que dans les décennies précédentes, la plupart des évêques et des cardinaux étaient choisis par le groupe conformiste-libéral ?

Il est certainement vrai que ni Jean-Paul II ni Benoît XVI n’ont fait grand-chose pour écarter les modernistes du Collège des Cardinaux. Étant donné le faible niveau de la hiérarchie moderne, la probabilité qu’un mauvais pape soit élu était réelle.

Et donc?

Rappelons toutefois qu’en 2013, l’Église semblait être sur la voie d’un retour à l’orthodoxie et à la tradition. Il n’est pas vrai que quelqu’un comme Bergoglio aurait été élu sans la mafia de Saint-Gall. En fait, lorsque Benoît XVI a abdiqué, son secrétaire d’État, le cardinal Bertone, était censé organiser l’élection du cardinal Scola comme pape ; mais Bertone était personnellement opposé à Scola et a complètement trahi Benoît XVI. Le conclave fut ainsi chamboulé et ouvrit la porte aux intrigues de Saint-Gall.

Scola a défendu François à plusieurs reprises et a attaqué ceux qui ont critiqué son pontificat. En outre, Benoît XVI a créé des cardinaux tels que O’Malley, Sandri, Scherer, Koch, Ravasi, Wuerl, Marx, Coccopalmerio, Bráz de Aviz, Versaldi – tous nommés à des postes importants. Comment la « réforme bénédictine » a-t-elle pu devenir une réalité avec de telles personnes ?

Le pape Benoît a suivi ce qu’il aurait appelé une politique impartiale dans ses nominations. Le résultat est que beaucoup des pires représentants de l’Église moderne sont arrivés au sommet. Mais en particulier, son choix du Cardinal Scola comme successeur a montré son mauvais jugement en matière d’hommes. Scola semblait être un conservateur sain, mais en réalité il était carriériste, comme l’a montré son comportement ultérieur, et Bertone et les cardinaux italiens l’ont rejeté pour cette même raison.

L’existence de la mafia de Saint-Gall n’était pas un secret. Benoît XVI n’a pas semblé s’inquiéter de ce groupe et n’a pas pris de contre-mesures.

Rappelons que le groupe de Saint-Gall a échoué au conclave de 2005, lorsque Benoît lui-même a été élu. Qui aurait pu prédire qu’il serait soudainement ressuscité en 2013 ?

Les milieux ecclésiastiques ne sont pas connus pour savoir garder leurs secrets. Pensez-vous vraiment que Benoît, largement considéré comme très intelligent, n’était pas conscient des dangers ?

Le pape Benoît est certes très intelligent, mais il est avant tout un érudit, et il s’est montré déficient en matière de calcul politique et de connaissance des hommes. Mais le point principal est que Benoît XVI avait en fait un plan pour le conclave de 2013 : l’élection du cardinal Scola, et il a évidemment supposé qu’il réussirait. Le fait que ce plan n’ait jamais vu le jour a fait voler en éclats tous les calculs. Mais même un observateur beaucoup plus perspicace n’aurait pas pu prévoir que la mafia saint-galloise, qui ne s’était pas réunie depuis 2005, allait soudainement se relever, et avec le même candidat.

Et le moment de l’abdication de Benoît ?

Là où Benoît a échoué, c’est dans le choix du moment de son abdication. S’il l’avait retardé ne serait-ce que de six ou douze mois, de nombreux acteurs clés, dont Bergoglio lui-même, auraient été mis à la retraite. Tout comme dans le fiasco Bertone-Scola, Benoît XVI a fait preuve d’un mauvais calcul politique et le résultat a été une tragédie grecque : l’élection du pire pape possible, au moment même où l’Église semblait sur la voie du redressement. C’était la pire réalisation des dommages causés par le Concile Vatican II.

Vous avez étudié chez les Jésuites. Cela vous aide-t-il à comprendre François ?

Seulement dans le sens où j’ai été témoin de l’effondrement et de la corruption de la Société après Vatican II. Bergoglio en est un exemple classique. Le fait que je sois à moitié espagnol et que je comprenne donc une culture hispanique comme celle de l’Argentine m’a aidé.

Une culture hispanique ?

Bergoglio est un produit classique de la société argentine, qui est une caricature de la société espagnole à laquelle on a ajouté des éléments particuliers comme le péronisme. En fait, ceux qui essaient de comprendre Bergoglio à partir des normes anglo-saxonnes ou germaniques de décence et de bonne conduite ont du mal à saisir la culture de l’égoïsme sans principes qui, pour un Argentin, fait simplement partie du climat.

Chez les jésuites d’Argentine, Bergoglio était considéré comme un « conservateur ». Il a dû sa carrière aux « conservateurs ». Il n’avait pas le soutien de son ordre. Qu’est-ce qui a mal tourné ?

Vous abordez le grand mystère de la carrière de Bergoglio, son passage du statut de bras droit du cardinal « réactionnaire » Quarracino à Buenos Aires à celui de favori du groupe de Saint-Gall. La seule explication que je vois est que, ces dernières années, on s’attendait à ce que le pape Jean-Paul II soit remplacé par un pape plus libéral, et Bergoglio voulait être du côté des gagnants. Je ne pense pas qu’il s’attendait sérieusement à devenir lui-même papabile avant 2005. Mais fondamentalement, le problème est que Bergoglio n’a pas de vrais principes, comme le péroniste typique qu’il est.

Comment décririez-vous François d’un point de vue psychologique ? Il suit une thérapie avec l’émigrée juive autrichienne Maria Langer, qui est plus une idéologue marxiste qu’une psychologue. Langer avait à peu près le même âge que la mère de Bergoglio. François parle de sa famille, surtout de sa grand-mère, mais jamais de sa mère. Pourquoi ?

Vous avez raison de dire que Bergoglio vient d’un milieu familial difficile et qu’il a toujours évité de parler de ses parents. Son passé de videur dans une boîte de nuit (avant de devenir jésuite) n’est pas exactement ce à quoi nous sommes habitués de la part des vicaires du Christ modernes. Mais je ne connais pas assez son histoire pour faire des commentaires.

Vous avez récemment déclaré sur Twitter qu’une comparaison entre François et Staline pourrait être appropriée. Dans quel sens ?

Je répondais à un commentaire sur Twitter, et le sens de ma réponse était qu’il est plus approprié de comparer Bergoglio à Perón.

Peroniste ou simplement opportuniste ? Dans l’histoire récente, combien de prêtres ont été nommés évêques en raison de leur fidélité inébranlable à la Foi ? L’opportunisme n’est-il pas la première condition pour ceux qui veulent gravir les échelons de la carrière dans l’Église ?

Il y a quelques exceptions : les cardinaux Sarah et Burke, par exemple. Ce qui distingue Bergoglio, c’est que l’opportunisme fait partie d’une culture politique sophistiquée dans laquelle il a été élevé, et qu’il est la base d’une carrière rusée et manipulatrice dans laquelle la plupart des évêques ne lui arrivent pas à la cheville.

François est un italo-argentin qui dirige le Vatican à la manière d’un italo-argentin, avec de nombreux larbins et béni-oui-oui autour de lui. L’Eglise doit-elle devenir plus anglo-saxonne ?

Je ne suis moi-même pas très anglo-saxon, et je ne veux pas présenter l’affaire en termes nationaux. C’était certainement un désastre pour l’Église d’avoir comme pape le représentant d’une très mauvaise culture politique comme celle de l’Argentine. Le premier pas vers la réforme sera de rompre avec cet héritage.

En quoi consiste cette culture politique ?

Dans des méthodes dictatoriales, bien sûr. D’autres éléments de cette culture sont un populisme tapageur qui permet à un politicien de soutenir « le peuple » alors qu’en fait il ne fait rien pour le peuple, et un anti-yankeeisme hérité qui a motivé le désastreux abandon de François face au gouvernement communiste chinois.

François aime se cacher derrière des contradictions, par exemple il qualifie l’avortement de meurtre à gages et considère en même temps l’avorteuse Emma Bonino comme l’un des « grands d’Italie ». Quelles sont les « tactiques » qui se cachent derrière tout cela ?

C’est à nouveau typique du péronisme, qui envoie des signaux contradictoires à l’autre partie. Un Argentin le comprendrait très bien, mais pour le reste du monde, ce serait incompréhensible.

En dehors de Perón, François ne connaît-il pas la phrase de saint Paul « Que ta parole soit oui, oui, ou non, non » ?

Tout au long de sa vie, le oui de Bergoglio était un non, et son non était un oui.

Lors de l’Angélus du 7 novembre, François a qualifié « l’hypocrisie de dangereuse maladie de l’âme », s’est élevé contre « la duplicité et l’exploitation de sa propre position pour détruire les autres ». Est-ce qu’il parlait de lui-même ?

Comme beaucoup de gens, François a le don de condamner ses propres vices. Il semble s’agir d’une forme particulière de connaissance de soi, dans laquelle le sujet reconnaît le vice mais ne voit pas celui qui est coupable du vice. Cela nous aide à comprendre comment le père Kolvenbach, général jésuite, sur la base des témoignages de ceux qui ont connu Bergoglio, l’a accusé en 1991 de duplicité et de manque d’équilibre psychologique.

En tant qu’historien, avez-vous la moindre idée de ce qu’il est advenu de la lettre que Kolvenbach a écrite sur Bergoglio ? A-t-elle disparu ?

De nombreux exemplaires du rapport du père Kolvenbach ont été distribués aux membres de la Congrégation des évêques en 1991. La plupart des copies ont probablement été détruites dans le cours normal des choses après la nomination de Bergoglio comme évêque. Un exemplaire était certainement conservé dans les archives de la Compagnie de Jésus à Rome et en a disparu peu après que Bergoglio soit devenu pape. Il ne voulait manifestement pas perdre de temps pour s’en débarrasser. Je sais de source sûre qu’au moins un des exemplaires restants est en possession d’une certaine personne qui le garde secret pour des raisons de prudence. Je ne l’ai pas vu moi-même. Son contenu m’a été communiqué par un prêtre qui l’avait lu, et j’ai reproduit dans mon livre Il Papa Dittatore exactement ce qu’il m’a dit. Je ne sais rien de plus.

Dans quel domaine François fait-il le plus de dégâts ?

Je pense que le plus grand dégât causé par François est le flux constant de mauvais évêques et cardinaux qu’il a nommés. Cela conduira probablement à l’élection d’un autre mauvais pape. Même si, par miracle, nous sommes épargnés, ce sera un héritage épouvantable qui pèsera sur l’Église pour les années à venir.

Vous souvenez-vous d’une bonne décision que François a prise ?

Inévitablement, oui. Sa nomination du cardinal Burke comme patron de l’Ordre de Malte était une bonne chose, et semblait au départ aider le cardinal à promouvoir une politique traditionnelle au sein de l’Ordre ; mais le problème avec de tels gestes est qu’ils ne sont absolument pas fiables. François est capable de les défaire d’un seul coup.

François est un opportuniste, mais seulement jusqu’à un certain point. Avec Traditionis custodes, il a commencé une bataille qu’il ne peut pas gagner. Il semble avoir une haine pour « les bons ». Vous avez une idée de la raison ?

Il ne fait que suivre le programme de Saint-Gall et tenter d’éliminer la tradition. Il est également vrai, comme vous le dites, qu’il a des préjugés contre les bonnes personnes de l’Église. Au cours de sa carrière, il s’est entouré de personnes compromises et moralement faibles parce qu’il peut les contrôler.

Comment évaluez-vous l’impact de Traditionis custodes ?

Traditiones custodes a été à juste titre traduit par « gardiens de la tradition ». Il s’agit de la dernière tentative de la génération Vatican II pour empêcher le renouveau de la Tradition parmi les jeunes catholiques. Mais il est significatif que la plupart des évêques refusent d’appliquer cette politique répressive. Le fait est que le pape François est si impopulaire que de nombreux évêques préféreront ignorer son leadership, même s’ils n’ont aucune sympathie particulière pour l’ancienne liturgie.

Traditionis custodes empêchera-t-il la propagation de la liturgie romaine ?

Nous pouvons être sûrs d’une chose : la prochaine génération de catholiques continuera à redécouvrir les richesses spirituelles de l’Église et à remettre en question les innovations conciliaires qui ne sont que des politiques d’hier dont le sens les dépasse.

François se qualifie de « pape des pauvres », tout en étant populaire auprès des riches et de leurs journalistes. Il prêche la « miséricorde » mais est applaudi par ceux qui ne se soucient pas de la miséricorde divine parce qu’ils ne se considèrent pas comme des pécheurs. A qui appartient le pape François ?

Après huit ans de pontificat, nous pouvons clairement répondre à cette question : François est le pape de la mafia saint-galloise et des médias sécularistes mondiaux, dont l’approbation est son seul objectif.

Qu’est-ce que cela implique concrètement ?

François n’a pas d’autre politique que de gagner les applaudissements des élites modernes en suivant tous leurs caprices : alarmisme climatique, immigration incontrôlée, imitation du marxisme au service du capitalisme moderne « woke ». Si vous regardez le bilan de Bergoglio avant qu’il ne devienne pape, il a fait preuve d’un certain populisme, dans le sens où il s’est allié aux syndicats, etc., mais n’a rien fait pour les vrais pauvres en Argentine, et n’a pas changé en tant que pape. Sa politique est juste de presser certains boutons linguistiques. Les médias réagissent servilement en le dépeignant comme le champion des pauvres, pour lesquels il ne fait rien en pratique.

Comment tout cela va-t-il finir ?

Divers commentateurs ont dit que Rome se trouve dans la situation typique de la fin d’un pontificat, avec tous les regards tournés vers le prochain conclave. L’issue de ce conclave est particulièrement imprévisible parce que Bergoglio a nommé tant de cardinaux provenant de régions obscures du monde et, qui plus est, il les a délibérément empêchés de se rencontrer pour apprendre à se connaître.

Qu’attendez-vous du prochain conclave ?

Nous pouvons être sûrs d’une chose : le prochain conclave sera chaotique. Il pourrait y avoir une scission au sein du conclave. Même si cela est évité, je pense que le résultat le plus probable sera que les cardinaux essaieront d’élire un pape centriste pour éviter les sentiments négatifs qui ont surgi si abondamment au cours de ce pontificat.

Un pape de l’extrême-centre?

Le prochain pape ne saura donc pas quoi faire, ne donnera pas une ligne claire, et la confusion créée par les ambiguïtés de François sera encore plus grande. Toutefois, l’avenir pourrait être bien plus surprenant. Avec la grâce de Dieu, le conclave pourrait même élire un bon Pape.

Qui sont les « bons candidats » parmi les cardinaux actuels qui pourraient avoir une chance d’être élus ?

Sandro Magister, dans un article paru il y a quelques mois, a désigné le cardinal Erdö, que j’ai rencontré lors de mon séjour à Rome, comme l’un des principaux papabili – ce qui est assez surprenant compte tenu de la manière dont François a rempli le Sacré Collège. Erdö est certainement tout à fait orthodoxe, mais franchement, je ne connais aucun cardinal qui ait la capacité de restaurer l’Église et de la conduire sur la voie d’une véritable réforme, c’est-à-dire à l’opposé des gestes d’image avec lesquels le pape François a assommé les médias séculiers. Il y a cinq ans, j’aurais pensé au cardinal Sarah, mais il a maintenant 76 ans et je ne sais pas s’il a encore la force de faire ce qui est nécessaire s’il est élu pape.

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